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Ph. Ouattara Mamadou/Quand le détecteur d’or annonce la bonne nouvelle…

Banankoro est un grand village de la région de Kayes. Il est situé au nord-ouest de Bamako, à 98 kilomètres. C’est village très animé et pour cause ! L’attraction de l’or fait converger de nombreux jeunes vers cette bourgade. 
J’y suis allé juste pour couvrir un mariage. Mais comme j’y ai rencontré un frère qui lui aussi chercheur d’or, il m’a conduit à la mine, un univers étrange qui mérite que j’en dise un mot.

La mine s’étend à perte de vue. Elle grouille de monde ! Pour la plupart, ils sont jeunes, très jeunes. Trop jeunes même parfois car j’y ai rencontré des enfants d’environ 12 ans dont le travail consiste essentiellement à transporter de la terre sortie des trous aux laveurs ou laveuses de la mine. Certains de ces enfants y sont avec leurs mères, mais d’autres sont sans famille.
Quant aux jeunes, désillusionnés du système scolaire ou cascadeurs intrépides, ils sont ici pour construire leurs rêves, qui sont différents d’un jeune à un autre. Personnellement, je pensais que ces jeunes gens sont de ceux qui avaient tourné le dos à l’Eldorado occidental, préférant mourir sous la terre de leurs pères plutôt que périr dans la mer. Mais ceux que j’ai pu écouter m’ont permis de comprendre que je me trompais.

Ousmane, 22 ans, originaire de Ségou est clair : « Je suis ici pour chercher assez d’argent pour me rendre en Espagne. C’est le refus d’un oncle, qui est très riche à Bamako, de m’aider à payer mes études supérieures, qui m’a conduit ici. C’est un défi que je dois relever… » Il ne peut pas dire plus parce que les larmes lui remplissent les yeux et il se lève en s’excusant.
Boukary, lui, est un jeune Burkinabé âgé de 26 ans. Ses parents ne savent même pas qu’il est dans une mine d’or. Son rêve à lui, c’est de se rendre en Italie. Il me dit avec un sourire qui dévoile ses gencives qui saignent, qu’il a même déjà tenté une première fois l’aventure mais qu’il a été refoulé à Lampidoujia*. « Cette fois-ci, ça va marcher, inch’allah », conclut-il. Un autre jeune malien assis à côté, lui lance, pour le taquiner : « Hé, petit Burkinabé, ici au Mali, on ne dit plus inch’allah, parce que ça porte malheur ! » Tout le monde – sauf certainement Boukary – comprend l’allusion et on se met en rire.

On y voit des femmes d’un certain âge et des jeunes filles portant des marchandises parfois cachées, qui promènent partout leurs silhouettes rondes ou filiformes, à la recherche d’un client. Là, elles vendent tout, y compris elles-mêmes.

En voyant la promiscuité qui règne dans cette mine qui ressemble à une véritable jungle où l’activité est une autre forme de poker géant, avec tous les ingrédients de la maladie et de la violence, je me demande si l’or n’est pas plus un objet de malédiction qu’un instrument de bonheur. Et pourtant, il y a des siècles et des siècles que ce métal dit précieux nous tente et nous attire. Si pour certains il fait le bonheur, sur d’autres, il n’attire que le malheur.
Alors, je me demande encore jusqu’à quand l’or continuera-t-il de nous hypnotiser.

Sory Brahima

*Lampedusa, île italienne devenue célèbre à cause du nombre de migrants qui y échouent chaque année.