Lundi 30 avril 2012. Il est 18 heures 30 environ. Le brouillard de poussière qui, depuis plus de 24 heures a rougi le ciel de Bamako s’est considérablement dissipé. Je suis à l’Institut français où se déroule le vernissage de l’exposition « JAZZ » du photographe français Sébastien Rieussec.

Après avoir vu et revu les belles images exposées, je me sens un peu étouffé et je sors me pavaner un peu au bord du Boulevard de l’Indépendance…

J’entends un crépitement au moment même où je fais appel à un jeune vendeur de hamacs. Je ne fais pas attention à ce bruit mais au moment où, après mes achats,  j’attends la monnaie, une série de crépitements attire mon attention. Alors je jette un coup d’œil vers la primature et je vois une scène de panique générale dans les rues. J’entends aussi, « coups de feu, coups de feu !!! »… Un tintamarre de klaxons s’empare de la ville et le feux tricolores deviennent invisibles par les usagers, qu’ils soient à moto, à vélo ou en voiture. On court dans tous les sens ! Je prends mon portable pour appeler à la maison afin d’informer ma famille, mais là-bas, on sait déjà que les militaires ont repris les armes et qu’ils sont en train de tirer partout dans la ville…

En retournant au service, à moto, avec mon directeur, une seule question me taraude l’esprit : qui veut quoi encore ??? Je rappelle que nous sommes seulement à quelques jours de la fameuse déclaration de la fameuse Cédéao selon laquelle le mandat du président par intérim est prolongé à douze mois au lieu de 40 jours. La même déclaration qui disait aussi qu’une troupe viendra « sécuriser les institutions de la transition ». Contrairement au texte de l’Accord-Cadre foulé au pied.

Qui veut quoi encore ??? J’avoue que, vu que la colère des militaires quand ils ont appris les dernières décisions de la Cédéao et tenant comptant des propos de certains auditeurs d’une radio privée qui exigeaient que Dioncounda Traoré soit arrêté, j’ai pensé que les hommes du Capitaine Sanogo étaient passés à l’attaque ! J’apprends un peu plus tard qu’il s’agit de « bérets rouges », proches d’ATT contre « bérets verts », proches de Sanogo. Mais pourquoi donc ?

En pareille situation, comme généralement, les rumeurs gouvernent les humeurs ! Un jeune anti-putsch me dit avec colère : « Ce sont ces imbéciles de Sanogo qui voulaient arrêter le patron des « bérets rouges » et ces derniers ont riposté… »

On m’a déjà informé que les commandos parachutistes, ces fameux « bérets rouges », ont fermé l’un des trois ponts, qu’ils sont allés à la télévision (Ortm), qu’un groupe est allé vers l’aéroport et qu’une autre troupe est en train de descendre sur Kati, la ville-garnison, siège des hommes du 22 mars.

Alors je me suis demandé : la riposte à l’arrestation d’un homme, si important soit-il, peut-elle, si rapidement, prendre l’allure d’un plan bien organisé de prise de sites stratégiques de la ville ? NON, je ne peux pas croire cela ! C’est trop facile. Je résiste à la tentation d’être dupe.

Puis, j’ai appris qu’il y a des mercenaires parmi les personnes arrêtées. L’un a même laissé présenter sa carte d’identité burkinabé. Un certain Ouédraogo. Il y en a qui parleraient anglais… Alors, je me suis dit : il y a une taupe dans la maison à reconstruire ! Un Malien veut du mal au Mali et il est allé demander la bénédiction d’étrangers pour réaliser son forfait. Je dis « un Malien », mais c’est certainement un groupe de Maliens contrariés par les jeunes militaires qui menacent de déballer beaucoup de secrets…

Alors, le plan : prendre la radio-télévision qui est la première expression du pouvoir, prendre ensuite l’aéroport pour accueillir des renforts puis, enfin, décapiter le CNRDRE (Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat) en assassinant son président Amadou Haya Sanogo.

Alors, le rêve de voir se réaliser tranquillement la prolongation de leur pouvoir va devenir une douce réalité. Une troupe étrangère viendra s’occuper de leur sécurité.

Et le Nord dans tout ça ? Mais que signifie le Nord pour un pays dont les premiers responsables ont perdu le nord depuis belle lurette !!! Le Nord ? Eh bien, qui sait si le Maître n’est pas en train de distraire les autorités maliennes, expressément pour donner à ses alliés touaregs le temps de bien s’implanter et créer un courant de sympathie entre eux et les populations assiégées. Qui sait ? Ce n’est pas impossible ! Je parie même que si les islamistes d’Ançar Eddine ne s’en étaient pas mêlés des affaires du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), l’Azawad serait déjà devenu une réalité avec un président et un gouvernement, avec la bénédiction de la France et la complicité de certains membres du syndicat dénommé Cédéao.

Ainsi, ce contre-coup d’Etat est un acte intérieur de sabotage, prémédité, pour éliminer les éléments encombrants du comité militaire et installer dans la durée un pouvoir qui risque de s’éterniser tant qu’on fera s’éterniser la crise du Nord. Le temps de voler, de piller avant de faire la passe à un complice de la secte. Comme savent si bien le faire les tenants du pouvoir en Afrique.

Au cours d’un échange, hier mardi, un cadre des chemins de fer à la retraite à donner cette définition presque poétique du terme CONSENSUS, le cheval de bataille du général fugitif ATT : « Qu’on suce le sang du peuple ensemble ». Très bien trouvé ! Et ce n’est pas forcément faux ! Les héritiers de ce « Qu’on sang suce » ne se voient pas sevrés si tôt ! Ils n’ont pas encore fini de sucer le sang du peuple. Et celui qu’ils ont déjà sucé, ils n’ont aucune envie de le vomir, ces vampires !

A l’heure où j’écris ces lignes, la junte (ou l’ex-junte, peu importe) a demandé à la télévion-radio nationale de libérer tout son personnel non essentiel. Ce qui veut bien dire ce que ça veut dire. C’est pas vraiment fini.Les poches de résistance vont être fouillées et détruites, semble-t-il.

Le premier ministre Cheick Modibo Diarra vient aussi de faire une adresse à la nation en français et en bamanan. Il a parlé des ennemis du pays et fait allusion aux manœuvres de diversion et d’intoxication entreprises par ces ennemis qu’il a reconnu être soutenus par des « hommes venus d’ailleurs ». Les écoles vont rester fermées jusqu’à nouvel ordre.

La suite de ce western « Made in Mali » ? Wait and see !

Bien à vous.

MINGA