Je ne crois pas qu’il existe des êtres créés pour être plus endurcis ou plus endurants que d’autres dans la souffrance ou les moments d’épreuve. J’estime que c’est le cours de la vie avec ses vicissitudes, ses alternances aléatoires d’ombre et de lumière, de douceur et d’amertume, de tristesse et de gaîté, qui prépare notre esprit, notre mental, à supporter le poids des affres de la vie…
De même, je ne crois pas que de simples conseils ou des cours de psychologie peuvent préparer un homme à résister à la chute mentale que peut provoquer un choc inattendu, provoquer par un des nombreux accidents possibles et parfois inattendus de la vie. NON ! Ce qui nous aide, c’est notre « voie expérimentale intérieure », notre parcours singulier.
J’ai toujours pensé qu’il est absolument vain de vouloir se prémunir contre un « problème » en anticipant la recherche de solution car, je suis de plus en plus convaincu que chaque problème qui se pose à nous porte en lui-même sa propre solution.
Voilà pourquoi, pour moi, il ne sert à rien de s’alarmer devant la simple perspective d’un malheur qui peut ne même pas s’abattre sur nous ni le moment redouté ni avec l’intensité redoutée.
Au lieu de s’alarmer, paniquer, pleurnicher, au point de déséquilibrer notre harmonie intérieure dont nous avons toujours besoin pour surmonter toute épreuve de tout degré et en tout temps, nous devons pouvons vivre chaque instant avec patience, prudence et sagesse ; avec calme, humilité et sérénité.
La meilleure école qui puisse nous enseigner la vraie sagesse et la vraie humilité, c’est chaque moment d’épreuve : maladie, deuil, rupture sentimentale, échec, accident physique, punition… Parce que l’extrême solitude qui accompagne chacun de ces moments nous donne une des rares occasions de nous retrouver seul à seul avec nous-mêmes et nous révèle notre fragilité telle que nous ne l’avions jamais imaginée avant ce moment-là. Et, c’est dans le cœur de cette solitude que nous puisons la première substance qui nous prépare à l’immunité tout en nous permettant d’exploiter notre instinct de survie pour rebondir avec intelligence en prenant en compte le contexte de notre situation du moment.
Je suis loin de dire que les expériences des autres ne nous aident pas. Bien au contraire. Ces expériences extérieures à nous sont la preuve que nous ne sommes pas les seuls à expérimenter les difficultés de la vie. Elles peuvent nous rassurer et nous éviter un état dépressif inutile et dangereux. Elles nous aident à comprendre qu’il est possible d’être frappé par un malheur et d’en sortir indemne et plus fort. Chaque expérience est, dans ce sens, un bon exemple à considérer, par rapport à notre cas. Mais le récit de telles expériences ne doit pas être pris comme un modèle dont les applications peuvent être copiées et collées sur notre situation. Au-delà de son effet antidépresseur, une expérience extérieure n’a aucune valeur curative en soi.
La force curative, on la prend au fond de nous-mêmes, de nos propres expériences passées, tout en sachant – je le rappelle – que la solution à notre difficulté est à chercher dans la difficulté elle-même. Car, même nos expériences passées ne nous ont pas toujours fait faire appel aux mêmes solutions.
L’école de la douleur est l’école de la vie. Le bonheur nous cache les ombres dont nous ne soupçonnons pas l’existence jusqu’à la première vraie embûche de notre parcours. Le bonheur nous berce de cette illusion que les obstacles finissent par faire voler en éclats.
La vie est comme un meuble. Elle nous est offerte bien vernie. Mais les intempéries arrivent un jour à faire craqueler le verni et à nous la présenter nue. Alors seulement, nous nous rendons compte de la différence des choses. Alors seulement, nous réapprenons à faire les choses. Nous avons le devoir de remettre la couche de verni emportée par les accidents du parcours. C’est ainsi que, de vernissage en vernissage, nous nous forgeons une carapace contre la douleur et la souffrance ; nous résistons à tous les brise-cœurs possibles et nous devenons, en fin de compte, maîtres de notre vie, parce que maîtres de chaque drame qui peut nous arriver à n’importe quel moment de notre existence.
Dès lors, nous n’avons besoin de personne pour nous apprendre à gérer nos propres tourments, nos peines personnelles. Nous devenons plutôt pour d’autres personnes en situation difficile, des antidépresseurs à travers le récit de nos expériences intimes enrichies de celles de ceux qui nous ont accompagnés à certains moments de notre traversée du désert.