La période pré-électorale nous offre chaque jour des scènes d’une comédie politique au premier degré. Des acteurs, trop confiants en leurs capacités, en leurs compétences, en leurs qualités qui excluent tout défaut, n’y vont pas de main morte. Prenant souvent tous les autres pour des ignares et se comportant parfois comme des êtres extraordinaires descendus de planètes inconnues, ils nous font boire, jusqu’à la lie, le vin de leur orgueil, de leur suffisance, de leur prétendue toute-puissance. Alors, quand ils nous sentent ivres de leurs discours grandiloquents, ils sont fiers et convaincus qu’ils sont les meilleurs et que rien ne peut les empêcher d’accéder au trône qu’ils convoitent.

Voilà comment se sèment dans les cœurs, les graines de la contestation qui peut conduire à la violence et à un conflit absurde. Mais ceux qui sont à l’origine de toute la chienlit qui se nourrit de leurs turpitudes ne le font pas tous sciemment.

Il y en a qui sont vraiment méchants et qui, avec une mauvaise foi  bien calculée, décident de tromper les autres, de leur mentir sur ce qu’ils savent faire, ce qu’ils peuvent faire et ce qu’ils veulent faire. Ils ne se préoccupent en rien de ce que peuvent provoquer  leurs propos expressément mensongers et confligènes. Eux, en général, on les connaît ou on les reconnaît. Même s’il y a toujours des hommes à la conscience décalée ou eux-mêmes pleins de mauvaises intentions, pour les suivre.

Mais il y en a qui pensent très sérieusement qu’ils sont chargés d’une mission divine, porteurs d’un message de rédemption pour l’humanité, comme Krishna, Bouddha, Moïse, Jésus, Mahomet ou Baha’u’llah. Ceux-là, ils sont les vrais dangers publics. Ils ne savent pas qu’ils mentent et le risque qu’ils font courir au pays avec leurs discours de ‘’salut’’, ils ne le savent pas non plus. Pour eux, en dehors de leurs propos, il n’y a pas d’autre vérité à chercher ailleurs.

En réalité, les gens sont en politique ce qu’ils sont dans la vie. C’est la vraie nature des uns et des autres qui s’exprime toujours. Parce qu’on ne peut pas être de mauvaise moralité dans notre vie quotidienne et être en politique le modèle des bonnes mœurs. Un fanfaron dans la vie sera un fanfaron en politique. Un singe dans la vie, sera un singe en politique. Parce que la politique, c’est la vie.

Avec nous ou autour de nous, nous avons des parents, des amis ou de simples connaissances qui croient tout savoir ou qui se croient investis d’un pouvoir surnaturel. Ils se considèrent toujours comme les bienvenus partout où ils vont. Dans leur tête qui en réalité n’a rien d’extraordinaire, ils se disent capables de résoudre tous les problèmes et vont jusqu’à penser qu’ils sont indispensables à la vie des autres.

C’est pour ceux-là, qu’ils soient politiciens ou simples citoyens, que je re-écris cette histoire de la goutte de pluie. C’est une allégorie pour montrer la voie de l’humilité.

Laïga ou la petite goutte d’eau

©Laurent Willen, 2009 / Une goutte d'eau tombant dans un océan

Il était une fois, dans le ciel, loin, très loin dans le ciel, un grand bloc de glace dans lequel cohabitaient des milliards de gouttes d’eau en attendant le signal de départ de Laz’ran, le dieu de la pluie, pour se déverser sur la terre.

Parmi ces gouttes d’eau, il y avait Laïga. C’était une petite goutte d’eau impertinente, très fière et trop imbue d’elle-même. Elle n’arrêtait pas de chercher noise à ses amies auxquelles elle se croyait toujours supérieure. Mais les autres la supportaient et ne répondaient jamais à ses provocations. Mieux, elles faisaient tout pour se montrer attentionnées et affectueuses à l’égard de Laïga. Toutes ces marques de sollicitude, au lieu d’amener notre petite goutte d’eau prétentieuse à se remettre en question,  à corriger ses écarts de conduite et de langage, à s’assagir, ne faisaient que la gonfler davantage de fierté et d’orgueil. Au point où elle finit par se dire que les autres n’existaient que par rapport à elle et que sans elle, la vie des autres n’aurait jamais de sens.

Puis un jour, Laïga alla voir Laz’ran, le dieu de la pluie, pour lui dire qu’il était temps que le signal de départ vers la terre fût donné. Désarçonné et stupéfait par le courage insolent et l’allure arrogante de la petite goutte de pluie, Laz’ran ouvrit les yeux pour regarder cette minuscule boule d’eau qui le contrariait, puis il les referma pour continuer sa méditation.

Vexée et humiliée par cette attitude à son égard, la goutte d’eau revint vers les autres et tenta de les remonter contre le dieu de la pluie. En se servant de tout ce qu’on leur avait enseigné sur leur utilité dans la vie de tous les êtres créés par Dieu : « Allons vers la terre, les plantes sont en train de mourir de soif et elles ont besoin de nous. Laz’ran est un dieu inconscient. Des plantations sont en train de brûler, des hommes meurent de soif, la terre sèche. Allons-y ! » Mais les autres gouttes d’eau refusèrent de se joindre à Laïga qui, une fois de plus, se sentit humiliée.

Alors, elle prit la décision de faire seule le voyage vers la terre. Se disant qu’elle partait pour être la reine de tous les règnes, humain, végétal et minéral. Fermement convaincue qu’en prenant le départ, toutes les autres gouttes la suivraient et que l’action de ‘’salut’’ de l’eau sur la terre sera ainsi à son honneur. Quand elle s’apprêtait à se projeter dans le vide, Laïzi, la doyenne des gouttes d’eau, essaya de la retenir : « Ne prends pas  ce risque, ma petite chérie ! A toi seule, tu ne peux rien faire. Notre pouvoir n’est réel que lorsque nous partons ensemble. Sois plus patiente et attendons toutes l’ordre de notre dieu pour faire le voyage comme un seul corps… » Ces propos n’ont fait que redoubler le zèle de la petite goutte d’eau. Elle se jeta dans le vide. Les yeux fermés, elle traversait le vide en se disant : « Moi, j’ai des vies à sauver ! D’ailleurs, si je suis seule, je n’en serai que plus vénérée. Je serai la plus célèbre des gouttes d’eau ! »

Soudain, des bruits de vagues poussèrent Laïga à ouvrir les yeux pour regarder vers le bas. Que vit-elle ? Une immense, très immense étendue d’eau qui semblait sans limite. Celle qui croyait devenir la première et la seule entité d’eau sur la terre avant l’arrivée des autres, ne comprenait rien au spectacle qui s’offrait à ses yeux. Elle eut subitement envie de retourner en arrière pour attendre les autres, mais elle se rendit compte qu’elle n’avait pas le pouvoir d’arrêter sa course une fois entamée, ne serait-ce qu’un instant de pause pour réfléchir.

Finalement, la minuscule goutte d’eau s’évanouit dans le sombre anonymat de la vastitude de l’océan. Juste après avoir réalisé qu’elle n’était en fait qu’une simple goutte d’eau. Insignifiante et ignorante. Ne disposant, seule, d’aucun pouvoir de salut sur les autres créatures de Dieu.

Puisse cette histoire, que j’avais déjà écrite pour des enfants, inspirer toutes ces personnes qui rêvent au pouvoir, à  quelque niveau que ce soit.

Bien à vous.

MINGA