Depuis le samedi dernier, l’Afrique toute entière vibre déjà au rythme de la Coupe d’Afrique des Nations. Seize pays sont engagés pour la course au titre continental. Le classement de ces pays par ordre de mérite (en fonction des résultats des phases éliminatoires) est le suivant : la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Sénégal, la Tunisie, la Guinée, l’Angola, la Zambie, le Maroc, la Lybie, le Mali, le Burkina-Faso, le Soudan, le Botswana et le Niger, auxquels s’ajoutent les deux pays organisateurs que sont la Guinée équatoriale et le Gabon.
A bien l’observer, une remarque s’impose : la moitié de cette liste est composée de pays en pleine crise, en début de crise ou sortant fraîchement d’une crise.
La Côte d’Ivoire, on le sait, sort d’une crise politique aiguë qui aura duré presque dix ans. Aujourd’hui, cette CAN est considérée comme le meilleur élément pacificateur possible. En effet, l’immense euphorie d’une victoire des Eléphants facilitera grandement le travail herculéen et improbable de la Commission Dialogue, Vérité, Réconciliation du premier ministre Charles Konan Banny. Le gouvernement ivoirien n’a ménagé aucun effort pour aider les footballeurs à offrir au pays cette coupe qui va panser en grande partie les plaies de la guerre ignoble que les Ivoiriens se sont faites.
La Guinée aussi revient de loin. Après les années Conté et la parenthèse Dadis, une nouvelle ère semble est née avec Alpha Condé, dans la douleur et la frustration pour certains fils du pays qui, dès lors se sentent mis à la touche. Là-bas aussi, comme en Côte d’Ivoire, on parle de réconciliation nationale. La victoire du Sily national rapprochera davantage les frères ennemis et permettra certainement d’ouvrir certains cœurs, certaines portes.
Le Niger aussi a frôlé le pire. Et voilà que pour la première fois ce pays est admis à la phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Comme si le ciel voulait lui offrir une occasion de se divertir et de renforcer la cohésion nationale mise à mal pendant les années de la « tandjanite » et des conséquences qui en ont découlé.
L’histoire de la Libye ressemble, à quelques détails près, à celle de la Côte d’Ivoire. Le pays s’est profondément déchiré et les populations ont souffert des affres d’une guerre fratricide atroce soldée par la mort de Muammar Kadhafi. L’intense ferveur d’une victoire finale des Libyens contribuera pour beaucoup à reconstituer le tissu très abîmé.
La Tunisie. Première hirondelle du Printemps arabe, ce pays n’est pas encore au bout de ses peines après avoir déposé Ben Ali. Remporter cette coupe d’Afrique pourrait faciliter l’acte de transcendance des rancœurs accumulées et ouvrir la porte du pardon.
Au Soudan, en dehors de l’indépendance accordée à une partie de ce vaste pays, il y a une guerre au Darfour depuis neuf ans qui n’est pas près de finir qui exige un événement fédérateur comme la célébration d’une victoire à la CAN pour recoller quelques morceaux.
Le Sénégal et le Mali attendent chacun une élection présidentielle. En février pour le premier et en avril pour le second. Au pays de la Téranga, la décision d’Abdoulaye Wade de se présenter pour un troisième mandat fait courir des risques d’implosion sociale au pays et cette période peut apaiser bien des tensions.
Au pays de Soundiata par contre, si les élections elles-mêmes très ouvertes et ne laissent supposer aucun risque majeur, vu la maturité des principaux candidats, c’est bien la situation au Nord qui vient perturber le cours des choses. A ce stade, la CAN revêt un enjeu majeur dans la mesure où cette période de la grand-messe du football peut être un moment où les uns et les autres oublient les différences idéologiques et pensent plus à la nation. Gagner cette coupe pour la première fois aiderait bien le Mali à surmonter certaines épreuves.
Tout cela démontre que le football, loin d’être seulement un sport, est surtout un puissant facteur de rassemblement, de réconciliation, de cohésion sociale et de consolidation de la fibre patriotique. Seulement voilà, tout cela se fait généralement au détriment des peuples qui eux, se contentent des artifices, des émotions fortes, des scènes de bonheur extatiques savamment dosées pour faire sur les citoyens l’effet d’une anesthésie sur le corps.
Comme la drogue, le football nous conduit au nirvana. Au sommet de tous les rêves. Puis, il nous laisse lourdement retomber sur le béton de la réalité occultée par la passion. Que nos équipes jouent bien ou pas, nos dirigeants eux sont toujours très heureux que ces moments arrivent. Car c’est cette période de distraction extrême que beaucoup d’hommes politiques choisissent pour faire tout ce qu’ils n’auraient jamais pu faire pendant les moment où, les populations font attention à tout, même à leurs moindres faits et gestes. Ainsi, toute la durée de la Coupe d’Afrique des Nations, nous sommes comme de gros dormeurs et, les dirigeants, comme des souris malicieuses, peuvent tranquillement nous manger les orteils.
Bien à vous.

MINGA