C’est avec grand-peine et une amertume extrême que je t’ai entendu parler de ton projet de suicide. Juste parce que ta vie serait « compliquée ». Tu as dû comprendre mon sourire que tu as ajouté : « Et c’est moi-même qui me la complique… » Tu vois, chère amie, tu te compliques la vie et quand tu la sens pourrie et infecte, tu veux t’en débarrasser. Tu ne trouves pas cela trop simple ?

Pourquoi ne pas organiser une rencontre intérieure entre toi et toi-même pour faire le point des choses ! Pourquoi ne pas t’asseoir face à face avec ta conscience pour te poser les grandes questions dont les grandes réponses illumineraient les coins et recoins de cette vie que Dieu t’a offerte mais dont tu as de la peine à prendre soin !

Se suicider : Et si c’était donner tort à Dieu de t’avoir créée à son image ? Et si c’était renier ton humanité ? Moi aussi, il m’arrivait plusieurs fois, à des virages de ma vie d’enfance que je trouvais douloureux, de penser au suicide.

Un jour, j’étais même prêt à passer à l’acte. J’avais 18 ans. J’étais en classe de Seconde. J’avais préparé au stylo rouge ma lettre d’adieu principalement adressée à ma mère que j’avais du mal à reconnaître comme étant ma mère, tellement ses mots, ses faits et gestes, creusaient la distance entre elle et moi. Mais bien avant, j’avais pris soin de préparer mon verre d’eau. J’avais rangé dans un lieu sûr, le sachet de raticide dangereux que j’allais utiliser pour accomplir mon acte. J’avais aussi pris le soin de fermer à double tour, la porte de ma chambre. Mais au moment de réaliser mon rêve de mourir, ma mémoire m’a abandonné.  Je ne savais plus où j’avais rangé le sachet du poison que j’avais en main seulement une dizaine de minutes auparavant. J’avais cherché, cherché, cherché en vain, mettant ma table de travail et mon lit dans un désordre indescriptible ! Puis, fatigué, épuisé, exténué par une recherche frénétique et nerveuse, la mort dans l’âme, je m’étais affalé sur le lit. Je crois que j’avais dormi profondément car ma porte avait été défoncée tard dans la nuit, quand je ne donnais pas signe de vie…

Personne n’avait fait attention au carnet qui traînait au sol, ni au verre d’eau, ni aux objets éparpillés partout dans la chambre. J’avais expliqué que j’étais trop fatigué et que j’avais besoin de ce grand repos. C’étaient les congés de Pâques et la veille, j’étais rentré d’un camp de formation scoute.

Après, j’avais repris mon carnet et j’avais écrit, entre autres, ces mots : « Dieu vient de réagir à ma décision ! Il vient de me faire comprendre que c’est Lui le seul Maître à bord ! Il a peut-être un autre plan pour moi… »

Je me suis longtemps considéré comme un miraculé et cela m’avait rapproché encore plus de l’Église à l’époque. Lorsque, un certain matin, cherchant des sous dans un vieux manteau qui m’avait été offert par mon père et dont j’utilisais les poches comme banques secrètes, j’ai vu le fameux sachet de poison, je me suis marré tout seul et j’ai dit encore : « Dieu est grand ! »

Il n’était plus question pour moi de recommencer ! Je considérais désormais le suicide comme un acte désespéré d’une grande lâcheté. Je crois que ce fut à cette occasion-là que deux pensées issues des premières lectures de ma vie ont surgi à la surface de ma mémoire. « Le sang-froid est la marque des grands esprits dans les circonstances les plus difficiles » et « L’espoir, ça n’existe que parce qu’il y a dedans une parcelle de désespoir ». Je ne me suis jamais souvent de l’auteur de la première pensée lue dans un roman intitulé Le Ciel à l’envers. La deuxième pensée, je l’avais lue dans Les Asiates de Jean Hougron.

Aujourd’hui, ces deux pensées m’accompagnent partout et m’aident toujours à recentrer mes idées quand, à un moment de vacillement de la foi comme il n’en manque pas dans une vie, je me sens glisser vers les ombres du désespoir.

Le suicide n’est pas et ne peut pas être la panacée. Toi tu seras morte. Mais tu n’auras pas aidé tes proches à savoir que du fond d’un abîme on peut victorieusement remonter la pente. Tu n’auras donné aucune leçon de courage et de force de caractère au monde. Tu auras donné tort non seulement à Dieu, mais aussi à tous ceux qui t’ont connue et approchée et même aimée à un moment de ta vie.

Si tu sais déjà que c’est toi-même qui a empoisonné ta vie, pourquoi alors ne pas changer de fusil d’épaule ? Pourquoi ne pas marquer une pause pour régler ce qu’il faut régler ? Car j’estime qu’un mal dont la source est connue est à moitié guérie. Tu peux toi-même illuminer ta vie en ouvrant ton cœur à la pensée positive, en te disant que tu peux encore relever tous les défis.

A force de croire que tout est perdu, on finit par tout perdre vraiment alors même qu’on avait tout à gagner ! Tu as besoin de te ressaisir, chère amie. Ta vie peut encore redevenir « simple » si tu la soulages de tout ce qui la « complique ». Mais il n’y a que toi qui puisses réaliser cet effort de reconversion de ta vie.

Bonne chance et à très bientôt.

MINGA