Caricature de Shalom/Discours d’un politicien poète

Si l’approche des élections dans un pays ne va pas toujours sans tension dans l’air, il est important de noter qu’elle crée immanquablement des moments d’euphorie gratuite, de délices délirantes dans les rues comme sur la toile. Tellement les lyres déchaînées inspirent aux différents candidats, jeunes, vieux, anciens, nouveaux, des envolées phraséologiques pittoresques qui rivalisent parfois d’originalité. On comprend facilement que pour l’occasion ils ont enrichi leur vocabulaire et revisité des pages d’Hugo, de Lamartine, de Prévert ou d’Apollinaire ! Parce qu’ils vont parler à des étudiants, à des enseignants, bref à une intelligentsia qu’ils ont envie de séduire pour les faire pencher de leurs côtés. Et ils y vont à qui mieux mieux.

Je ne peux m’empêcher de sourire devant la beauté des mots de personnes connues qui, en réalité, n’ont rien, ni de bon, ni de beau en elles, devant la verve enflammée de certains diables bien connus annonçant le paradis au peuple s’ils étaient élus. J’ai entendu : ‘’Le soleil se couche pour la clique de rats et de malfrats qui vous ont arnaqués, escroqués… Avec moi, c’est un nouveau soleil riche en bonheur qui remettra en valeur notre si glorieuse nation !’’ J’ai lu : ‘’Vous les jeunes de ce pays, vous les fleurs en or de l’arbre majestueux du bonheur que représente notre magnifique pays, vous serez la prunelle de mes yeux !’’ J’ai vu… des candidats sur des lieux de parrainage de tournois de football (rarement des activités culturelles) chanter des vers de leurs propres poésies qu’ils croient être la panacée pour les souffrances des populations !

Et je ne peux m’empêcher de sourire devant ces torrents de mots choisis, polis, vernis, pour éblouir les masses de jeunes qui aspirent à un vrai changement dans leurs pays. Ces mots qui sont la matérialisation d’esprits laborieux qui inventent toujours de nouvelles stratégies linguistiques pour empoisonner les âmes fragiles qui n’ont pas toujours le niveau intellectuel qu’il faut pour savoir distinguer l’ivraie de la vraie semence. Et ces politiciens boulangers, poètes de bazar, le savent, eux qui utilisent la force du verbe pour manipuler les jeunes qui tombent dans le piège des rêves dorés gratuitement distribués… Eux qui inspirent l’espoir mais n’attirent que déboires !

Je ne peux m’empêcher de sourire quand je sais que de la parole politique poétisée à l’acte réparateur promis par calcul, il y a un immense gouffre de mauvaise foi, de supercherie, de couardise, d’hypocrisie et de contrevérités, que même la magie de mots lénifiants ne peut faire enjamber.

Voilà pourquoi, les campagnes électorales, je les vois comme les saisons de la foire des dupes organisée par ces hommes qui se disent leaders mais qui ne sont que des dealers cannibales qui se nourrissent de la faiblesse et de la naïveté du peuple dont chacun d’eux prétend pouvoir être le meilleur défenseur.

Voilà pourquoi j’ai pitié de ces jeunes bluffés sinon par les discours aromatisés du moins, parfois en désespoir de cause, par les espèces sonnantes et trébuchantes qui les font trébucher sur l’aire de la morale.

Voilà pourquoi j’ai peur pour l’Afrique où l’on semble toujours, comme oubliant chaque leçon du passé, donner plus de crédit aux diseurs qu’aux faiseurs.

Et pourtant, cette rage contre ces espèces sauvages de la faune politique africaine ne me fait pas désespérer. Parce que j’ai, malgré tout, la certitude qu’il y a dans cette faune, des êtres exceptionnels comme l’ont été un certain Patrice Lumumba, un certain Thomas Sankara. Malgré leurs défauts (la preuve qu’ils étaient bel et bien des êtres humains), ils ont illuminé, en des moments d’orage, le ciel africain, comme des étoiles filantes dans une nuit profonde ! Oui, j’ai foi qu’un jour, nous en connaîtrons encore de cette espèce prodigieuse qui nous réapprendront à nous aimer et à croire sans retenue en nous et à notre avenir. Un jour ! Mais quand ? Dieu seul sait.

En attendant, c’est la campagne. Souffrons de suivre leurs gymnastiques lyriques avant d’être leurs bourreaux quand ils auront le bonheur soit de s’installer sur le trône convoité, soit d’avoir un poste de consolation dans le sérail, pour avoir pactisé avec un autre diable (ré)élu. Souffrons de voir des enfants disparaître, mutilés, égorgés, vies innocentes sacrifiées sur l’autel d’ambitions sauvages pour une gourvernance nombriliste qui, finalement, sera tout aussi sauvage.

MINGA S. Siddick