Je suis encore retourné sur le blog de J-P Galibert et l’article qui suit a attiré mon attention. A tel point qu’il m’a inspiré une réaction. Je partage d’abord l’article avec vous avant de vous proposer mon opinion sur le rapport entre la photographie et l’histoire…

« Figurerons-nous dans l’histoire ?

Posted: 28 Septembre 2012 in PHILOSOPHIE 2

Rancière, c’est une voix. Une conscience. Une œuvre trajectoire, toute droite, à partir de cette idée, si simple et si féconde, que le peuple pense. Ce principe est indissolublement politique et esthétique, puisqu’il y va toujours d’un partage du sensible.

Dans « L’inoubliable »  et « Sens et figures de l’histoire », les deux essais d’abord écrits pour une exposition, et aujourd’hui repris pour leur intérêt propre, Rancière questionne ainsi le grand partage qu’effectuent nos images, entre ce qui figure dans l’histoire, et ce qui peine à y figurer. Comment, par delà les conventions de la peinture, les grands de ce monde et le peuple des obscurs figurent-ils dans ces images naissantes de la photographie et du cinéma ? Y a-t-il une objectivité de cet « objectif » qui semble les placer à égalité dans ce partage de la lumière qu’instaure la photographie ? Ou bien l’objectif est-il un agent double, à la fois soumis au photographe qui l’utilise, et au sujet qui commande le cliché ? »

Chers lecteurs, voici ce que j’en pense. Mais je voudrais préciser que les propos qui précèdent ont juste été un prétexte qui me permet de dire mon opinion sur la photographie, sans forcément aller dans le sens philosophique de l’auteur…

S’il est une porte sûre par laquelle l’on peut faire une entrée garantie dans l’histoire, c’est bien la photographie. « Entrer dans l’histoire ! » Mais de quelle histoire s’agit-il d’abord ? L’histoire étroite d’une petite vie anonyme qui s’efface quand disparaît le corps qui l’a portée ? L’histoire des hommes dont la grille de lecture est façonnée et gardée par des chercheurs de traces de vie ? L’Histoire du monde à contours fantaisistes et sélectifs conçue par des penseurs soucieux de remplir dans leur présent le vide des temps passés pour tuer l’ennui des générations futures, sur la base de normes subjectives imposées à la conscience universelle ?

La photographie, c’est vrai, est un témoignage du temps qui ravive le sens du passé, qui nous aide à amortir la chute de notre conscience à travers les dos d’âne de notre mémoire parsemée de points d’amnésie. La photographie, quand nous sommes sous le voile sombre de nos oublis, apporte à notre esprit cette lumière qui nous éclaire et nous ramène à un souvenir de douceur ou de douleur.

Si la photographie est une écriture avec la lumière, c’est une écriture au passé destinée à accompagner le présent au jour le jour, pour le sujet photographié ou pour le photographe ou pour le consommateur de la photographie. Pour moi, la photographie est la négation ou la fuite du futur, parce qu’elle nous maintient dans les liens du passé et donc de l’histoire. Mais de quelle histoire ? Là commence le flou…

Concernant l’objectif, il n’y a aucun rapport entre l’objectif de l’appareil photographique et l’objectif du photographe ou celui du sujet. L’objectif de l’appareil est d’autant plus objectif qu’il reproduit l’image du sujet tel quel. L’objectif du photographe n’appartient qu’à lui car lui seul peut savoir ce qu’il recherche à travers une composition, un choix de luminosité, un cadrage, etc. Quant à l’objectif du sujet, si c’est lui qui demande la photo, il est différent et pas forcément su du photographe. Le sujet n’a aucune maîtrise ni de l’objectif du photographe devant qui il pose, ni de l’objectif de l’appareil qui le photographie. De même que l’objectif de l’appareil ignore l’objectif du photographe. Et le produit photographique ? Est-il pour autant objectif parce qu’il émane de trois objectifs différents ? Non. Toute photographie est subjective par essence. Car, la photo a beau montrer une image fidèle à une réalité connue, on ne comprendra jamais les motivations cachées derrière le choix du temps, de l’angle, de la lumière, et même de cette réalité précise au lieu d’une autre.
Pour revenir à la question d’« entrer dans l’histoire », (n’importe quelle histoire) je voudrais dire ceci : toute photo étant histoire, tout sujet photographié entre dans l’histoire. Mais le photographe lui, n’entre pas forcément dans l’histoire ! Il lui faudrait, pour entrer dans l’histoire, du talent et de l’assiduité. Le photographe nourrit l’histoire avec ses œuvres (si pauvres soient-elles) mais il n’y entre pas toujours.
Pour le reste, nous sommes tous des figurants qui animons l’histoire du monde au quotidien. Si notre objectif est d’entrer dans cette histoire, alors posons des actes qui sauvent le monde et gravons en lettres de Lumière notre nom sur le Marbre de la Mémoire du Temps.

Que vive la photographie !

MINGA