La longue crise qui secoue la Côte d’Ivoire m’a permis de comprendre une chose : c’est quand s’installe la chienlit que prolifère la vermine. Cette crise qui, en réalité, a commencé en 1993 avec le décès du premier président de la République de Côte d’Ivoire, a révélé au monde que les croque-morts sont ailleurs que dans les pompes funèbres. Je ne parlerai pas ici des marchands d’armes qui se lèchent les babines, heureux de pouvoir faire de bonnes affaires. Je ne parlerai pas non plus des mercenaires qui jubilent, fiers de pouvoir gagner beaucoup d’argent en tuant beaucoup de gens ! Ceux qui m’intéressent sont ceux qui, censés ramener à l’enclos les brebis égarées, vont plutôt casser l’enclos pour disperser les brebis : les prêtres, les pasteurs, les imams. Mais surtout les premiers, pour le cas ivoirien.

Ils ont poussé partout en Eburnie, comme des champions vénéneux sur du bois mort aux premières pluies de l’année ! Ils s’autoproclament pasteurs, s’auto investissent apôtres ou prophètes et se désignent comme porte-parole de Dieu. Ils sont nombreux, très nombreux, les prophètes et apôtres en Côte d’Ivoire. Ivoiriens ou de la sous -région, profitant de la fertilité du terreau pour y jeter les graines de leurs bondieuseries, turpitudes et stupidités. Parmi les plus célèbres, on peut citer les prophètes ivoiriens Eugène 1er et Kacou Séverin et l’apôtre ghanéen Abdramane Asaré. Mais surtout le plus illustre d’entre tous, qui aime se prévaloir d’être fils d’un imam et pasteur à Ouragahio, le village natal de Laurent Gbagbo, désormais surnommé le boucher des lagunes : le pasteur prophète Koné Malachie (se prononce Malaki). Ce dernier est bien connu pour ses déclarations tonitruantes qui ont souvent semé la confusion et le doute dans l’esprit de nombreux croyants modérés, alors que pour les croyants zélés, chaque prophétie non accomplie de leur maître à penser est la preuve que « les voies de Dieu sont insondables » et que le pasteur est vraiment oint par l’esprit divin. Par exemple, à quelques semaines du premier tour de la présidentielle ivoirienne qui s’est tenu le 28 novembre 2010, le prophète Koné Malachie disait de façon péremptoire que Dieu lui avait dit que les élections n’auront pas lieu et que, à l’issue d’un Conseil céleste présidé par Dieu, il a été décidé que Laurent Gbagbo sera imposé à la Côte d’Ivoire, parce qu’il est un chef d’Etat prédestiné qui fera encore au moins dix autres années à la tête de son pays. Les élections ont eu lieu. Koné Malachie a annoncé une guerre de six jours qui va se conclure par une intervention divine en puissance le jour où les chars de l’armée française encerclant le palais présidentiel où se trouvera le président Laurent Gbagbo, seront prêts à tirer. On connaît la suite. La guerre a duré plus de dix jours. Le boulanger a été cueilli au Palais sans cette intervention tant attendue, même par le couple présidentiel, car Simone Gbagbo se serait écriée « Malachie nous a trompés ! »

Après l’arrestation des Gbagbo le 11 avril 2011, le même Koné Malachie a déclaré que 33 jours plus tard, ils seront libérés par Dieu qui les conduira triomphalement au Palais présidentiel pour reprendre leurs fonctions. Les jours bien comptés, le vendredi 13 mai dernier était le 33ème jour. Tous les chrétiens qui croyaient encore à Malachie (et ils sont nombreux les désespérés qui s’accrochent à tout) attendaient avec ferveur et dévotion cette date « messianique ». Nous sommes aujourd’hui lundi 17 mai. Le miracle attendu n’a pas eu lieu. N’oublions pas que c’est ce prophète qui avait dit avoir reçu de Dieu la révélation selon laquelle la guerre commencée le 19 septembre 2002 prendra fin le 19 septembre 2009. On connaît la suite. Avant que les hostilités ne reprennent à la suite des élections, la flamme de la paix consacrant la fin officielle de la guerre a été allumée à Bouaké le 30 juillet 2007. Le même Koné Malachie est celui qui a célébré le deuxième mariage de Laurent Gbagbo avec Nady Bamba, affirmant que la Bible n’interdit pas la polygamie au chrétien. L’apôtre ghanéen, Abdramane Christian Asaré, fondateur de la Mission Christ pour le monde musulman, s’en prend, quant à lui, aux « faux bergers » et laisse entendre qu’il est le meilleur. Quelques extraits de ses propos : « Quand on prie Dieu, il répond toujours. Je suis longtemps resté en Côte d’Ivoire que je connais bien. Et je peux affirmer qu’il n’y a que de faux bergers en Côte d’Ivoire. Aucun d’entre eux ne dit la vérité. Beaucoup parmi eux sont plus intéressés par l’argent que par les choses célestes… La mort va frapper et nettoyer la classe politique ivoirienne… Aucun de ces opposants ivoiriens ne verra la nouvelle République que Dieu prépare pour la Côte d’Ivoire. Dieu est en train de préparer le dauphin de Gbagbo. C’est ce dernier qui succèdera à l’actuel chef d’Etat ivoirien, même si dans l’ombre, des choses affreuses et horribles sont en préparation. En effet, Gbagbo sera trahi par quelqu’un de son entourage. Ce dernier a déjà touché l’argent pour cette sale besogne. Il est en train de faire le travail dans l’ombre. Cependant, si le président Gbagbo se confie seulement et entièrement à Dieu et compte sur lui, Dieu agira et rien de tout cela n’arrivera. Qu’il n’ait pas peur car Gbagbo est le Saül de la Côte d’Ivoire… Gbagbo ne doit plus céder à aucune injonction de l’Onu… » Fin de citations. On comprend aisément le fond des propos de l’homme de Dieu qui aurait prophétisé sur la fin de Charles Taylor.

On a aussi vu et entendu des leaders du clergé catholique ivoirien prendre fait et cause pour Laurent Gbagbo, le rassurant de leurs soutiens par la prière et de l’assistance divine. Et on le sait, en proposant au Christ de Mama des prières pour délivrer la Côte d’Ivoire des suppôts de Satan et autres francs-maçons [Ndlr : Alassane Ouattara serait franc-maçon], ils reçoivent en retour des chèques, des billets de banque qui leur donnent des ailes et encore plus de zèle !

Mais pourquoi donc les hommes en soutane doivent-ils exploiter leurs titres non seulement pour s’enrichir en jouant dans le camp du plus puissant du moment, mais aussi pour aggraver la fracture sociale en opposant davantage les partisans des deux camps ? Pourquoi doivent-ils s’amuser avec le nom de Dieu pour faire couler davantage de sang et faire croître dans les cœurs davantage de haine, de mépris, d’animosité, de rancœur ? En prophétisant une guerre religieuse, ces prostitués en soutane n’ont-ils pas encouragé leurs ouailles à détruire des mosquées, à brûler le Coran, à assassiner des imams (au moins 7 imams à ce jour) ? Tuer un honnête homme de Dieu, n’est-ce pas tuer Dieu lui-même ? Savent-ils jusqu’où peuvent aller leurs adeptes ignorants pour aider leurs prophéties à s’accomplir, après leurs séances de lavage de cerveau ? Parlent-ils vraiment au nom de Dieu ? Leur Bible est-elle vraiment la Bible de ceux qui ont décidé de donner leur vie au Christ sans en attendre d’autre récompense ? Va-t-on finalement tuer tous les musulmans de Côte d’Ivoire pour que puisse voir le jour cette « Nouvelle Jérusalem » annoncée par Koné Malachie, cet énergumène qui doit avoir un don mal acquis ?

Tous les croyants, les vrais, doivent veiller et prier sérieusement pour une paix véritable en Côte d’Ivoire. Et pour que soient anéantis tous les oiseaux de mauvais augure travestis en bergers. Que personne ne laisse personne assassiner sa conscience de Dieu !

Bien à vous.

MINGA