Cela fait des semaines déjà qu’on en parle sans arrêt, l’assassinat de Jamel Khashoggi, ce journaliste saoudien anti-système. Mais pour moi, c’était un autre assassinat d’un autre journaliste par un autre pays, dans un autre pays, d’une autre manière. J’étais choqué comme je le suis toujours quand un être humain est tué pour ses opinions ou pour sa race, sa religion ou son orientation sexuelle. Et pourtant, quand j’ai reçu ces images dur mon compte WhatsApp, j’ai senti comme une sorte de vide instantané dans la tête. J’ai fermé les yeux plusieurs secondes pour les rouvrir en espérant avoir eu une mauvaise vision. C’étaient les mêmes images, d’une horreur inqualifiable, inimaginable, inhumaine. Je sentis alors comme une brusque lourdeur dans la tête, puis une douleur violente. Je griffonnai rapidement les premiers mots qui me passèrent par la tête surchauffée.

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Ph. Internet/Des êtres humains peuvent-ils découper aussi froidement un autre être humain, juste à cause de ses opinions ?

Y avait-il besoin d’observer une certaine pudeur face à ces images insoutenables du regard ? Peut-être. Mais je pense que ces images, malgré tout le choc moral ou mental qu’elles peuvent provoquer, méritent d’être vues.

Oui, elles méritent d’être vues pour que nous re-interrogions notre humanité. Pour que nous re-considérions notre signification et notre approche du Pouvoir. Pour que nous re-examinions notre relation à nous-mêmes, à l’Autre et à Dieu. Pour que nous re-définissions notre nature et re-voyions notre place dans le règne animal.

Oui, devant le corps découpé en morceaux comme un mouton de la Tabaski, la peau du visage arrachée, je me suis demandé si l’intelligence de l’homme ne l’éloignait pas de Dieu au lieu de l’aider à s’en approcher. Je me suis demandé si le chien, le loup, la panthère, le serpent, n’étaient pas mieux que l’homme. Je me suis posé une question que j’avais déjà fait poser par un personnage dans un roman :  »Créer l’homme à son image peut-il avoir été la plus grave erreur de Dieu ?  »

D’autre part, torturer, démembrer, déchiqueter, détruire, faire disparaître un journaliste de la plus terrifiante des manières, devrait être un signal fort, un message éloquent pour tous ceux qui voudraient suivre l’exemple du « rebelle » Khashoggi. Mais cela devrait-il suffire à briser toutes les plumes hardies de ce monde  en crise ? Cela devrait-il suffire à changer le postulat du journalisme ? Je crois, je sais que non. Même si, face à ces images, mon cerveau qui ne comprend pas, tremble toujours.

Bien au contraire, la « destruction » de Khashoggi va faire poindre l’ère d’un renouveau journalistique. Nous allons assister à un endurcissement de la plume et de la parole journalistique avec un corps « immunisé » par la barbarie saoudienne. S’il y a à mourir dans un métier, autant le faire avec sérieux, sans complaisance, sans jouer à la girouette et sans se laisser corrompre par le pouvoir de l’argent du Pouvoir, pour mériter sa mort et laisser à la postérité une leçon de conscience professionnelle.

Messieurs les bourreaux, vous venez de déchaîner contre vous, la Vérité qui vous fait peur. Je parle de vous, présidents sanguinaires, tortionnaires, dictateurs repus de suffisance, petits dieux malfaisants jouissant de votre petite éternité humaine au pouvoir. Au Nord ou sous les Tropiques, vous subirez le harcèlement professionnel des journalistes qui vous obligeront à vous regarder dans le Miroir.   Que Dieu vous donne la force de souffrir de la puissance de cette Vérité qui transcende la haine et la méchanceté.

MINGA S. Siddick