Pour sa toute première émission Leadership, l’équipe de Rue223 TV est allée à la rencontre d’une personnalité exceptionnelle dont le parcours impose admiration et respect. Il s’agit de M. Ibrahima Haïdara, le très jeune PDG de la Poste du Mali. Ouvert, affable et jovial, le patron de la Poste nous a reçus dans son vaste bureau en toute simplicité et de façon très décontractée. Son accueil chaleureux nous a vite fait comprendre que nous n’avions pas affaire à ces fonctionnaires pleins d’aigreur et d’orgueil qui subissent leur travail et en portent les marques répulsives sur le visage.
M. Haïdara lui, semble aérien et illuminé par le travail qui, pour lui, est synonyme de passion. Nous vous proposons ici l’essentiel de ses réponses à nos questions.

M. Ibrahima HAIDARA, Président-Directeur Général de la Poste du Mali

« Je suis Ibrahima Haïdara le Président Directeur Général de la Poste du Mali. Sur le plan académique j’ai fait un Bac SET (Sciences exactes). Ensuite, j’ai fait un diplôme d’ingénieur en réseau informatique et télécom.
Par la suite, j’ai travaillé dans divers domaines… J’ai travaillé pendant un bon bout de temps au ministère des Finances en tant que responsable en charge de tout ce qui est infrastructure, réseau informatique et télécom. Ensuite, nous avons travaillé sur de gros projets tel que les projets d’interconnexion des différentes structures du ministère des Finances à savoir la Douane, le Trésor, tout ce qui est structure attachée aux Finances, les projets de déploiements de solution liés à la téléphonie mobile, pour permettre au département de faire des économies d’échelle. »

M. Haïdara a aussi travaillé au ministère de la Réconciliation nationale pour le compte de l’USAID comme responsable du projet AECOM-Mali, avant de travailler aux côtés du ministre du même département pour s’occuper de tout ce qui concerne l’informatisation, la stratégie, entre autres.

La mission à la Poste du Mali

Conscient des nouveaux défis auxquels la Poste est confrontée, M. Haïdara dit être arrivé à son poste avec un projet qu’il s’efforce à mettre en œuvre, malgré les difficultés qui émaillent le chemin. Il travaille donc sur la transformation si nécessaire du secteur de la Poste en y intégrant le numérique.

Comment a-t-il réussi à réaliser son rêve professionnel ?

A cette question, notre jeune leader sourit avant de répondre :

« Je dirais qu’il y avait à la fois la volonté et un peu de hasard aussi, parce qu’à la base, je n’étais pas destiné spécifiquement à l’informatique. J’ai fait les Sciences exactes au lycée, donc j’étais assez passionné par les maths et c’est dans ce domaine que j’ai voulu continuer. J’ai fait alors un DEUG-MIAS.[Ndlr: Diplôme d’Etudes Universitaires Générales en Maths, Informatique Appliquées aux Sciences]« 

C’est là que le jeune Ibrahima va prendre goût à l’informatique et décider d’entrer dans une école d’ingénieurs pour une formation approfondie. Il va découvrir un univers passionnant qui va le captiver. Avec des associés, il va créer une entreprise d’ingénierie informatique (réseaux, systèmes, développement d’applications). Dès lors, il évolue par objectifs et par challenges. Et il s’explique :

« Par exemple au ministère des Finances quand j’ai vu qu’il y avait des projets assez intéressants dans le domaine du réseau informatique, je me suis dit que ça pourrait être intéressant pour moi. Dieu m’aidant, j’ai pu intégrer ce ministère où je me suis retrouvé responsable et où j’ai pu travailler sur de gros projets. Après, quand j’ai vu qu’il n’y avait plus de projet passionnant pour moi, j’ai décidé de quitter le ministère. »

La quête perpétuelle du challenge !

« Quand je me suis rendu compte qu’au niveau de l’USAID, on cherchait quelqu’un pour piloter des projets informatiques dans le cadre de la réconciliation nationale, j’ai su que c’était des challenges alors j’ai soumissionné et j’ai été retenu. J’ai donc travaillé sur ce projet. Nous avons commencé avec des projets passionnants mais au bout de deux ans, je me suis rendu compte que les choses traînaient beaucoup. Là encore, j’ai décidé de démissionner. Bien sûr, j’ai toujours pris le soin de prévenir mes responsables hiérarchiques, en leur précisant que mon ambition, c’est vraiment de travailler sur des projets stratégiques, de pouvoir piloter des projets intéressants pour moi-même, parce qu’il s’agit aussi de mon épanouissement personnel qui compte beaucoup. Alors, chaque fois que je me sentais réduit au rang d’un simple technicien, ça ne m’intéressait plus. La Poste, c’est la même chose. Quand j’ai vu ce que vivait la Poste, je me suis dit que c’est un nouveau challenge. »

Ainsi, on comprend le sens des challenges qui anime M. Haïdara. Dès qu’il a vu l’appel à candidatures pour le poste de PDG de la Poste, il a soumissionné et a été retenu. « Je savais ce qui m’attendait » dit-il.

Pour résumer, M. Haïdara affirme, péremptoire : « Globalement, j’ai toujours essayé de décider de ce que je veux faire de ma vie professionnelle. La passion et le challenge ont une place importante dans mes choix. Alors, quand je sens qu’il n’y a plus de passion, plus de challenge dans ce que je fais, j’ai tendance à m’arrêter là et à me dire que s’il n’y a pas d’ambition, je préfère aller chercher là où il y a le challenge et la passion. Cela a toujours été ma façon de fonctionner et je pense que c’est ce qui m’a toujours guidé. »

Quels conseils aux plus jeunes qui ont des rêves mais peinent à les réaliser ?

« J’avoue que ce n’est pas très facile surtout que beaucoup de nos jeunes sont dans l’entrepreneuriat. L’avantage du numérique c’est qu’avec peu on peut faire beaucoup, ce qui n’est pas le cas dans beaucoup d’autres domaines. Aujourd’hui, quand on a un ordinateur, on a quelques logiciels, on est capable de développer des solutions qu’on peut proposer à la vente ; ce n’est pas le cas de plusieurs domaines. Ce que moi je dis, c’est que quand on veut se lancer dans la vie professionnelle, que ce soit en entrepreneuriat ou en entreprise (en tant que salarié d’une entreprise) le plus important à mon avis, c’est d’abord d’avoir la passion de ce que nous voulons faire et ensuite, il faut se fixer des challenges. L’objectif ce n’est pas forcément de gagner beaucoup d’argent, mais d’en gagner suffisamment pour vivre, surtout de pouvoir nous épanouir dans ce que faisons. Cela est extrêmement important ! Si vous choisissez un emploi parce que vous avez une opportunité d’avoir cet emploi-là et que vous n’êtes pas réellement passionnés ou engagés pour cela, vous avez toutes les chances de vous ennuyer et surtout à avoir tendance à ne pas pouvoir vous exprimer sur le plan intellectuel et sur le plan compétences. »

« La passion et le challenge ont une place importante dans mes choix.« 

Ainsi, selon M. Haïdara, à vouloir faire une activité sans passion, on peut se retrouver avec des responsables hiérarchiques que peuvent étouffer nos capacités et nos compétences. Pour le plus grand patron de la Poste malienne, laisser les autres mettre nos talents en veilleuse est le pire pour quelqu’un.

En conclusion

Ces derniers propos du PDG de la Poste du Mali sont plein de leçons de sagesse pour les jeunes :

« Je pense que la première des choses c’est d’abord d’être passionné par ce qu’on veut faire et ensuite être capable de se fixer régulièrement des challenges. A partir de là, essayer d’identifier les voies et moyens qui peuvent nous accompagner. Aujourd’hui, vous avez l’État qui a des structures pour accompagner les jeunes ; vous avez des privés qui accompagnent aussi les jeunes pour ensuite pouvoir travailler avec eux. Moi, je pense qu’il faut travailler sur l’identification de ces voies-là et s’y engouffrer. »

Ce fut de beaux instants de partage et surtout d’enseignement pour nous jeunes, en quête d’une voie à suivre.

Propos recueillis par Mohamed FOFANA