Cela fait quatre années que les rênes du pays furent confiées au président actuel. Elu au suffrage universel direct avec 77% des voix, IBK ravissait ainsi royalement la victoire au plus teigneux de ses opposants, Soumaila Cissé. Un nouvel horizon chargé d’espoir semblait naître pour le Mali qui venait d’être  secoué par un coup d’État en 22 mars 2012, situation qui avait profité aux djihadistes et aux groupes armés de s’emparer des principales régions du nord.

Avec cette crise au nord et les multiples crises socio-politiques au sud, les chantiers étaient donc nombreux pour le nouveau locataire de Koulouba. Pendant les campagnes électorales et quelques jours encore après l’élection d’IBK, presque tout le monde rêvait à des lendemains heureux. Celui qu’on appelait avec fierté le ‘’Kankélentigui’’ semblait être le Messie venu délivrer le Mali des mains de ces diables de terroristes et de ces bandits armés du septentrion. Hélas ! Très vite les rêves se sont effondrés pour la plupart des Maliens qui déchantent aujourd’hui.

Alors, quand on demande ‘’quel bilan peut dresser aujourd’hui après les quatre ans d’IBK au pouvoir ?’’, les citoyens sont profondément divisés et beaucoup sont ceux qui y vont avec des injures et des grossièretés que nous ne pouvons retranscrire ici par décence. Mais une chose est sûre : il y a, visiblement, plus d’insatisfaits que de personnes donnant toujours le blanc-seing au président de la République. Voici quelques propos recueillis…

Aichata Sidibé, la trentaine, vendeuse d’attiéké au marché de Médine : « Pour moi, IBK n’est pas à la hauteur puisque la misère ne fait que s’aggraver et les prix des marchandises grimpent toujours. » Selon Oumar Doumbia, la quarantaine, réparateur de moto à Bozola, il pense que IBK est l’homme de la situation car il a recruté beaucoup de jeunes dans les forces de sécurité et de la défense, ce qui veut dire qu’il se soucie de la sécurité des citoyens.

Lassina Traoré, 35 ans, professeur d’anglais de lycée à Niamakoro, est plus incisif : « Le bilan du président est nul ; les gens l’ont choisi pour une raison principale : la résolution de la crise du nord et jusqu’à ce jour, l’administration et l’armée sont toujours absentes dans cette partie du Mali. Venons ici à Bamako avec le déguerpissement, c’est la déception totale. Et si je ne m’abuse, les membres de son gouvernement sont des proches de la famille qui sont soient les amis de son fils Karim ou des proches de sa femme tel que le président de l’Assemblée, le premier ministre, Karim et ses amis, le ministre Tiéma Coulibaly, le ministre Gano, bref ! Comme le disent les rappeurs, avec lui, c’est ‘’Ma famille d’abord’’. Sans oublier son projet loi de révision constitutionnelle. »

Drissa Touré, la quarantaine, consultant juriste auprès des collectivités pense que « le président Ibrahim Boubacar Keita est quelqu’un qui veut bien réussir mais malheureusement il est entouré par des gens aux mauvaises intentions et aux ambitions démesurées ». Pour preuve, il ajoute : « Rappelez-vous : dans son premier gouvernement il avait nommé un jeune premier ministre Tatam Ly, puis Moussa Mara. Tout cela pour vous dire qu’il a la volonté, mais que ce sont les membres de son parti qui le poussent à l’échec. »

Enfin Yacouba Sylla, la vingtaine, étudiant en médecine, dit avec une amertume visible : « Le président IBK est un cauchemar pour ce pays. Tout le monde a fait grève dans son mandat et moi, je me pose cette question : où sont les 200.000 emplois qu’il a promis aux jeunes ? »

Avec ces différents avis, les élections présidentielles de 2018 promettent d’être plus intéressantes que les précédentes, vu les enjeux et les défis qui se présentent. Pourvu seulement que la passion ne mange pas la raison et que la paix ne soit pas sacrifiée sur l’autel de certains ego.

 Adama Traoré