Le franc CFA, cela fait déjà des années que ça suscite des débats parfois très houleux et trop passionnés. Entre les extrémistes du  »CFA ou rien » ou du  »Tout sauf le CFA », il y a ceux qui prennent le temps d’analyser pour comprendre et faire comprendre les autres. Sans invective ni colère même si c’est avec une détestation bien compréhensible d’un symbole qui ravive une douleur passée.
Nous avons lu avec beaucoup d’intérêt le regard de l’écrivain togolais Sami Tchak qui nous retrace un peu l’histoire de ce franc polémique avant de nous dire ce qu’il en pense.

 »Franc CFA

Franc CFA Sami
Ph. Internet/Le sociologue et écrivain togolais, Sami Tchak

1°) Initialement, Franc des Colonies Françaises d’Afrique (« La création du franc CFA résulte du décret N°45-0136 du 25 décembre 1945, fixant la valeur de certaines monnaies des territoires d’outre-mer libellées en francs. Ce décret, signé par Charles de Gaulle, président du Gouvernement provisoire de la République française, et contresigné par René Pleven, ministre des Finances, et Jacques Soustelle, ministre des Colonies, est publié au Journal officiel de la République française le lendemain, 26 décembre 1945.)

2°) Quels sont les pays africains africains qui l’utilisent? Excepté la Guinée de Sékou Touré, toutes les anciennes colonies françaises d’Afrique noire (le Mali, qui en était sorti avait demandé à réintégrer la zone CFA), aussi deux ex-colonies allemandes puis anciens protectorats français (le Cameroun et le Togo) et deux pays qui ne sont pas liés à la France par la colonisation (une ancienne colonie espagnole, la Guinée Équatoriale, depuis 1985, et une ancienne colonie portugaise, la Guinée Bissau, depuis avril 1997).

3°) Chaque ancienne colonie française du Maghreb, Algérie, Maroc, Tunisie, a sa monnaie. Chaque ancienne colonie belge, RDC, Burundi et Rwanda, a sa monnaie.

4°) Nous devrions être moins vaniteux, nous les francophones d’Afrique Noire, et arrêter de dire Afrique, Afrique, Afrique pour juste parler de nos pays sous influence française. L’essentiel de l’Afrique est anglophone et chaque pays anglophone a sa monnaie. Les pays anglophones sont les plus puissants sur ce continent, sur tous les plans.

5°) Haïti a sa monnaie: la Gourde

6°) Avoir sa propre monnaie ne suffit pas pour protéger un pays contre la domination d’une puissance impérialiste. Exemple: le phénomène qu’avait connu l’Amérique Latine avec ce que les économistes avaient appelé la dollarisation de l’économie (de fortes inflations avaient transformé les divers pesos nationaux en monnaie de singe, comme ce fut le cas du Zaïre au temps du maréchal, et dans bien de ces pays, même à Cuba, le dollar US était devenu la monnaie courante et la valeur de refuge), phénomène qui allait ensemble avec une domination politique directe (les États-Unis faisaient la loi dans bien de ces pays, ce n’est pas encore entièrement du passé, ça persiste dans une partie d’Amérique du Sud.)

7°) Quand nos pays en auront fini avec le franc CFA, un miracle ne se produira pas au petit matin suivant, les problèmes de gestion, de corruption, de contradictions inhérentes aux économies dominées ne disparaîtront pas du jour au lendemain. On pourrait même connaître une aggravation de bien des situations actuelles.

8°) Et pourtant, il nous faut en finir avec le CFA car il demeure le symbole de cette relation verticale qui nous situe en bas, il matérialise notre statut de vassaux de la France. Qu’on n’oublie pas que c’est la France qui en décide de la valeur, qui avait dévalué cette monnaie en 1994 de 100% (un franc français valait cinquante francs CFA, après la dévaluation, un 1FF= 100FCFA. Oui, techniquement, cela représente 50% de dévaluation, mais le résultat est clair, il faut doubler la masse monétaire en francs CFA pour obtenir la même masse monétaire en Francs français. Bon, on est passé en euro. 1€ = 655 FCFA.)

9°) Les symboles sont les symboles. Et symboliquement, le FCFA, entérine une vérité: la France est notre Maître. Quels que soient les avantages liés à cette monnaie, elle constitue un symbole terrible et elle n’est pas qu’une monnaie que l’on brûle, mais aussi l’élément le plus visible d’une soumission politique et économique.

10°) Le feu aussi est un symbole. C’est pourquoi je comprends le geste de Kémi Séba, un homme dont je ne suis pas un partisan. »

Merci doyen Sami Tchak, pour votre éclairage savant et votre point de vue d’intellectuel qui sait prendre position et sachant prendre ses distances. 

Source : Page Facebook de l’auteur Sami Tchak