Les réactions continuent sur les relations confuses entre l’Afrique et la France. Je rappelle la question :

La France aime-t-elle vraiment l’Afrique ? François Hollande était-il vraiment désintéressé quand il se précipitait au Mali pour contrer l’avancée des islamistes ?

Au-delà de la portée salutaire de cet acte militaire, n’y avait-il pas, n’y a-t-il pas, des arrière-pensées ? La relation France-MNLA est-elle exempte de tout soupçon ? J’ai l’impression que la France se comporte avec l’Afrique comme la souris qui, en nous rongeant les orteils, souffle dessus pour ne pas nous réveiller. Qu’en pensez-vous ?

Siddick MINGA • Pourriez-vous développez mieux l’attitude de la France vis-à-vis du MNLA ? Nous avons bien compris l’affaire de l’OCRS. Mais comment expliquer aujourd’hui l’attitude condescendante de la France face aux Touaregs du MNLA que des voix officielles de l’Hexagone n’ont pas hésité à appeler ouvertement leurs « amis », choquant ainsi l’opinion publique malienne pour qui libérer le Mali c’est le libérer et des islamistes et des indépendantistes armés ? Pourquoi François Hollande a-t-il proposé que les autorités administratives entrent à Kidal sans l’armée malienne, pour l’organisation des élections et que ce n’est qu’après que le Mali pourra faire entrer l’armée dans cette ville ? Votre éclairage pourrait nous être nécessaire.

Philippe Evanno • Je vais tenter de donner quelques éléments de réflexion, sachant que c’est un débat complexe, je ne vous apprendrai rien en le disant;

Il y a plusieurs raison à cette communication brouillée. D’un part, les relations de confiance entre l’armée française et les Touaregs remontent aux premières années du 20e siècle, lorsque le père de Foucault et Moussa Ag Amastane, aménokal du Hoggar, se lient d’amitié. La tradition s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui et elle est respectable.

D’autre part, il y a le piège des mots : autonomie, indépendance… L’indépendance est exclue par tous les acteurs de la crise, le MNLA compris. Le débat porte donc sur l’autonomie. Certains l’assimilent à l’indépendance. Or, si l’on examine les demandes du MNLA, il s’agit en fait d’appliquer strictement le Pacte national de 1992 (confirmé par les accords d’Alger de 2006) ou d’arriver à un accord nouveau du même ordre. La principale disposition du Pacte était la création d’une entité administrative appelée inter-région. Elle n’a jamais vu le jour. C’est probablement un aspect des discussions en cours à Ouagadougou en ce moment. En tout état de cause, la forme d’autonomie vers laquelle on va est celle d’une décentralisation poussée très loin des statuts d’autonomie renforcée accordés par la France elle-même à la Polynésie ou à la Nouvelle-Calédonie.

Enfin, et j’ai peine à le dire mais il le faut bien, il y a les accusations récurrentes et en partie prouvées d’exactions commises par des soldats maliens contre les « peaux rouges ». C’est avancé comme argument par le MNLA (et par la plupart des communautés du nord) pour refuser l’entrée à Kidal de troupes jugées inaptes au combat, mal encadrées et promptes à la répression des civils.

En outre, et c’est un argument qu’il faut examiner de près car il est légitime, de la même manière qu’au sud du Mali, les corps habillés agissent au milieu des leurs, il apparaît acceptable de dire qu’au nord, pour que les corps habillés soient au milieu des leurs, il faudrait qu’ils soient recrutés sur place; Que diraient les habitants de Bamako si la sécurité y était assurée par des unités touarègues ? Se poser cette simple question suffit à comprendre l’attitude des gens de Kidal.

Cette « localisation » du recrutement a d’ailleurs été timidement commencée avec la mise en place des Unités Spéciales, mais vous savez bien que les Touaregs, Arabes Bérabiches ou Maures qui étaient promus étaient généralement soumis à des « tests de corruption », si je puis parler ainsi, rassurants pour un pouvoir largement responsable du développement du narcotrafic sur le territoire national.

Enfin, dès qu’un accord aura été trouvé (dans les jours qui viennent probablement) sur le contenu de la décentralisation/autonomie, après les élections (qui sont la priorité absolue pour qu’il y ait sortie de crise) et une fois les nouvelles unités de l’armée malienne formées par la mission de l’Union Européenne, il me semble qu’il n’y a pas de doute que l’armée nationale sera présente aussi à Kidal.

Le 28 février dernier, avait lieu à la Sorbonne un colloque sur le thème « Menaces en Afrique du Nord et au Sahel et sécurité globale de l’Europe » http://jeudisdelinfluence.fr/ au cours de laquelle se sont exprimés Moussa Ag Assarid et Tiébilé Dramé. Les positions de l’un et de l’autre étaient clairement opposées et pourtant, ils ont pu discuter, durement mais clairement. Tous les participants à ce colloque (qui réunissait des représentants des différents communautés maliennes, des universitaires, des diplomates français et de la sous-région, des représentants du ministère français de la Défense, etc. ont été frappés à la fois par la clarté des positions de l’un et de l’autre, leur caractère en apparence inconciliable et le fait pas si surprenant que cela, que la discussion est possible. Attendons et voyons.

Siddick MINGA • Seul l’avenir très proche du Nord-Mali, nous situera sur la solidité de nos différentes certitudes. Merci encore pour votre disponibilité. Attendons donc de voir.

Hubert Orgues • Tout pays n’agit que selon ses interéts, parfois partagés…Celui des dirigeants africains ne semblent pas toujours clairs. J’ai été surpris de voir comment vos dirigeants, les francophones générallement, n’ont pas de vision politique pour leur peuple, préfèrent la corruption et subissent les diktats des occidentaux. Les in térets partagés et malgrès des pas en avant indéniables, la France Afrique demeurre, sur fond de crise et d’intérets…

Siddick MINGA • Toute campagne autour de la fin de la France Afrique est faite pour anesthésier les bonnes consciences, pour endormir la Raison. Elle ne prendra jamais fin et j’ai l’impression qu’elle va même se renforcer désormais, sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme. Parce que les pays africains se découvrent une nouvelle fragilité avec les agressions islamistes et que cela les remet dans une situation d’un enfant qui, au moment où il se croit capable de courir, se rend compte qu’il n’a pas de bonnes jambes et qu’il doit toujours être assisté par ses parents. Il va se développer sur la partie menacée du continent, une véritable période de « lèche-bottisme », de lèche-culisme », d’auto-vassalisation à outrance, juste pour avoir la protection des maîtres Occidentaux. Des mallettes secrètes vont ressortir ! Les réseaux occultes vont fleurir à nouveau ! L’Afrique va se « nanifier » de jour en jour !!! Triste, n’est-ce pas ?

semdatcha mandamili • C’est bien là la triste réalité des choses. Des hommes qui pouvaient prendre leur destin en main et être heureux d’être malheureux se le refusent, que peut-on espérer d’autres qu’une domination pour l’éternité. Argent, pouvoir, les africains n’ont que cela en tête, et lorsqu’on veut penser à l’élite, que font-ils ces jeunes intellectuels lorsqu’ils occupent une position dans la société, sans servir, ils se servent d’abord, voilà ce qui va nous maintenir esclave et la servitude à jamais. Nous sommes responsables de nos maux, l’occident n’en est pour rien.

Siddick MINGA • Eh oui, cher parent ! C’est bien cela la triste vérité… Nous sommes nos propres assassins, nos propres fossoyeurs. L’Occident n’est pas responsable de nos malheurs.