Néotohome, prototype

Habitat exceptionnel et créatif, Néotohome est d’abord fait pour le foyer de l’Afrique subsaharienne. Expressément créé dans l’optique d’une véritable connexion entre intérieur et extérieur, il s’adapte parfaitement au quotidien d’une famille africaine avec son axe de circulation qui passe de l’intérieur du bâtiment à la cour. Contrairement à l’habitat occidental, beaucoup d’activités se font à l’extérieur de la maison : cuisine, lessive, soins sanitaires. Ces activités nécessitent de fréquents aller-retour. Pour permettre et faciliter ces va-et-vient, Néotohome dispose d’une double cloison escamotable. En une manipulation, tout un coin du bâtiment s’efface et transforme la pièce intérieur en préau.
On ne dira pas que Néotohome est révolutionnaire dans la mesure où il associe des méthodes déjà expérimentées, avec des techniques simples et efficaces, des matériaux communs et abordables. Pourtant cette maison est unique et le jury du Salon Maker Faire, qui se tenait début novembre à la Cité des Sciences et de l’Industrie de La Villette, ne s’y est pas trompé. En lui proposant un espace d’exposition, les organisateurs du salon, ont permis au public parisien de découvrir une maquette de la maison et de juger de la pertinence du concept. Lorsqu’on compulse la documentation de Néotohome, quelques spécificités notables apparaissent : cette grande ouverture se heurtait à la question du vol que redoutent tous les propriétaires africains. Là encore, Néotohome a su concilier l’inconciliable.

Franck VIAL, le promoteur de Néotohome

Le bâtiment s’est débarrassé des scories qui enlaidissent les fenêtres des maisons classiques et qui les font ressembler à des prisons. En effet les grilles de fer forgées qui dénaturent la beauté des bâtiments sont encore perçues comme un mal nécessaire et incontournable. Néotohome s’inspire de l’habitat nomade et sédentaire africain qui est, par tradition, dénué d’ouverture. Aucune ouverture ne vient percer les murs. La lumière nécessaire et vitale inonde pourtant le bâtiment et les pièces qui le composent. Grâce à un toit translucide, les rayons du soleil offrent à cette maison un confort et une sécurité essentiels à tout foyer.
Comme une famille africaine, Néotohome est un bâtiment vivant et évolutif. Vivant grâce à sa grande salle de réception du rez-de-chaussée qui permet toutes les réunions chères aux foyers d’Afrique subsaharienne pour qui la convivialité est une valeur cardinale. A l’instar de la famille africaine, Néotohome grandit avec l’arrivée des nouveaux venus. Cette maison est la seule qui puisse être extensible sur tous les côtés. La structure laisse la possibilité de faire disparaître des murs entiers pour agrandir la surface initiale. Son nucléus permet une évolution sans limite de surface ni de direction.
L’esprit africain, libre et créatif, tire pleinement partie de cette structure aérée. Les murs n’étant plus un élément structurant, la matière, l’aspect, les couleurs qui les composent sont totalement libres. Rien ne ressemble moins à une maison Néotohome qu’une autre maison Néotohome.

Néotohome, l’habitat de demain ?

Néotohome peut s’adapter aux zones difficiles. Les zones inondées, les terrains meubles, les surfaces sableuses ne seront jamais un frein à son implantation. Sa structure légère, compacte, cohérente et solide, permet au bâtiment de se poser aisément sans forcément être ancrée sur le sol. Ainsi, cette maison peut composer les bâtiments d’un village lacustre en reposant sur des pilotis ou en flottant sur des barges.
L’esthétique originale du bâtiment est en grande partie due à la forme de son toit. Cette géométrie a été étudiée pour amplifier l’évacuation des pluies diluviennes de la saison humide. Les très fortes précipitations sont propulsées loin du bâtiment grâce au toit très incliné. L’eau chassée loin des fondations ne les fragilise pas.
Cette maison est une solution pour les africains, faite par les africains avec les ressources locales. Totalement auto constructible par un homme à 90 %, en 2 à 3 mois, Néotohome utilise le bois trouvé à moins de 100 km de son lieux d’implantation. En effet, quelle que soit la zone où s’implantera le bâtiment, la simplicité de sa conception permet de trouver facilement un fournisseur à proximité. Le calibrage des éléments et la taille du bâtiment, ont été scrupuleusement étudiés afin de minimiser les chutes de bois et d’établir le meilleur rapport prix/volume. Tous les éléments de charpente et de construction se manipulent aisément, donc aucune mécanisation n’est nécessaire. La force humaine suffit. Ces éléments sont aisément transportables du lieu de leur production (scierie) jusqu’au lieu de leur assemblage.
Le réseau routier n’est pas un obstacle à l’implantation de Néotohome, vu que les régions enclavées peuvent maintenant bénéficier du progrès lié à l’habitat. Si dans ces mêmes régions, le réseau électrique fait défaut, cela ne peut empêcher la construction de ce bâtiment. Il n’est donc pas nécessaire d’avoir un groupe électrogène.
Déjà présent en France, Néotohome est facile à fabriquer, pratique à utiliser, simple à construire. Son adoption par les autorités africaines dépend d’une volonté politique affirmée et assumée.

Le Cameroun sera le premier pays qui verra s’implanter, espérons sur une grande échelle, ce bâtiment à l’image du peuple camerounais et à la hauteur de ses attentes. Selon les projections de l’ONU, « en 1800, seulement 3 % de la population mondiale est urbaine. Aujourd’hui, c’est 50 %, et dans trente ans ce sera 75 % ».

Il n’y aura certainement aucun risque pour d’autres pays africains à suivre l’exemple camerounais. Qui sait si Néotohome n’est pas l’habitat de demain, en Afrique !

Louis KÉITA Source : TLMD-Magazine