Une réunion extraordinaire de la Cédéao hier à Abidjan a décidé de sanctionner durement les militaires putschistes maliens en leur demandant de retourner sans délai dans les casernes pour restituer le pouvoir au général ATT.

Belle initiative ! Belle marque de solidarité ! Seulement voilà ! Je suis triste de savoir que la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest dispose d’une force militaire capable de faire des interventions, mais juste quand il s’agit de sauver le fauteuil d’une seule personne ! Je suis triste de savoir que cette Cédéao n’a jamais rien dit de concret et de si décisif, depuis que, le 17 janvier 2012, le nord du Mali a été attaqué par une rébellion armée composée de séparatistes et d’islamistes. Quelques jours seulement avant le coup de force de la bande à Sanogo, on entendait parler d’une possible intervention militaire. Mais après combien de temps ?

Ces présidents qui semblent si bien à l’écoute des populations, ne savaient-ils pas la souffrance que les populations du Nord enduraient ? N’avaient-ils pas conscience que la sortie massive de réfugiés et le flux de déplacés pouvaient causer des soucis au niveau des élections ? La Cédéao peut-elle concevoir que dans un pays des élections aient lieu en excluant une partie du territoire ?

Et quand j’écoute ici et là des Maliennes et des Maliens qui, pour la grande majorité, approuvent ce coup d’état, je me demande si une intervention de la Cédéao est opportune. Je me demande si, en venant imposer ATT, ils ne mettront pas, par la même occasion, la cohésion sociale, déjà fragilisée, à mal.

Alors je me dis que la Cédéao agit trop tard et que son attitude ressemble trop à celle d’un syndicat qui réagit par rapport aux intérêts de ses membres. Car, on a l’impression que ces chefs d’Etat regroupés à Abidjan sont tous des présidents « problémeux » qui peuvent, à tout moment, se retrouver dans la situation du général ATT. Alassane n’est pas encore bien installé avec des rumeurs persistantes d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Blaise Compaoré désigné médiateur est un rescapé d’une succession de mutineries et, à tout moment, c’est fort possible qu’il soit victime d’une éviction. Et j’en passe ! Alors, il faut condamner tout coup d’état !

Je suis d’accord que prendre le pouvoir par les armes n’a rien d’élégant ! Mais je reste tout aussi convaincu que l’armée doit toujours pouvoir, face à un blocage institutionnel, face à l’incurie aggravée de chefs d’Etat sans autorité, laxistes ou peu soucieux du bien-être de leurs populations, prendre le pouvoir par la force, au nom du droit d’assistance à personnes en danger. Car, dans le cas du Mali, plusieurs vies étaient menacées, surtout au Nord, et le pouvoir semblait en vacances. Et rien ne rassurait quant à la tenue à bonne date des élections ! L’autorité de l’Etat semblait avoir disparu, la sauvegarde de l’intégrité du territoire ne semblait plus être d’actualité.

ATT, comme assommé par le poids de dix ans de pouvoir, semblait avoir l’esprit occupé plus par sa sortie de l’arène que par la situation que vivait son pays. Le putschiste d’un certain 26 mars avait démissionné avant même les élections et s’impatientait certainement de s’en aller, quitte à organiser des élections tronquées (sans une partie du territoire), pour avoir la paix et s’occuper d’autre chose.

Mais il ne pouvait imaginer qu’un autre Amadou viendrait, un 22 mars, perturber sa rêverie et lui infliger l’humiliation de partir par la force comme il était venu par la force, il y a plus de vingt ans. Du vivant de Moussa Traoré !

La Cédéao a-t-elle vraiment pris la mesure de son engagement ? Saura-t-elle revenir sur sa décision ou acceptera-t-elle de plonger le Mali dans le gouffre d’une guerre d’intérêts politiques, au mépris de la volonté populaire ?

Wait and see.

MINGA