En découvrant Néotohome à travers divers articles, nous avons été intrigués non seulement par le design simple de ce type de maison au confort quelque peu surréaliste, mais aussi par la vision futuriste de son concepteur. Alors, nous avons décidé d’en savoir un peu plus sur cette invention qui pourrait révolutionner l’habitat moderne.

M. Franck VIAL, le concepteur de Néotohome

Rue 223.com : Monsieur Franck VIAL, brossez-nous en quelques mots, votre profil.

Franck VIAL : Enseignant en science de l’ingénieur et en physique, je suis aussi un responsable de l’Agence Ébène, bureau d’étude pour l’Afrique subsaharienne.

Que faites-vous, concrètement ?

Nous développons des solutions et menons des études en matière d’habitat, de logements, d’énergie.

L’Afrique subsaharienne, c’est vaste. Quels sont les pays que vous avez déjà touchés avec vos actions ?

Nous sommes associés à diverses structures locales en Guinée, en Côte d’Ivoire, au Congo, au Cameroun et au Bénin, soit pour développer nos solutions, soit pour répondre aux demandes locales.

Comment sont reçues vos solutions sur place ?

Nos solutions reçoivent un très bon accueil car elles sont abordables, fabriquées localement et adaptées aux besoins des populations.

Parlons à présent de Néotohome. Depuis quand existe ce projet ?

J’ai eu la première idée il y a cinq ans, donc depuis 2015. J’ai dirigé les recherches en demandant à des spécialistes d’y apporter leurs concours.

Qu’est-ce qui a inspiré ce projet ?

Néotohome est la réponse apportée à un problème de logement qu’un ami rencontrait sur un projet immobilier en Afrique sub-saharienne. Il ne trouvait pas de réponse souple d’habitat abordable et adapté au pays.

Où Néotohome a-t-il vraiment démarré ?

Il a démarré vraiment lors de l’exposition d’une maquette à la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris. Le produit a séduit des visiteurs par sa pertinence et son esthétique. Naturellement, des sponsors ont financé le prototype qui se trouve au sud de l’Île de France.

Néotohome : une vision futuriste de l’habitat

Quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontés ?

Les défis sont de plusieurs natures, mais je peux en citer principalement deux : d’abord les défis financiers, pour finir le prototype afin de permettre des visites décisives, pour produire les supports de ventes et de publicités ; puis des défis de visibilité, pour être connu des décideurs, investisseurs, gouvernements et clients potentiels. Concernant la partie conception, technique, création, organisation, les défis ont été relevés sans grande difficulté, grâce à une vision globale très proche des réalités.

Si nous vous invitions à un exercice de science-fiction en vous demandant à quoi pourrait ressembler l’Afrique dans 50 ans du point de vue habitat, que nous répondriez-vous ?

Dans 50 ans ou même plus tôt, l’Afrique sera un exemple pour le monde en matière de transport, d’habitat et d’énergie. Ce qui peut apparaître comme des handicaps à l’heure actuelle (absence de réseaux structurés, manque de produits transformés, déficit d’équipement hi tec) sera l’opportunité de trouver des solutions alternatives et originales. L’Afrique proposera rapidement des habitats :

  • auto-sourcés ;
  • low tec ;
  • économes en énergie, ressources et efforts,
  • non figés (évolutifs en fonction de la mutation des familles, de leurs croissances)
  • adaptés aux rythmes naturels, aux climats, aux exigences durables et aux impératifs écologiques.
Un prototype de Néotohome, en France

Quels messages avez-vous à l’endroit d’abord des décideurs politiques africains puis des populations africaines qui pourraient bénéficier de cette révolution de l’habit ?

Les décideurs africains sont face à des difficultés qui semblent insolubles sur les trois secteurs-clefs dont j’ai parlé précédemment (transports, énergies, habitat). Cependant, des solutions existent, l’agence Ébène et d’autres bureaux d’études en proposent.

Un progrès démocratique peut être source de confort

Aux décideurs, politiques, élus, je voudrais dire qu’ils seraient bien inspirés de porter leur attention sur ces solutions et sur ces propositions. L’innovation n’est pas synonyme d’investissement, de crédit et de subventions car, parfois, les propositions des ingénieurs s’accompagnent de développement de l’emploi, de formation, de valorisation du patrimoine et des ressources locales. Le progrès, lorsqu’il est juste, démocratique et raisonné est un moteur pour une nation, il devient un objectif fédérateur créateur de profit et de confort. La création et la réalisation des projets novateurs est une source de force et d’espoir pour un peuple.

L’industrialisation peut offrir le confort de la modernité sans tuer la culture

Quant aux populations, je voudrais dire ceci : les peuples d’Afrique subsaharienne bénéficient d’une histoire, d’une culture et d’une tradition importantes. Les jeunes générations, instruites et bien mieux formées que leurs aînés, désirent pleinement profiter des atouts de la modernité. Le défi de l’industrie est de répondre à ces attentes tout en respectant le contexte et les divers cultures sécularisées. Les consommateurs africains doivent choisir les produits qui répondent à ce double but. Leurs attentes et leurs désirs peuvent être comblés tout en restant soumis à l’identité africaine.

Interview réalisée par                  MINGA S. Siddick

(Le titre et les intertitres sont de la rédaction)