Voici quelques semaines, les lumières se sont éteintes sur les 11èmes Rencontres de Bamako, biennale africaine de la photographie, du moins pour ce qui est de la semaine dite professionnelle car les expositions sont visibles jusqu’à la fin du mois de janvier.  Si la cérémonie d’ouverture en a laissé certains sur leur faim, il est à reconnaître que cette édition a été chaudement animée par une floraison de lieux d’exposition dans le cadre du Off officiel. Mais quelle a été la place des femmes dans cette édition des Rencontres ? Peut-on parler, au regard de ce qu’il nous a été donné de voir, de l’émergence d’une nouvelle génération de femmes photographes au Mali ?

Le jour de l’inauguration de la 11ème édition des Rencontres, nombreux sont ceux qui estiment que la ferveur n’était pas au rendez-vous du côté des photographes du Mali. Il est vrai que cette cérémonie a toujours été très européenne et nous a souvent donné l’impression d’un événement français délocalisé à Bamako. Encore que, cette année, le Mali n’a eu qu’un seul représentant aux Rencontres, le photographe Fototala King Massassy. Un seul ? Disons deux, car la franco-malienne Hélène Jayet résidant en France et inconnue dans le milieu photographique malien, représentait elle aussi le Mali. C’est pourquoi, même s’il serait facile de dire que les photographes maliens ont boudé la cérémonie, nous ne le ferons pas. Cependant, on peut affirmer que certains d’entre eux ont considéré cette sélection -à tort ou à raison- comme un désaveu de leur capacité créative. Ainsi ont-ils décidé de crier leur existence et d’imposer leur présence à travers des événements Off pléthoriques : plus de quarante lieux d’expositions pour environ quatre-vingt photographes locaux dont une petite douzaine de femmes.

Mais qui sont ces femmes maliennes ? Ces femmes qui osent briser les stéréotypes de la supposée masculinité de la photographie et qui, tant bien que mal, se frayent un chemin dans cet univers où règne encore, au Mali, une vraie pagaille, derrière des écrans d’associations qui vivent au ralenti si elles vivent vraiment ou des collectifs périodiques circonstanciels qui entrent en hibernation quand l’événement qui les a suscités prend fin. Qui sont donc ces femmes et qu’ont-elles apporté comme couleurs féminines à ces dernières Rencontres de Bamako. Nous allons explorer ici les travaux de trois des figures émergentes de cette photographie féminine malienne qui se cherche un espace et revendique une reconnaissance.

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Ph. Fatoumata Diabaté/Images de la série « Caméléon »

Se définissant elle-même comme de la quatrième génération des photographes du Mali, Fatoumata Diabaté est une jeune femme pleine d’énergie. Après avoir fait ses armes à Promo-femmes puis au Centre de Formation en Photographie où, à la fin de ses deux années de formation, elle a passé cinq autres années comme assistante technique au laboratoire argentique, Fatoumata a déployé ses ailes pour voler à la recherche de nouvelles expériences. Sa série ‘’Caméléon’’ exposée en Off de ces 11e Rencontres, au Centre Soleil d’Afrique, est le fruit d’un regard de femme sur des mœurs de femmes, notamment celles qui se dépigmentent la peau par complexe ainsi que pour séduire des hommes à la recherche de femmes au teint clair.

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Ph. Oumou Traoré/Image de la série « Ambiguïté »

Une autre femme aborde le même thème de la transformation physique mais sous le prisme d’un maquillage excessif qui fait perdre à la femme sa beauté. Il s’agit de la série ‘’Ambiguïté’’ de la jeune Oumou Traoré exposée à l’Espace Siif’Artts. Cette photographe indépendante sortie du CFP de Bamako se dit très intéressée par les sujets relatifs aux femmes dont la précarité des conditions de vie l’interpelle. En plus de cette série, Oumou a exposé aussi à Taxi Bamako une autre série intitulée ‘’Les deux sœurs’’, des images relatant la vie de deux jeunes femmes venues de leur village pour chercher à construire leurs vies en travaillant comme filles de ménage. Oumou souhaite poursuivre ce travail sur les migrations internes dans d’autres pays du continent et même davantage  aborder la problématique de l’immigration si elle obtient une résidence de création dans un pays européen.

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Ph. Kani Sissoko/Image de la série « Affliction »

Kani Sissoko, une jeune comédienne sortie de l’Institut National des Arts de Bamako, qui a abandonné les planches pour l’appareil photo, n’a que trois ans dans la profession mais elle commence déjà à s’imposer comme femme photographe au Mali. C’est un esprit libre qui ne se laisse pas embarrasser par quelque tabou. Elle était présente cette année dans le Off, à travers quatre expositions collectives. Sa série ‘’Affliction’’ à La Gare, un haut lieu de culture de Bamako, est un regard osé sur ‘’la souffrance des arbres meurtris par les hommes’’, comme l’affirme l’artiste elle-même. On voit donc des arbres dont les écorces ‘’blessées’’, en cicatrisant, ont pris parfois des formes étranges qui évoquent parfois l’appareil génital féminin. Elle dit vouloir, à travers ces images d’une certaine crudité, se dresser à la fois contre la maltraitance des arbres et les mutilations génitales féminines. D’autres de ses séries ont été exposées au Centre Soleil d’Afrique (‘’Impact’’) et à Casablanca (‘’L’Or de la décharge’’), entre autres, dans lesquelles la jeune photographe raconte avec son objectif, respectivement, les dérives de la guerre et la vie d’un homme qui a laissé famille et maison pour s’installer sur une des plus grandes décharges de Bamako.

Malgré ces noms et bien d’autres encore, la photographie féminine se cherche encore au Mali. Elle a plus que jamais besoin d’un nouveau souffle, d’une vraie âme inspirante et créative qui la tire vers le haut. En effet, pour l’instant, nous naviguons dans les eaux d’un amateurisme professionnel exacerbé par le faible niveau de ces jeunes filles qui, même quand elles font des images saisissantes, ne sont pas capables d’expliquer leurs démarches photographiques.

Fatoumata Diabaté, la nouvelle présidente des femmes photographes du Mali, qui a elle-même fait d’énormes efforts pour combler ses lacunes à travers moult formations et résidences, saura prendre en compte ces aspects qui plombent la photographie féminine au Mali, pour l’émergence d’une vraie élite éclairée qui représente dignement les femmes. Il faut préciser que Fatoumata Diabaté est, jusqu’à ce jour, la seule malienne à avoir été admise à l’exposition internationale depuis la création de la Biennale africaine de la photographie. Elle saura certainement fédérer autour d’elles ses consœurs et leur montrer le chemin de la formation et de la persévérance dans le travail. Elles sauront alors écrire, avec leur lumière et avec art, toutes les histoires qu’elles veulent partager avec le reste du monde.

Source : Intense Art Magazine (Siddick MINGA)

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