Photo Internet (MaliActu)
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La visite osée et bien justifiée du premier ministre Moussa Mara à Kidal et les actes barbares qui en ont découlé n’avaient pas encore fini de faire couler encre, salive et larmes, quand l’annonce de la reprise de la guerre entre l’armée malienne et les groupes armés du Nord avec la victoire, l’espace de la moitié d’une demi-journée, a fait l’effet d’un violent coup de fouet à l’honneur du peuple malien. Toute personne qui apprenait cette débâcle rapide était percluse à la fois d’émotion, de colère et d’incompréhension. Non, on ne pouvait pas comprendre que cette armée qu’on a dit en reconstruction, avec des militaires formés à Koulikoro par plusieurs éminents connaisseurs européens, que cette armée, dis-je, décampe aussi facilement que les soldats d’ATT qu’on avait accusés de tous les maux et dont on savait justifier la faiblesse et la forfaiture. Non, on ne pouvait pas s’imaginer que l’ère IBK pouvait nous infliger une honte pareille !

Très vite, il fallait trouver des arguments pour justifier cette autre faillite militaire. Mais des arguments qui ne peuvent pas toujours convaincre l’esprit cartésien. On a par exemple dit que l’armée malienne avait le dessus mais que si elle a été battue, c’est parce que les groupes armés avaient demandé un cessez-le-feu et qu’ils avaient profité de ce cessez-le-feu pour faire appel aux barbus ! Mon Dieu ! Est-ce donc à dire que les militaires maliens n’ont rien appris des stratégies de combat et qu’ils peuvent se laisser berner aussi facilement par l’ennemi ? On a dit que des français se sont enturbannés comme des Touaregs pour combattre à leur côté. Et alors ? A la guerre comme à la guerre ! Le Français-Touareg ne meurt-il pas sous une balle malienne ? Il fallait même en tuer pour montrer leurs corps au monde entier ! On a aussi dit, et surtout dit, que c’est parce qu’il y avait des islamistes du Mujao, d’Ançardine et d’Aqmi que les groupes armés ont pu vaincre les militaires maliens. Difficile à comprendre. Est-ce à dire que la formation de Koulikoro était une formation pour affronter juste le profil MNLA et qu’il aurait fallu faire une autre formation pour affronter les barbus ? On a dit et on continue de dire que des avions français volaient au-dessus de Kidal et qu’ils donnaient des informations aux groupes armés sur les positions des forces armées maliennes. Soit. Mais pourquoi ne pas présenter les preuves de ces faits non seulement pour confondre la France mais aussi pour faire comprendre au peuple malien qu’il s’est trompé en votant pour IBK qui en réalité est, preuve faisant foi, en train de livrer le Mali à ses ennemis. On comprendrait mieux l’intérêt que IBK et Moussa Mara ont à protéger la France dans sa couardise et sa duplicité.

Mais l’enjeu Kidal offrant une opportunité de visibilité à certains apprentis politiciens en mal de gloire, ce qui devait donner lieu à des moments de réflexion profonde pour des propositions concrètes et constructives nécessaires à la consolidation de l’unité nationale, est en train de donner lieu à des scènes folkloriques de soutien tous azimuts mettant à nu des aigreurs mal contenues et un militantisme immature qui exclut la recherche et le respect de la vérité. Ici et là, on suscite des marches où la mauvaise foi est célébrée avec emphase. Des bonimenteurs diffusent des informations qui brouillent les pistes et qui confortent leurs mentors. Comme si le destin du Mali était lié à une classe d’hommes en particulier. Des escrocs sont en fête parce qu’ils peuvent à travers mensonges et délations, gagner leur vie auprès des maîtres du moment. L’avenir, ils s’en moquent parce qu’un opportuniste ne sait conjuguer qu’au présent. On a même entendu des gens dire qu’ils reconnaissent que la prise de Kidal est partie d’erreurs grossières des autorités politiques qui font l’étalage en plein jour de leur amateurisme, mais qui s’opposent à toute démission de la part des fautifs. Comme si le Mali n’a pas d’autres fils capables d’avoir de meilleures idées.

Alors puisque la possibilité de marcher existe, il faut marcher pour soutenir. Rien que pour montrer qu’on aime son pays et qu’on soutient son gouvernement. Même s’il se trompe. Quand on a l’honnêteté de reconnaître qu’il a commis des erreurs. Et ça marche ! Sans se soucier du danger des rassemblements en ces périodes d’équilibre fragile où les barbus peuvent se faire entendre de la pire des manières. Le gouvernement laisse faire tant qu’il s’agit de le soutenir. Marchez, marchez, chers citoyens ! Ce faisant, vous pouvez aider de nombreux concitoyens à améliorer leur quotidien. Pensons aux cireurs, aux cordonniers, aux usines de fabrication de chaussures, aux vendeurs d’eau fraîche, etc. Mais dites, vous auriez dû marcher aussi pour demander des explications au président qui s’est offert un avion à 20 milliards au moment où le pays est sous menace de guerre avec une armée sans armement. Vous auriez donné alors une belle leçon de clairvoyance au Kankélentigui de Sébénikoro qui semble ne plus trop mériter son nom. Et surtout, vous auriez démontré que vous pensez vraiment à l’avenir du Mali. Oui, citoyens, marchez ! Marchez seulement ! Et merci pour le soutien. Pour l’essentiel, on verra ça plus tard !

MINGA