Encore une fois, je suis déçu et triste. Déçu, triste et en colère. Déçu, triste, en colère et révolté contre les stupidités, les incongruités et les légèretés d’une institution qui étale son irresponsabilité au grand jour depuis le début de la crise malienne.
Les dernières déclarations de la Cédéao, à Abidjan, m’ont vraiment laissé perplexe et plein d’interrogations. Des interrogations non seulement sur la valeur de ce syndicat de chefs d’Etat « problémeux », mais aussi sur l’Afrique et plus spécifiquement sur le comportement de certains Maliens devenus subitement amnésiques, eux qui désapprouvaient toute intervention étrangère dans un pays souverain. Eux qui crient à l’impérialisme et à la néo-colonisation chaque fois que la présence occidentale est sentie ou pressentie derrière une résolution de crise en Afrique. Eux qui aujourd’hui, sous prétexte que le Mali est souvent intervenue dans d’autres pays, ne se posant aucune question logique et de bon sens sur les conditions de ces missions de maintien de la paix auxquelles le Mali a l’habitude de participer, en effet, justifient une intervention de militaires africains (ils ne seraient pas étrangers parce qu’africains) pour « sécuriser » le pouvoir malien. Aberrations et turpitudes !!! Mais…
La Cédéao était-elle vraiment obligée de signer avec les militaires putschistes un « Accord-cadre » le 6 avril dernier ? Etait-elle alors convaincue de la justesse de son action ? Avait-elle pris la mesure de la situation ? Pourquoi cette même Cédéao revient-elle faire des déclarations qui remettent en question les principales décisions de cet Accord-cadre ? Les arrestations de personnalités politiques et militaires suffisent-elles à justifier ce virage vertigineux à 90° ?
La décision de déployer au Mali une force militaire dont la première mission sera de « sécuriser les institutions de la transition » obéit-elle à la logique du respect de la souveraineté d’un pays frère ? La Cédéao veut-elle vraiment aider le Mali à recouvrer l’intégrité de son territoire ou bien veut-elle l’enfoncer davantage dans l’abîme de l’anéantissement en profitant de sa fragilité pour lui imposer des décisions humiliantes ?
L’Afrique n’est-elle pas en train de donner la preuve de son incompétence et de son incapacité à gérer elle-même les crises qui la secouent par endroits ? Les hommes politiques maliens qui soutiennent la Cédéao le font-ils par ignorance ou par calcul politicien, juste pour protéger leurs arrières menacés par les jeunes militaires trop audacieux ?
Et ces hommes de presse du Mali ! Je constate avec amertume et serrement de coeur que nos éveilleurs de conscience, nos professionnels de l’information et de la communication qui devraient, en ces heures sombres, jouer un rôle d’informateurs impartiaux et d’instigateurs de la réflexion, se sont transformés en syndicalistes politiques de petit calibre défendant sans vergogne des intérêts particuliers et partisans. Pour eux, les jeunes militaires sont devenus les vrais démons de la République, au mépris de toute analyse critique de fond. Ces putschistes sont si mauvais que les autres qui s’opposent à leur prise de pouvoir les armes, sont devenus trop bons, trop blancs comme neige ! Si bien que, quand la Cédéao, en faisant sa spectaculaire volte-face, prend du grade dans la sainteté. Une sainteté qui couvre de grâce toute décision et toute action émanant d’elle, y compris le reniement éhonté d’un texte qu’elle a elle-même pondu et imposé aux militaires, sous l’appellation d’Accord-cadre. Une sainteté devant laquelle le Mali doit taire son orgueil, sa fierté et sa dignité, parce que, dit-on, un pays dont les militaires ont fui devant l’ennemi ne mérite plus de parler d’honneur… Comme si le fait que les militaires maliens aient fui devant les envahisseurs ne s’explique pas par l’incurie, l’insouciance et l’absence de clairvoyance de cette classe politique désarçonnée dont ces pitoyables journaleux deviennent des porte-voix maladroits.
La presse malienne a perdu ses repères dans sa grande majorité et cela est bien dommage !
Mais je n’ose pas encore en désespérer. Je continue de penser que l’homme est un animal perfectible.
En attendant, l’angoisse est le lot quotidien du citoyen ordinaire qui ne comprend rien aux jeux troubles des politiciens et de leurs sombres porte-parole appelés pompeusement journalistes. En attendant, Kidal, Gao et Tombouctou vivent l’amère et douloureuse expérience du non-état. En attendant…

Bien à vous.

MINGA