Il est heureux de constater que de nombreux jeunes intellectuels africains, résidant sur le continent ou membres de la diaspora, deviennent de véritables phares qui, dans la grisaille du quotidien en Afrique, attirent des foules d’admirateurs, grâce à leur éloquence, à leur charisme ou à leur truculence !

Quoi de plus facile pour nos jeunes africains désabusés, en quête de rupture ou de changement (sans toujours savoir avec quoi faire cette rupture ni par quoi opérer ce changement), de prendre pour messie n’importe quel illuminé, bien ou mal inspiré, dont l’éloquence touche leur fibre sensible, qu’il soit ici ou de l’autre côté des océans. Parce qu’il existe un réel besoin d’identification à une figure qui semble des nôtres et qui nous donne l’impression de nous défendre et de se sacrifier pour nous.

Ces « lions solitaires », puissants orateurs devant l’éternel, qui font chemin seuls en dehors d’un mouvement ou d’une organisation de la société civile, même s’ils ont des foules d’admirateurs formant un « gang » de défenseurs du maître à penser, sont de plus en plus nombreux. On peut citer Kemi Seba,  Johnny Patcheko, Ras Bath, entre autres. Ce sont des profils et des centres d’intérêt parfois différents, mais ils ont en commun leurs discours au vitriol contre les tenants du pouvoir, leurs critiques acerbes et souvent émaillées d’injures, de grossièretés et d’arrogance de tout le système politique actuel.

Mais jusqu’où va la sincérité de ces leaders nouveaux, ces héros nouvelle formule qui font chaque jour le buzz et attirent justement du monde à cause de leurs démarches décalées et anticonformistes ?

Pensent-ils vraiment ce qu’ils disent ? Seront-ils capables, si un jour on les appelait au pied du mur, à un poste ou à un autre, de mettre fin à la mauvaise gouvernance qu’ils clament et incarner sérieusement ce changement qu’ils réclament et pour lequel ils sont si suivis ? Les revendications de certains de ces nouveaux flambeaux « révolutionnaires » ne sont-elles pas par moments trop subjectives ou trop personnalisées ?  Seule une bonne capacité d’analyse critique, loin de l’esprit de critique, peut permettre de faire le choix d’un bon leader qui ne cherche pas à nous faire manger notre totem au bout du parcours.

Tout en reconnaissant leur mérite d’amener les jeunes à ouvrir leurs yeux et leurs esprits pour comprendre les réalités amères de politiques confuses dont ils sont des victimes, je reste convaincu qu’il y a un vrai travail à faire sur nous-mêmes, celui de nous affranchir de nos ego tronqués qui ne nous empêchent pas de tricher avec nos consciences à travers des actes ou des copinages sournois qui contredisent nos propos. D’autre part, pouvons-nous construire une société modèle forte et durable si notre révolution nous fait tourner le dos à des valeurs cardinales africaines comme la politesse et le respect des aînés ? Sommes vraiment sérieux et crédibles si nous parlons plus avec le coeur qu’avec la tête ? La nouvelle gouvernance que nous prônons ne doit-elle pas aller avec une nouvelle race d’hommes incarnant de vraies valeurs morales et spirituelles, une race d’hommes personnellement développés et très équilibrés ?

Mais je comprends aussi que le noeud du problème, c’est le niveau d’éducation et de culture d’une importante frange de la jeunesse dont la bonne foi et la disponibilité sont exploitées par nous les aînés, car parmi nous, il existe de vrais affabulateurs pernicieux en manque de gloire ou en quête subtile du pouvoir. Restons attentifs au cours de l’histoire !

 Shalom