Vendredi 1er avril. Tous les Ivoiriens se posent, depuis le lever de ce jour, la même question angoissante : où est passé Laurent Gbagbo ? Seuls les plus proches parmi les plus proches doivent avoir une idée de la cachette du Christ de Mama. Mais peu importe où il peut bien se trouver en ce moment. Une chose est sûre : Laurent Gbagbo est seul aujourd’hui. Seul même s’il a autour de lui épouses et enfants et parents divers. Seul, il l’est aujourd’hui, face à face avec sa conscience. Conscience d’homme, conscience de chrétien fétichiste, conscience de père, conscience de Chef d’État (même déchu) qui a conduit à la souffrance et à la mort des êtres fragiles qui ont eu la faiblesse de lier leur destin à son pouvoir ou de s’opposer à lui.

Cette solitude extrême que l’on ressent même à deux, même à plusieurs,  est la pire des solitudes. Celle qui distille dans notre esprit vaporeux la sensation étrange de l’inexistence, l’impression trouble de l’avant-mort. C’est à ce moment que nous assaillent mille et une questions sans réponses. Des questions que, dans le feu roulant de nos actions acclamées par nos laudateurs acharnés, nous n’avions jamais pris le temps de nous poser. Des questions violentes, des questions « frar » comme on dit en Côte d’Ivoire.

Nous voyons s’écrouler autour de nous tout notre mur de sécurité; nous voyons s’éloigner de nous tous ceux qui étaient nos amis il n’y a même pas encore deux minutes; nous entendons des mots nouveaux de la bouche de ceux sur qui nous avons toujours fondé nos plus grands espoirs; nous voyons de nous des images que jamais nous ne nous attendions à voir… Nous avons devant nos yeux toute la scène lugubre du théâtre hideux du pouvoir. Et nous nous rendons compte que nous n’avons été jusque-là qu’un piètre comédien applaudi par ceux qui se nourrissaient de notre intelligence malicieuse, nos tiques, nos ténias, ces parasites dangereux qui nous aiment parce qu’ils se nourrissent de notre sang, de notre vie.

Gbagbo est seul. Des généraux en fuite. Des généraux désormais dans l’autre camp. Des généraux silencieux, introuvables… Se débattent encore autour du « boss » les dernières vermines suicidaires qui préfèrent « mourir avec le chef ». Et Blé Goudé ? Et les millions de patriotes qui criaient « haut les coeurs ! » Où sont-ils passés ? Et Mamadou Coulibaly ? Pascal Affi a fui ? Pauvre Nguessan. Le bon sens n’a plus de sens aujourd’hui. Gbagbo est seul. Lamentablement seul. Désespérément seul. La farine est finie ! Le boulanger est mort.

« Eh Dieu, mon pauvre Koudou de Mama, tout ça pour ça ? » peuvent se demander des proches désabusés. Oui, malheureusement. TOUT ÇA POUR ÇA !!!

Que Dieu protège la Côte d’Ivoire !

MINGA