21-22 octobre 2017. Les baha’is du monde entier viennent de célébrer avec faste et fierté, les 200 ans du fondateur de leur foi. La communauté malienne des adeptes de Baha’u’llah qui entendait bien profiter de cette occasion unique pour se faire connaître a, on peut le dire aujourd’hui, bien gagné son pari. A preuve, invisibles il y a seulement quelques jours, les baha’is ont su, grâce à une organisation fastueuse et bien orchestrée au sens propre comme au figuré, attirer sur eux les feux de tous les projecteurs ou presque de la presse malienne. 

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Ph. Fatoumata Traoré/Animation des enfants dirigée par tata Annie

Il fallait donc être aux rendez-vous jumeaux des 21 et 22 octobre derniers, au Mémorial Modibo Kéïta de Bamako,  pour découvrir, approcher et connaître ce qui, pour la plupart des personnes, était considéré par certains comme une sorte d’orni (objet religieux non identifié). Mais il fallait aussi être un esprit ouvert dépouillé de tout préjugé pour comprendre que la foi baha’ie est une religion à part entière comme le judaïsme, le christianisme et l’islam et que son fondateur, Baha’u’llah, a la même stature spirituelle que Moïse, Jésus-Christ et Mahomet (Psl).

Pour aider leurs nombreux invités à comprendre leur religion à travers leurs principes et leurs actions en faveur d’une construction communautaire solidaire en dehors de tout prosélytisme et dans le respect des différences, les baha’is de Bamako ont dû mettre les petits plats dans les grands : un maître de cérémonie baha’i, M. Jean-Jacques Yem, qui est un vrai maître de la parole et qui a un incroyable talent de conteur et de comédien; un film magnifique qui, tout en montrant le caractère planétaire de cette religion qui n’a pas encore deux siècles d’existence, retrace l’histoire héroïque des grandes figures de la foi baha’ie, une vraie épopée; une fresque artistique polyphonique, jouée par des personnages de tous les âges, inspirée, semble-t-il, de vrais faits vécus, fresque articulée par deux narrateurs baha’is de grand calibre, Toussaint Kasongo et Siddick Minga, qui ont su, par leurs interventions périodiques, ponctuer savamment le spectacle en conduisant le public dans les dédales de la vision baha’ie et de l’approche socio-anthropologique de la spiritualité, selon les normes de leur religion; une artiste de talent baha’ie, Odete Maninguane, qui a su, par sa voix douce et cristalline soutenue par des notes musicales d’une harmonie presque parfaite, subjuguer les invités. Des invités qui ont dû comprendre alors le slogan de ce bicentenaire :  »La terre n’est qu’un pays et tous les hommes en sont les citoyens. » Un extrait des écrits de Baha’u’llah pour qui il y aurait plus de gloire à être citoyen du monde que ressortissant d’un pays.

On aura compris, au sortir de ce bicentenaire tant attendu et célébré dans environ 190 pays du monde avec la même ferveur, que la foi baha’ie est loin d’être une secte de l’islam, loin d’être un mouvement syncrétique ordinaire servant un cocktail de principes religieux glanés çà et là. Parce que, selon le baha’i Jean-Baptiste Pambou, c’est tout simplement  »la dernière classe de la religion de Dieu tenue par le Messager divin de l’époque ». Et les baha’is ne manquent pas de métaphores pour illustrer leurs propos : un élève peut-il refuser d’aller en classe supérieure tout simplement parce qu’il aime le maître de sa classe ? Pour autant, comme l’a laissé entendre Mme Thelma Khelghati, une adepte de la communauté de Bamako,  »notre but n’est pas d’imposer la foi aux gens, mais de leur présenter notre religion et de les laisser eux-mêmes faire leur propre recherche personnelle et indépendante de la vérité ».

Au nombre des principes de cette religion qui a aussi connu ses martyrs et ses persécutés, il y a l’égalité des droits entre l’homme et la femme, principe qui a été bien illustré par M. Jean-Jacques Yem, qui a simulé un oiseau en vol avec ses deux ailes en équilibre en démontrant que cet oiseau ne peut pas prendre son envol si une de ses ailes est brisée.  »L’humanité est donc comme un oiseau et l’homme et la femme en sont les deux ailes », a-t-il dit en substance.

Il faut préciser qu’avec Bamako, il y a bien d’autres localités du Mali qui ont célébré ce grandissime événement comme Gao, Bougouni, Tabakoro et bien d’autres encore.

Notons, pour finir, que près de 3000 au Mali, les fidèles de la foi de Baha’u’llah sont environ 7 millions aujourd’hui dans le monde, issus de plus de 2100 groupes ethniques répartis dans plus de 218 pays et 46 territoires dépendants, et que les écrits de Baha’u’llah sont traduits dans plus de 800 langues.

Louis Kéïta
Journaliste-reporter
Rue223.com