« Cet homme est un incapable, un incompétent. D’ailleurs, ses parents étaient des indignes qui ont fait souffrir inutilement ma famille. Si un tel homme veut se faire aujourd’hui un nom dans notre société, moi je mettrai mon influence en jeu pour lui en faire voir de toutes les couleurs… »
Ces propos-là, je les ai entendus plus d’une fois, de la bouche de personnes apparemment responsables et aspirant à encore plus de responsabilité. Des personnes qui, apparemment, sont des références dans une communauté religieuse  dans laquelle elles sont très actives, physiquement, financièrement et matériellement. Des personnes à qui, apparemment, on vendrait le Bon Dieu sans confession. Et pourtant, il suffit de rencontrer ces personnes en dehors de l’ambiance ‘’contraignante’’ de la religion, pour les découvrir sous un autre jour. Dans toute leur nudité morale et spirituelle. Dans toute leur fragilité humaine. Arborant les habits légers du monde vénal et illusoire dont elles sont les pâles et exécrables reflets. Semant partout autour d’eux des germes de mépris qui suscitent, entretiennent et cristallisent des rancœurs qui aboutissent inexorablement à des conflits ouverts ou larvés.
La période des campagnes électorales nous donne de constater, sous tous les cieux, l’incroyable nullité spirituelle des hommes politiques qui, pour accéder à leurs rêves de grandeur, utilisent tous les moyens en leur possession, y compris les plus abjects, comme médire des autres pour faire croire qu’ils sont les meilleurs ; comme utiliser la faiblesse des ignorants, des naïfs ou des désespérés comme une échelle pour atteindre le faîte de l’arbre de leur illusion ; comme utiliser la fibre ethnique ou communautaire, ou raciale ou religieuse ou politique, pour opposer des hommes, les diviser, les aveugler, les fragiliser, afin de pouvoir mieux les gouverner ; comme mentir de façon éhontée pour légitimer leur position ; comme utiliser des bandits, des énergumènes pour abattre leurs contradicteurs quand ils ne sont pas sûrs de les battre loyalement…
Tout se passe comme si le croyant, le fidèle, l’homme de Dieu, dans la société, doit revêtir la tenue de l’homme simple, c’est-à-dire le mécréant, celui qui vit sa vie sans crainte de Dieu. Celui qui ignore tout des vertus cardinales que Dieu a cultivées dans le cœur des hommes à travers ses prophètes, ses messagers. Comme si la recherche du pouvoir était incompatible avec la morale religieuse. Comme si les qualités spirituelles sont si lourdes et si encombrantes que pour monter dans l’ascenseur social, il faut s’en débarrasser.
Mais si l’homme a ce comportement si ambigu, c’est parce que, le plus souvent il est croyant par hérédité.  Alors, à défaut d’avoir découvert la vérité spirituelle par l’effort d’une recherche personnelle et indépendante,  il se contente de vivre sa foi comme par procuration et considère le Livre saint de sa religion avec une obséquiosité distante due à une relique dont la sacralité imposerait qu’on ne la touche pas.
Et pourtant, chaque Livre saint (la Baghavad Gîta pour l’hindouiste, Le Tripitaka entre autres pour le boudhiste,  le Tanakh pour le juif, la Bible pour le chrétien, le Coran pour le musulman, le Kitab-i-Aqdas pour le baha’i, par exemple) constitue une véritable source d’inspiration, de motivation et d’action qui nous édifie et nous élève au rang d’êtres créés par Dieu à son image.
A mon avis, la religion (‘’religare’’ signifie ‘’relier’’ en latin) n’a de sens que si, en l’absence du Messager de Dieu dont nous nous réclamons, nous maintenons fermement le lien avec le Créateur, à travers non seulement la prière qui ne suffit pas à elle seule, mais surtout la lecture quotidienne régulière de notre Livre saint. Alors, nous saurons faire  preuve de plus d’humanité dans nos pensées, de plus d’humilité dans nos propos, de plus de sagesse dans nos actes, de plus de clairvoyance dans nos projets.
Relire notre religion, c’est donc nous (re)plonger dans l’Océan de la Parole de Dieu jusqu’à ses profondeurs, pour en extraire les perles étincelantes qui feront de nous des luminaires dans la grisaille d’un monde que nous pourrons sauver des revers d’une religiosité sans spiritualité.
Bien à vous.

MINGA