Les attentats de plus en plus fréquents contre la liberté d’expression dans nombre de pays africains ne devraient-ils pas nous amener à repenser notre pratique du journalisme sous les Tropiques ?

A cette question que je me posais légitimement et que j’ai fini par poser sur un réseau social, j’ai eu des réponses diverses :

Ndiawar Dieye : « La fréquence des attentats, je pense, ne doit pas être une raison pour nous, de changer notre pratique du journalisme. Il ne faut pas céder à l’intimidation de ces criminels. Au contraire, cela devrait nous amener à cultiver la solidarité dans la dénonciation de ces pratiques de dissuasion, dont sont victimes nos confrères dans certains pays. Nous n’allons pas changer les règles fondatrices du métier pour plaire aux dictateurs africains. Ils parlent de démocratie mais la déteste. c’est l’origine de nos malheurs. »

Stanis Nkundiye : « Nous devons continuer à nous battre car la liberté, tout comme l’indépendance, s’arrache , se gagne au prix parfois du sang.
N’ayons pas peur de ces prédateurs de la liberté de la presse. »

Aboubacar Sidick Mounchili : « Pourquoi repenser notre journalisme? si c’est pour faire plaisir à ceux qui agissent ainsi dans l’ombre, c’est tuer le journalisme en Afrique, c’est faire un veritable attentat contre l’Afrique, contre son avenir. Mais s’il faut repenser notre pratique pour etre plus professionnel, pour faire parler plus les faits et pour participer à l’avenement d’une societe africaine de plein épanouissement pour tous, une societé plus juste et d »éthique, moi je crois que ça vaut le coup. »

Toutes ces premières réactions m’ont poussé à approfondir ma compréhension de la formule « repenser le journalisme ».

… Il s’agit justement de revoir notre copie. Faire plaisir à ceux qui se servent du métier pour assouvir leurs basses besognes, ce n’est plus faire du journalisme mais une nouvelle forme de « griotisme ». Le journaliste doit pouvoir s’affranchir des tentations du parti pris, éviter de se comporter comme un supporter de l’ombre d’une éminence grise qui est prête à tout acheter pour mieux vendre son peuple.
« Repenser le journalisme », c’est se donner le temps de prendre du recul, vu toutes les tribulations et barbaries dont sont victimes les journalistes à travers le continent, pour mieux viser, mieux tirer, afin d’atteindre la cible dans son cœur.
« Repenser le journalisme », c’est exercer la profession avec une intelligence plus discursive qui intègre une notion plus approfondie de la responsabilité, de l’honneur et de la dignité. C’est savoir construire une chaîne de solidarité libre de la complaisance et de l’hypersensibilité d’un corporatisme béat et niais.
« Repenser le journalisme », c’est pouvoir dire en tout lieu et en tout temps : « Je suis journaliste et je suis fier de l’être ». Parce qu’on sait qu’on ne mange dans la main de personne, qu’on ne fait le jeu de personne, qu’on ne doit rien à personne. Parce qu’on supporte le poids de la responsabilité d’informer bien et d’informer juste comme une croix personnelle qui signe notre adhésion à un sacerdoce.
Nous devons avoir le courage de reconnaître qu’il y a, dans le milieu, des brebis galeuses qui jettent le discrédit sur la corporation. En parler, ce n’est pas « tuer le journalisme », c’est le grandir, c’est vouloir restaurer sa noblesse.
« Ceux qui agissent dans l’ombre » auront toujours peur du journaliste s’ils se rendent compte qu’il est incorruptible et considère son devoir d’informer comme un droit inaliénable.
Alors, résister à l’appel des espèces sonnantes et trébuchantes dont le but est soit d’étouffer la lumière de la Vérité, soit de répandre l’obscurité du mensonge, c’est déjà « repenser le journalisme ».

Se serait même lâche de vouloir changer les règles du journalisme. Par contre, ce serait courageux de reconnaître que nous ne sommes pas infaillibles et que nous devons nous former en permanence pour être plus performants, plus perspicaces, plus percutants…

MINGA