Auteur d’un premier roman intitulé  »Les secrets du mariage », Sana Alassane Tuo revient cette fois-ci avec un recueil de nouvelles : J’ai battu mon homme. Le titre du livre soutenu par la première de couverture qui montre une femme à la mine sévère avec une ceinture à la main, apparaît  comme scandaleux pour la gent masculine mais comme une sorte d’éloge féministe pour les femmes. Voilà un livre qui semble ne pas demander à être lu avant de se faire une idée de l’histoire qu’il raconte. Et pourtant…

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 »J’ai battu mon homme  », nouvelle parue aux éditions GNK, 2018, 86 pages

Le titre de son précédent roman et du présent recueil de nouvelles, positionne déjà Sana comme le porte-parole des femmes, lui qui s’intéresse de près aux problèmes qui touchent les femmes et surtout les foyers.
Allons maintenant au cœur de ce recueil J’ai battu mon homme.

Matenin, Sandrine et Carine sont trois jeunes femmes qui vivent en Côte d’Ivoire dans des villes différentes. Pourtant, leurs destins semblent liés ; elles sont sous le joug d’hommes qui se considèrent comme le nombril de la terre, les chefs incontestables de la famille et de la société : menaces, viols, violences conjugales, sont ce que ces femmes subissent dans cette Afrique où la voix de la femme ne porte pas.

Parcourons les nouvelles…
Laisser tomber le voile :  C’est une histoire écœurante qui raconte le choix que devra faire la jeune musulmane et bachelière Matenin qui, à l’université, a le malheur de se trouver sur le chemin de
« Demi-dieu », un professeur de son département qui utilise son titre avec les jeunes filles juste pour les mettre dans son lit. Matenin fera malheureusement partie de celles sur qui il portera son regard et ses menaces. La jeune fille, pour s’être opposée à la satisfaction de sa libido et avoir refusé d’enlever son voile, se voit recalée à la première session des compositions. «  Je te veux nue dans mon lit. Je te veux avant la deuxième session. A défaut, rassure-toi et je ne plaisante pas, c’est l’échec assuré. Ici, c’est moi qui décide. » (Page 33) Entre laisser tomber son voile et laisser s’évanouir son rêve de devenir professeur de lettres, Matenin devra choisir.
Au nom de la loi je vous libère : Sandrine et petit Moussa sont des amis de classe qui se vouent un amour fraternel jusqu’au jour où, profitant d’un isolement à deux, en pleine nuit, petit Moussa le fils du richissime commerçant, viole Sandrine. Face à la justice, le commissaire chargé de l’affaire est corrompu par le père de Moussa, au nom de la loi, la loi du plus fort, des riches, Moussa est libéré.
J’ai battu mon homme : Depuis quinze de mariage, Carine n’avait passé aucune semaine sans recevoir de correction de son mari, pour une chose faite ou pas faite. Elle est injuriée et battue. Tous les riverains n’en pouvaient plus de leurs agissements sauvages et plus personne ne venait donc au secours de la pauvre Carine qui avait été mise en garde par sa famille et ses amies. On lui avait demandé de laisser tomber Karim si elle ne voulait pas passer sous terre un de ces jours. Amoureuse et pleine d’espoir, Carine pense qu’avec le temps son mari reviendra à de meilleurs sentiments. Mais cet-après midi-là, revenant de son jeu de hasard qui l’avait mis dans tous ses états, le mari de Carine lui fera subir des injures et des coups. Fatiguée de cette énième humiliation, Carine décide de se venger : « Pourtant, ce jour-là semblait exceptionnel. Tout le quartier était réuni chez Karim. Depuis environ deux heures, la porte de la maison était close et les cris et coups de ceinture se faisaient de plus en plus violents » (Page 68)
« Elle était là en sueur, ceinture à la main. Karim quant à lui, ne pouvait plus bouger. Il était parfaitement et solidement ligoté au lit. Il n’avait plus de force. Il avait été piégé et battu par sa femme » page 70.
Les habitants découvrent Karim le boxeur de femme ligoté et battu à sang par sa femme, c’est la désolation au sein des foyers, les hommes ont peur, les uns proposent que Carine soit puni pendant que d’autres disent simplement que c’est une femme qui doit être répudiée de son foyer. Mais la grande question qui trottine dans les esprits comment a-t-elle pu s’arranger pour battre un homme aussi costaud ?
La parole lui sera donné en publique et ce jour-là pour livrer son secret.
 

Crépy Kony
Correspondant à Abidjan