Il y a 12 ans, j’écrivais l’article qui suit ! Aujourd’hui encore, je me demande ce qui a vraiment changé dans la célébration du 8 Mars. Oh, je sais que les femmes ont monté bien des marches et glané pleins de lauriers çà et là. Je sais qu’elles deviennent de plus en plus fortes, de plus en plus visibles et de plus en plus audibles. Mais cela ne me prive toujours pas de l’envie de me poser la même question : une journée pour quoi ? Bonne (re)lecture !


Chaque année, le 8 mars, je ne peux m’empêcher de voir défiler sur l’écran de mon esprit, tous les clichés liés à la femme qui conditionnent encore malheureusement la vie de nombre d’entre elles.
La femme : Bête de somme, Bonne à tout faire, Belle et bête, Bombe sexuelle. Cette femme-là, elle existe encore hélas partout, dans tous les villages, toutes les villes, tous les pays.
Même si aujourd’hui on peut se réjouir du progrès réalisé par les hommes dans la reconnaissance aux femmes de leur droit à l’éducation, à la promotion sociale, à l’émergence politique, il est important de dire que la majorité des femmes sont encore dans les fers des préjugés socioculturels et sous le joug d’une phallocratie qui a encore de beaux jours devant elle.
L’institution par les Nations Unies d’une Journée internationale de la Femme est, à mon sens, une opportunité donnée à nos mères, à nos sœurs, à nos épouses, à nos filles, qui ont eu la chance de se libérer du carcan de la domination mâle, pour éclairer et aider à s’affranchir celles de nos mères, de nos sœurs, de nos épouses et de nos filles qui vivent encore douloureusement leur féminité qu’elles considèrent candidement comme la rançon légitime de l’impertinence supposée d’Êve dans le Jardin d’Éden. C’est aussi une occasion donnée aux hommes pour mesurer le degré de leur tolérance à l’égard de l’autre sexe qui doit être traité non plus comme « faible » ou simplement « beau », mais plutôt comme « égal », c’est-à-dire aussi fort et dépouillé des fioritures de la misogynie.

Une journée de 8 Mars au Congo.
(Source : Radio Okapi/Ph. John Bompengo)

Ainsi, chaque 8 mars, les femmes sont appelées à faire le bilan de leur parcours de battantes et de combattantes pour le droit à la parole et à l’équité du genre. Elles doivent aussi prendre la mesure du chemin à parcourir pour amener d’autres femmes (notamment les analphabètes et les souffre-douleur des campagnes et des bidonvilles) au même stade d’émancipation et d’épanouissement qu’elles.
Mais est-ce bien cela que nous constatons le 8 Mars ? Je crois que non. La contagion du folklore des politiques a pris le pas sur la signification profonde de la Journée qui dès lors se limite à des parades solennelles, des exhibitions colorées organisées par des femmes regroupées par affinités pour se fêter elles-mêmes, festoyer, raconter des histoires drôles sur les hommes dont elles peuvent jouer les rôles et qui devraient ce jour-là jouer leurs rôles traditionnels à elles… Juste pour montrer aux hommes qu’on peut être femme et ne pas être soumise.
La situation des femmes illettrées ou analphabètes, des femmes battues, des femmes harcelées, des femmes violées, des femmes excisées, des femmes malades de l’hépatite, du cancer, du paludisme, du VIH/SIDA, des femmes-appâts utilisées nues à la télé pour de la publicité, des femmes-objets des clips appelées à mettre en valeur leurs rondeurs pour le plaisir de (téle)spectateurs, des femmes condamnées à se prostituer pour survivre et parfois même faire survivre leurs familles, la situation de ces femmes-là, on en parle peu ou on n’en parle pas du tout.
Et, en général, ce sont les politiciens, véritables opportunistes tout-terrain, qui essaient d’en parler. Juste pour se faire remarquer et donner à croire qu’ils sont conscients de cette situation. La vérité, on la connaît.
Je me pose finalement la question de savoir si la femme a vraiment besoin d’une journée internationale pour se rappeler sa féminité et se moquer des hommes ?
Nos femmes écrasées par le poids du machisme de notre société ont-elles démissionné au point de ne retenir dans la célébration du 8 Mars que la triptyque « défilé-discours-festin » qui n’aide en rien celles qui ignorent encore tout des inconvénients de l’excision, du mariage précoce, du lévirat et des grossesses rapprochées ?
Dans ce cas, il vaudra mieux abandonner la célébration de cette Journée. Ça nous fera moins de folklore. Mais je tiens à faire une précision : je ne suis pas féministe et je suis loin d’être anti-féministe.
Je serais prêt, à coup sûr, à militer en faveur de l’institution d’une Journée internationale de l’homme si la polyandrie se généralisait. S’il y avait de plus en plus d’hommes battus par leurs femmes. Si tous les pays étaient gouvernés par des femmes qui refusaient le travail des hommes. Si l’homme était appelé « sexe faible » ou « sexe laid ». Si… Safroulaye !
Bien à vous.

MINGA S. Siddick