La crise que traverse le Mali est parfois inspirante, malgré son cortège de douleurs et de souffrances. De temps en temps, il m’arrive de réagir à certaines réflexions quand je les trouve trop osées ou trop légères et quand j’imagine que le porteur de ces réflexions est une personne censée comprendre une autre argumentation. Même si je finis souvent par me rendre compte que je me suis trompé sur la personnalité de l’individu, je n’ai jamais regretté d’avoir jeté des semences de mes idées dans des champs inconnus. Pourvu qu’un jour, elles poussent et à une âme assoiffée de partage.
Je vous propose ci-dessous une conversation avec un internaute inconnu, sur un réseau social.
Le jour 1 correspond au mardi 08 mai et le jour 2 au mercredi 16 mai 2012.

JOUR 1

L’Internaute : SANOGO n’est-il pas un Dadis CAMARA à la malienne ?
Je comprends l’insistance des élus du Nord malgré que la Cédéao ait décidé de ne pas intervenir au Nord. C’est parce que l’armée malienne n’y peut RIEN, absolument RIEN. L’armée, pour démonter son incapacité, s’est livrée à une guerre HONTEUSE du jamais vu dans l’histoire du monde. Quelle bassesse !! Sanogo n’est-il pas un Dadis Camara à la malienne ? Beaucoup de bruit pour rien. Que c’est triste pour le Mali de Soundjata, Babemba, Askia Mohamed, Firoune, etc. Le patriotisme, l’intérêt supérieur de la nation,… appartient au siècle dernier. Si ATT a détruit le Mali par sa mauvaise gestion, son laxisme… ; Sanogo achevera le Mali par son orgueil. Si la Cédéao a fait marche arrière sur des décisions qu’elle avait prises à Abidjan qu’est ce qui empêche Sanogo a montré sa bonne volonté (s’il en a) en acceptant un (1) an de transition voire moins ? Il est écrit quelque part que « l’orgueil précède la chute ». Attention monsieur Sanogo !
(…) Aidez moi à envoyer ce message à votre Sanogo là !!!

Moi : Bonjour cher monsieur.
(…) Quand vous dites « votre sanogo », qui est derrière ce « votre » ???

L’Internaute : Je parle des maliens qui le laissent faire sans dire mot

Moi : Pensez-vous que Sanogo est vraiment plus mauvais que tous ces politiciens qui ont « collaboré » sous le régime ATT, à l’assassinat de l’honneur et de la dignité du Mali et qui aujourd’hui encore se battent et se débattent pour sauver ce qui peut leur rester de « nom » ? Sanogo est-il plus orgueilleux que tous ces hommes soi-disant patriotes qui n’ont pas honte de « vendre » le pays à l’étranger rien que pour protéger leurs intérêts mal acquis ??? Sanogo est-il plus fautif que ces journaleux qui ont transformé le journalisme en syndicalisme politique et qui, au lieu de jouer leur rôle d’éclaireurs et d’éveilleurs de conscience, au lieu de faire des analyses des situations, nous racontent ce que leurs « maîtres politiciens ont envie de lire ???

L’Internaute : C’est intéressant ce que tu dis mon frère. ATT et ses collaborateurs ne sont pas meilleurs à Sanogo. Je l’ai dit et le répète, j’en veux bcp à ATT et sè compagnons de destruction. Seulement je veux que nous voyons les choses sous un autre angle. C’est vrai que Sanogo se bat pour le Mali mais il ne fau pas qu’il devienne de par son zèle un obstacle en disant non à tout. Le Mali qu’il le veuille ou non à besoin de la Cédéao et les pays voisins, c’est clair. Sanogo doit leur faire des concessions.

Moi : Je suis d’accord avec vous cher parent. Mais honnêtement, lorsque nous nous replongeons dans l’histoire des coups d’état en Afrique, Sanogo n’a-t-il pas fait des concessions ??? Honnêtement, pensez-vous que la Cédéao avait le droit, après avoir fait signer à Sanogo un Accord-cadre rédigé par ses propres soins, de décider unilatéralement d’un changement d’option au niveau de la durée de l’intérim et de décider d’envoyer une troupe non pas pour aller au Nord mais pour « sécuriser » la transition » ? Honnêtement, n’est-ce pas infantiliser un pays comme le Mali dont on est fier de citer de grands noms historiques ???

L’Internaute : Je suis d’accord parent mais tout compte fait la Cédéao a fait un recul ! Elle est revenue presque sur toutes les décisions d’Abidjan. Mais quelque part il ne faut pas être catégorique surtout dans de pareilles situations où, qu’on le veuille ou non, nous avons besoin de nos voisins. Dire toujours non représente un danger parce que tu risques de te retrouver un jour seul ! Et ce que tu dis à la fin, je trouve que c’est une fierté pour le Mali d’avoir eu des grands comme tu le dis. Mais le danger, c’est qu’il ne faut pas que nous nous laissions entraîner dans se sentiment de fierté en fermant les yeux sur notre faiblesse ? Eux étaient forts à leur époque ; est ce que nous, nous sommes forts ?

Moi : Ne pensez-vous pas qu’il y a des mains obscures qui ont intérêt à assassiner Sanogo pour détruire toutes les preuves qu’il détient contre elles ??? Ne pensez-vous pas que certains retardent exprès l’intervention au Nord-Mali juste pour prendre le temps de régler leurs comptes personnels ???
(…) NON, nous ne sommes pas forts !!! Nous ne sommes plus forts !!! Mais honnêtement est-ce vraiment Sanogo qui blogue tout en ce moment ici au Mali ??? Avez-vous suivi l’interview de Sanogho sur Africable le dimanche nuit (20h30) [dimanche 06 mai]??? L’avez-vous vraiment écouté et bien compris ??? Etes-vous toujours convaincu, en votre âme et conscience, que c’est vraiment Sanogo le problème du Mali aujourd’hui ???

L’Internaute : Oui je l’ai suivi sur Afrikable. Je suis d’accord avec lui et même j’ai approuvé le coup. Parce que je disais entre-temps que c’était un mal nécessaire. Il a permis de mettre à jour plein de choses. Mais je pense que malgré notre engagement pour la patrie, nous devons savoir écouter ceux qui veulent nous aider…

Moi : Je ne pense pas que Sanogo ait vraiment fermé la porte et je ne pense pas que ce soit vraiment lui qui fait le blocage en ce moment. Par rapport à l’envoi des soldats de la Force en attente de la Cédéao, beaucoup d’autres citoyens maliens sont opposés à cette éventualité et cela aussi peut se comprendre.
(…) N’oubliez pas que les militaires qui vont combattre dans un pays étranger au leur y font plus de mal que de bien : viols, vols, pillages, ‘’engrossement’’ désordonné et immoral de jeunes filles et même de femmes mariées, exactions diverses… Surtout quand on sait que Allasane Ouattara a un trop-plein de jeunes combattants et mercenaires dont il ne sait plus comment se débarrasser, qu’il cherche pour eux un débouché et que la crise malienne lui offre une belle opportunité de leur trouver du boulot… Sur cette question, Sanogo est même plus souple que certains leaders d’opinion comme par exemple Ibrahim Boubacar Kéita entre autres.

(…) En conclusion, je tiens à dire que Sanogo est très loin d’être Dadis Camara. Tant sur le plan intellectuel que sur le plan moral et mental… Pour schématiser, si nous traçons un segment de droite dont la limite gauche est le point 0 représentant Dadis Camara et la limite droite, le point 10 représentant Thomas Sankara, moi je pourrais situer sur ce segment Sanogo au point 8, donc plus proche de Sankara que de Dadis.
(…) Sanogo a les pieds sur terre et à l’écouter, on sait qu’il sait ce qu’il veut. Il est très cohérent et très conséquent dans ses propos et ses actes. Cela dit, il n’est pas exclu que Sanogo prenne un jour une balle vicieuse d’un ami ou d’un proche corrompu… Comme Sankara ou comme Dadis…

JOUR 2

L’Internaute : Mon frère tu vois que ton Sanogo est loin de Sankara? il veut coûte que coûte être le chef.
(…) Le Capitaine Sanogo, sauveur annoncé, est en passe de devenir une malédiction pour le Mali ?

Moi : MON Sanogo ??? Désolé mais je n’ai jamais revendiquer la « paternité » de Sanogo. Cela dit, il a été annoncé comme « sauveur » par qui et il devient une « malédiction » pour qui ? Je suis convaincu d’une chose : la couleur du soleil dépend de la couleur de la vitre à travers laquelle on le regarde !
(…) Je suis juste triste qu’aujourd’hui tous ceux qui avaient applaudi l’Accord-Cadre n’en parlent plus comme si c’était devenu caduc ! J’aimerais aussi savoir ce qui fait dire que Sanogo « veut coûte que coûte être le chef » ! Des interprétations tendancieuses qui ne font que mettre à mal l’équilibre déjà trop fragile de la nation ! Qui avait obligé la Cédéao à pondre un Accord-Cadre et à le faire signer par Sanogo ? Pourquoi aujourd’hui la Cédéao tourne-t-elle le dos à son propre texte ?
(…) Je n’ai jamais dit non plus que Sanogo était Sankara mais qu’il était forcément plus proche de Sankara que de Dadis Camara à qui certains le comparaient sans trop d’analyse. C’est trop facile de créer des clichés et de vouloir prendre les gens au mot. Mais j’estime que l’heure devrait être à l’union sacrée contre la rage destructrice des ego surdimensionnés de ceux qui voient la paille dans les yeux de leurs prochains et ignorent la poutre qui est dans les leurs…
(…) La malédiction est le fruit amer de toutes les pensées négatives que chaque Malien qui se croit obstinément dans le vrai émet vers son frère qu’il croit irréversiblement dans le faux… La malédiction est un feu dévorant qui ne peut être éteint que par le souffle d’un espoir diffusé par des pensées positives et conciliantes.

Malheureusement, mon interlocuteur s’est arrêté de m’écrire. Comme pour dire qu’il fuyait le débat. Même en comprenant qu’il ne se manifestera plus tout le long de ce jour 2, j’ai continué à lui écrire. Je tenais à le déparasiter, comme je déparasite tous ceux qui souffrent des vers d’un anti-putschisme primaire et qui n’ont pas d’argument autre que des invectives ou des raccourcis trop courts !