Nous sommes dans la quinzaine consacrée par ONU-Femmes à la mobilisation contre les violences faites aux femmes. Et comme nous estimons que l’excision est une de ces violences, nous re-publions cette chronique qui avait, en son temps suscité moult réactions y compris des injures à l’endroit de son auteur. Mais notre conviction étant ferme et résistante face à tous les actes épidermiques d’obscurantisme, nous tenons à continuer notre combat, n’en déplaise aux esprits grincheux qui veulent toujours trouver partout une emprunte  »impérialiste ». Nous la publions in extenso, telle que parue dans le bihebdomadaire malien Le Challenger du 24 février 2009. Bonne (re)lecture !!!

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Ph. Internet/Lames pour excision

La dernière Journée internationale de lutte contre l’excision a encore délié des langues. Alors, on a tout entendu. Des propos amers et révoltants contre cette opération traditionnelle qui consiste, dans le meilleur des cas, à sectionner, chez la femme, le clitoris. Mais aussi des propos sibyllins, teintés d’hypocrisie, en faveur d’une pratique qui, même si elle n’est pas recommandée dans le Coran, n’aurait pas été condamnée par le Prophète Muhammad (SAW). Ce dernier aurait dit de faire en sorte que la douleur ne soit pas atroce. C’est de bonne guerre.

De toutes les façons, parler de  » lutte contre…  » suppose l’existence de forces opposées. Peu importe si les forces sont inégales, parce que des poches de minorités pèsent plus lourd dans la balance politique et sociale. Peu importe si certains individus cherchent à sacraliser un rite profane en jouant avec l’arme sensible de la religion. Peu importe si des types de leaders peuvent continuer à mentir pour se faire plaisir, pour continuer à faire souffrir la femme, en violant l’intimité de son corps, en lui volant  une partie d’elle, l’âme de sa vie sexuelle, de sa vie de femme.  Peu importe…

Mais les défenseurs de l’excision ne m’ont pas encore convaincu quant à la raison fondamentale de cette opération que je trouve inhumaine, barbare, inutilement douloureuse et anachronique. J’ai entendu dire que le clitoris est un pénis en miniature et que, pour achever la féminité de la femme, il fait lui arracher cet élément « masculinisant ». J’ai entendu dire que l’extrême sensibilité du clitoris expose la femme à la frivolité et que, pour calmer les ardeurs sexuelles de la femme, il faut lui enlever ce « truc » diabolique. J’ai entendu dire que le clitoris se développe et peut prendre des proportions inquiétantes capables de compliquer l’acte sexuel et que, pour libérer la femme de cet organe gênant, il faut le lui couper. J’ai entendu dire que l’excision est l’acte qui consacre la maturité de la femme et qu’elle est l’occasion pour les vieilles d’apprendre aux jeunes filles devenues femmes par l’excision, toutes les règles sociales leur permettant d’être bonnes épouses et bonnes mères. J’ai entendu dire que ceux qui militent en faveur de la lutte contre l’excision sont des pantins déracinés qui suivent à l’aveuglette ce que disent les Occidentaux. J’ai entendu dire… J’ai entendu dire…

J’ai bien compris ces efforts d’explication de l’acte d’excision mais rien ne peut me faire accepter que tout cela justifie la pérennité de cette pratique. Si le clitoris est un petit pénis, l’homme est-il mieux placé que Dieu pour juger de son opportunité sur le corps de la femme ? A propos de la sensibilité du clitoris, ignore-t-on encore aujourd’hui que le corps de la femme (comme celui de l’homme du reste) regorge de multiples zones érogènes dont le toucher peut produire le même effet que le pauvre organe victime de son emplacement ? Ignore-t-on toujours qu’il existe des produits en pharmacie qui rendent la femme hypersensible au toucher et que l’ablation du clitoris peut être compensée autrement ? Quant à la déformation ou à l’hypertrophie du clitoris, combien de femme en sont victimes ? Comment peut-on le savoir d’avance pour pratiquer une opération en lieu et place d’un professionnel de la santé ? Concernant la justification par la maturité, zéro pointé ! On excise maintenant, et cela de plus en plus depuis qu’on sait que les grandes filles se rebellent contre la pratique, des bébés âgés d’une semaine !!! N’y a-t-il pas là déjà rupture avec la tradition ? Et pour quel résultat ?

Notre attachement à nos valeurs culturelles doit-il nous empêcher de raisonner en être humain disposant de nouvelles connaissances éclairantes sur la nature, sur le monde, sur la vie ? N’est-ce pas du nihilisme que de refuser de reconnaître que les raisons qui poussaient nos ancêtres à pratiquer l’excision ne sont plus valables de nos jours ? N’est-ce pas de l’obscurantisme que de nier que  l’organisme humain aujourd’hui est plus fragile que celui d’hier, à cause de l’alimentation, des conditions climatiques, des nouveaux types de maladies, du mode de vie ? Quelle étrange souplesse que d’avoir les pieds dans le XXIème siècle et la tête dans le siècle de ceux qui pensaient que c’était le soleil qui tournait autour de la terre !

Mine de rien, nombreux sont les hommes qui soutiennent que l’excision est une pratique culturelle de socialisation de la femme à sauvegarder. Comme si un rite de passage ne peut pas se faire sans blessure. Il y en a qui fondent leur foi en la fidélité de la femme sur l’ablation de son clitoris, comme si l’on ne rencontrait pas aujourd’hui des femmes excisées plus frivoles que des non-excisées !  Du haut de leur ego de mâle souffrant d’un machisme primaire, d’autres cherchent – inconsciemment pour beaucoup – un certain équilibre de la douleur entre circoncision et excision, comme si la douleur de l’enfantement n’était pas suffisante. Comme si le prépuce était un organe de la même nature que le clitoris.

Côté chiffres, selon l’Association Malienne pour le Suivi et l’Orientation des Pratiques Traditionnelles (AMSOPT), le pourcentage d’excisées au Mali est passé de 92 % en 1975 à 85 % en 2009. Soit une baisse de 7%. En 34 ans ! A ce rythme, il faut attendre l’année 2179 pour atteindre les 50 % !!

Dans le monde, il semble que ce sont, par jour, environ 6 000 filles ou jeunes femmes qui subissent la rigueur de la lame castratrice avec ses meurtrissures physiques et morales ! Toujours dans la confusion des justifications inintelligibles. Parce que le clitoris ne serait pas bon. Mais on peut encore continuer à psalmodier que tout ce que Dieu fait est bon.  Dieu est grand ! ALLAH OU AKBAR !

Bien à vous.

MINGA S. Siddick, in Le Challenger du 24 février 2009