Hier, de grands maîtres formaient de grands élèves. Des élèves qui, par le goût de la connaissance à eux inculqué par leurs maîtres, aspiraient à faire mieux, au grand plaisir de leurs formateurs. Alors, le bonheur du maître, c’était de voir son élève le « dépasser ». Et l’élève, quel que soit le niveau qu’il pouvait atteindre, estimait toujours que s’il savait plus, c’était grâce à son maître qui lui avait forgé une mentalité d’éternel chercheur du savoir, de la connaissance. D’où le respect illimité de l’élève pour son maître qui, à son tour, ne pouvait pas ne pas respecter un tel élève qui avait mis en pratique son enseignement. Mais le temps du maître demi-dieu est révolu. Les choses ont changé.

Devant un élève sans vision, sans projet d’avenir cohérent et sans esprit discursif, le maître peut s’égosiller à en perdre le souffle, il ne sera pas entendu ou au mieux, il ne sera entendu que d’une oreille. Chaque cours est une prédication dans le désert, un coup d’épée dans l’eau. Un supplice pour l’apprenant. Les technologies de l’information et de la communication, mal utilisées, ont corrompu les intelligences et perverti les mœurs. Au point où l’élève nouveau se crée sa propre référence qui, en réalité, n’est qu’un assemblage d’identités ou d’avatars copiés ici et là, au hasard de sa navigation sur la toile. L’élève nouveau n’a pas le souci d’un niveau conventionnel dans son apprentissage. Il a son univers, ses valeurs, ses mots. Et cela lui suffit. Son maître, il le considère comme un être ordinaire, comme lui, comme les autres, sans plus. Héros de son monde à lui qu’il tente d’imposer aux autres, il est imbu de lui-même et exige de son maître du respect pour lui. Inconstant, inconscient, insolent, c’est un ignorant arrogant qui pousse le maître à bout.

Alors, dans les écoles ou autres centres de formation, des lions accouchent de rats et des abeilles accouchent de mouches. Rats et mouches, des vers de terre qui, se riant de ce que leur destin (pour ne pas dire leur nom) les condamne à vivre de la terre et dans la terre, s’extasient à rêver d’une vie sur la lune et s’imaginent que leur obscurantisme est la lumière qui va sauver le monde. Rats et mouches, des serpents lâchés dans la nature qui mordent à tout bout de champ quiconque se trouve sur leur chemin. Rats et mouches, des ordures qui se refusent au recyclage, infestent l’air, polluent la vie de leur pourriture et font de leurs vomissures leur parure.

Si la mentalité de l’élève d’aujourd’hui est d’enseigner à son maître son ignorance, pourquoi ne devrions-nous pas avoir peur de demain ? Parce que c’est justement de ce genre de renversement des valeurs dont souffre notre monde actuel avec des amoureux de Dieu qui tuent Dieu chaque jour, au nom de Dieu…

MINGA