Il y a quelques jours, pour son émission «Entre Guillemets», animée par Bakary Samaté, Rue223.com a reçu un professeur de français qui a quitté la classe pour l’administration. Il s’agit de M. Moussa Karembé, surveillant général au lycée Toubacoro Alhasane Doucouré d’Hippodrome.

M. Moussa KAREMBÉ et Bakary SAMATÉ

Les échanges ont porté sur un livre choisi par l’invité et, pour le premier numéro de cette émission littéraire, il s’agissait de Maïmouna d’Abdoulaye Sadji. Pourquoi le choix de ce roman ? Parce que, selon M. Karembé, « Maïmouna est un livre passionnant écrit dans un style simple et alléchant qui traite de sujets actuels », entre autres raisons.

Le piège de la grande ville

Concernant le contenu de ce roman qui fait désormais partie des classiques de la littérature africaine, notre invité a dépeint avec la verve caustique de l’enseignant passionné qu’il fut, le double tableau où joue une jeune fille candide, innocente, qui, malgré les réserves de sa mère Yaye Daro, va quitter la quiétude de leur bourg de Louga pour les turbulences de Dakar, la capitale sénégalaise. Là, elle va tomber dans le piège de la grande ville. « Avec sa beauté, sa simplicité, sa naïveté, elle va conquérir les cœurs », explique M. Karembé qui évoque la rencontre qui va détruire la jeune fille et ruiner ses espoirs : « Malheureusement, elle va tomber sur Doudou Diouf, un personnage qu’on ne devrait même pas rencontrer dans sa vie » dit-il. Cette déception amoureuse et bien d’autres déboires vont constituer l’amère expérience de la vie citadine de la jeune héroïne.

Des thèmes abordés dans Maïmouna

A la question de savoir quels sont les thèmes abordés par Abdoulaye Sadji dans son oeuvre, l’hôte du jour a expliqué que ce livre regorge d’une variété de thèmes parmi lesquels il a cité d’abord l’opposition ville/village, qui constitue une des doubles faces de l’Afrique, puis les mariages arrangés et enfin les grossesses non désirées. M. Karembé a dit ne pas vouloir entrer dans les détails pour amener nos abonnés à lire ce livre sur lequel il ne tarit pas d’éloges. Il a cependant fait allusion, concernant le second thème, à l’attitude malsaine de Rihanna et de son mari Bounama qui voulaient « tirer partie du mariage de Maïmouna avec des prétendants fortunés ». Répondant à la question de Bakary Samaté quant à la portée du livre, M. Karembé a dit que « pour les jeunes, Maïmouna est un challenge » et il s’explique : « Chaque enfant doit se construire à travers les erreurs de ceux qui l’ont précédé. »

De la nécessité de lire

Ainsi, pour M. Karembé, il faut que les jeunes lisent absolument ce livre pour s’imprégner de l’expérience de Maïmouna, et au-delà, qu’ils lisent tout simplement car, dit-il sur un ton sentencieux : « Quand on lit, on se libère ! » Il affirme par ailleurs que Maïmouna devrait être vulgarisé par tous les enseignants dans le cadre du programme scolaire « pour que non seulement on n’entende plus parler de grossesses non désirées, mais qu’il y ait cette prise de conscience qui peut conduire chaque peuple vers son bonheur… »

« Je suis tombé amoureux de Maïmouna »

Évoquant sa relation personnelle avec l’œuvre, M. Karembé a révélé comme une confidence sentimentale :  »J’ai connu Maïmouna quand j’étais jeune ; je suis tombé amoureux de Maïmouna, le personnage du livre, comme d’ailleurs de Madame. Bovary de Flaubert… » Mais il a ajouté que si l’œuvre était à réécrire, il aurait souhaité qu’une porte de sortie soit donnée à Maïmouna car il trouve la sanction de l’auteur trop sévère.

« Toute œuvre littéraire est engagée »

Abordant la dimension littéraire du roman, M. Karembé a affirmé, au risque de déplaire à certains puristes ou critiques littéraires, que « toute œuvre est engagée ». En effet, pour l’ancien prof de français,  »quand on prend la plume pour écrire, on est dans l’engagement ». A son avis, « Abdoulaye Sadji est un avant-gardiste » qui a touché du doigt les maux dont souffre notre société actuelle. Et parmi ces maux, il cite  »le paraître » : « Aujourd’hui, dit-il, presque amer, on a en ville des parvenus qui sont des rois, alors que des personnes de bonne moralité sont laissées pour compte. » Il prend l’exemple de Yaye Daro, la mère de Maïmouna, l’incarnation de la simplicité, de l’honnêteté et de la fidélité, qui a refusé d’épouser un autre homme, ce qui, pour notre exégète, est un témoignage d’affection et de respect pour son défunt mari.

Ainsi, M. Karembé est convaincu que toutes les œuvres africaines sont engagées. En définitive, ce fut un excellent moment de partage autour d’une œuvre tout aussi excellente.

Pour en savoir plus, nous vous invitons à suivre ce lien : https://youtu.be/ZxlXJ6lr9UQ

Un résumé de Ben Shalom