Image d’illustration (Source Internet)

La marche des sociétés est de plus en plus chaotique, partout dans le monde. Il n’y a pas si longtemps, les Africains, se croyant encore trop purs dans un monde trop pourri, ne comprenaient pas ce qui se passait chez les autres, et s’émouvaient facilement devant des nouvelles ou des images de crimes horribles et absurdes commis dans les pays occidentaux. Ces crimes, sordides, irrationnels et impensables, étaient loin d’être imaginés en Afrique. Et pourtant, aujourd’hui, les Africains semblent avoir même mieux compris que les autres, le sens de la pratique de ces actes ignobles qui sont l’expression de la dégénérescence des mœurs, le signal de la mort programmée de la conscience humaine.

Divers récits de faits divers nous montrent à suffisance le degré de pourrissement de nos sociétés dont le frein des vertus a lâché et qui vont droit au fond de l’océan de l’immonde. Un tel a tué son père qui lui a volé sa femme… Une telle a empoisonné sa fille qui sortait avec son mari… Untel a été assassiné par son épouse avec la complicité d’un amant… Deux frères s’entredéchirent pour l’héritage sur le corps du père qui attend d’être enterré… Une sœur empoisonne sa frangine à cause d’un homme… Une mère avoue être enceinte du mari de sa fille, cette dernière l’assomme… Un élève frappe son prof qui lui a donné une mauvaise note… Un journaliste crée un faux scandale autour d’un homme d’affaires qui aurait refusé de lui apporter une aide financière… Un Chef d’Etat fait assassiner sous couvert d’accident le mari de son amante qu’il nomme ministre… Un employé incompétent porte plainte contre son patron qui l’a renvoyé pour insuffisance de rendement, parce qu’il a un frère avocat… Un président de tribunal condamne à tort un citoyen parce qu’il a reçu ou qu’il lui a été promis une forte somme d’argent… Et on ne finira pas de citer des affaires, des plus banales aux plus sérieuses, qui attestent de la fièvre qui secoue le corps social et qui semble ne pas avoir de remède.

Mais tout cela n’est-il pas normal dans une société où la loi n’existe plus que par le nom ? Dans une société où les juges ne sont plus des surhommes majestueux impartiaux, mais des frères de…, des pères de…, des copains de… des tontons de… ? Dans une société où les hommes dits de loi donnent des verdicts par affinité, par cupidité ou par complaisance ? Dans une société où la justice ne protège en général que les plus forts, les plus riches et ceux qui ont des relations ou des parents haut placés ou haut gradés ? Dans une telle société, comment les frustrés, les humiliés, les bafoués et même les aigris ne pourront-ils pas créer leur propre justice, pour régler leurs comptes à la dimension de l’injustice, réelle ou supposée, dont ils ont été ou pensent avoir été victimes ? Comment les sans famille, les pauvres, les faibles qui savent qu’ils perdront toujours un procès en passant par les voies légales ne se rendront-ils pas justice comme ils peuvent ?

J’étais encore très jeune quand j’ai entendu un certain Félix Houphouët-Boigny dire : « Entre le désordre et l’injustice, je préfère l’injustice ». Jamais je n’ai compris ces propos venant de celui qu’on considérait comme le Sage de l’Afrique. Parce que ma petite intelligence de collégien ne comprenait pas qu’on ne comprenne pas que toute injustice conduit inexorablement au désordre. Aujourd’hui d’ailleurs, la Côte d’Ivoire ne paye-t-elle pas les frais du choix de l’injustice ?

Juste pour dire que si dans un pays, la justice qui garantit l’équilibre social perd elle-même son équilibre, elle perd par la même occasion la confiance de la société et devient la source de tous les crimes, de toutes les crises dont la société va pâtir. Si la justice qui est l’âme de la morale s’enrhume, la société s’embrume et les hommes deviennent des loups pour les hommes, des loups qui se mangent entre eux et qui n’ont pas le temps de réfléchir au bien. C’est le drame que vivent nos sociétés d’aujourd’hui. Des sociétés qui se reconstruisent à l’image des normes occidentales aux antipodes de nos valeurs. A cause de la télévision et d’Internet, des médias qui, quoi qu’on dise sur leur utilité, sont de grands perturbateurs de notre identité. Voilà comment l’homme qui, abandonné à lui-même, se croit obligé de mentir, de voler, de tricher, de tuer, pour protéger son espace vital, a fini par tuer l’humain. Et la prochaine étape de notre évolution ? Peut-être finirons-nous par tuer aussi le divin.

A bon entendeur…

MINGA S.Siddick