©Shalom / Y a-t-il encore un plaisir à devenir président aujourd'hui, surtout en Afrique ?

« Désormais, il n’y a plus rien qui soit impossible ! » Voilà comment de nombreuses personnes ont réagi en apprenant le départ forcé du raïs égyptien, Hosni Moubarak. Après un autre départ forcé : celui du tyran tunisien, Ben Ali. Et comme le dicton populaire nous dit qu’il n’y a pas deux sans trois, tout le monde en est à se demander aujourd’hui « à qui le tour ? »

S’il est  vrai que tous les regards sont tournés vers l’Algérie, il n’est pas inutile que l’on s’interroge aussi sur le destin de certains présidents de l’Afrique subsaharienne atteints du syndrome de l’éternité au pouvoir ou de gâtisme. Je pense principalement aux présidents du Burkina-Faso, du Sénégal, du Cameroun, du Congo-Brazzaville et de la Guinée équatoriale, pour ne citer que ceux qui symbolisent le plus l’usure, la pourriture et la déconfiture d’un pouvoir gangrené par l’immoralité, la tricherie, le mensonge et tous les autres maux en « isme » dont la liste serait sans fin.

Les premiers responsables de ces pays et de bien d’autres encore que je n’ai pas cités ont donc le droit d’avoir peur. Peur de la peur du peuple qui prend la forme d’une révolte vengeresse et parricide. Peur du peuple qui prend la parole pour dire au père tout-puissant de partir, de « dégager ». Peur de perdre le pouvoir pris par force ou par fraude, au grand dam de la démocratie diluée dans le sang des innocents qui s’entêtent à s’opposer à eux. Peur de crever comme des chiens, après avoir régné comme des rois, comme des manitous qui ont tout manié avec suffisance, arrogance, insolence, intempérance, impénitence… Peur de mourir comme des mouches après avoir gouverné comme des mousquetaires impitoyables entretenant la chienlit dans le peuple pour faire fleurir tribalisme, ethnocentrisme, clientélisme, favoritisme, népotisme… Des tares qui justifient le retard du continent géré par des maîtres incontinents.

Oui, Blaise Compaoré, Abdoulaye Wade, Paul Biya, Denis Sassou-Nguesso, Teodoro Obiang Nguema, vous avez peur et vous avez raison ! Dans vos pays aussi, il y a ces outils dangereux nés du développement de la technologie : Facebook et Tweeter ! Vous avez toujours défendu la réduction de la fracture numérique entre le Nord et le Sud. Vous vous êtes battus, chacun comme il peut, pour que Internet soit accessible au plus grand nombre de vos gouvernés. « Bêtement », vous direz-vous aujourd’hui ! En vous rendant compte que c’est le couteau que vous avez aiguisé pour distraire les jeunes afin qu’ils s’éloignent des préoccupations essentielles de vos pays, que ces mêmes jeunes utiliseront pour vous « égorger ». Vous êtes tombés dans le piège des américains qui ne vous soutiendront pas quand toutes les franches de la société de vos pays respectifs se lèveront pour crier d’une seule voix : « Dégagez, dictateurs ! » Vous ferez tirer sur les foules et ferez tomber des corps qui plus jamais ne se relèveront. Mais ces corps ne seront pas tombés pour rien. Du sang qu’ils perdront naîtra la fleur Liberté dont le parfum ouvrira pour tous un nouvel horizon lumineux, plein, non plus de promesses, mais d’accomplissements, de réalisations.

Oui, plus rien n’est désormais impossible ! Il n’y a plus de pouvoir-baobab qui résiste à la tempête sourde de la colère des jeunes qui ne manquent plus de courage. De ce courage inaltérable qui, selon la belle expression de l’écrivain et humoriste américain Mark Twain, est « la résistance à la peur ». De ce courage massif qui fait rompre les silences imposés par les armes depuis des décennies. De ce courage herculéen qui dompte la peur que des humains soi-disant dieux ont insidieusement distillée dans tous les esprits pour les fragiliser afin qu’ils n’osent jamais s’opposer à des rois autoproclamés.

Mais peut-on avoir peur toute sa vie ? Non justement, parce que, à force d’avoir peur, on finit par se rebeller pour affirmer son existence à ceux qui font peur. Maintenant que les donnes changent et que les esclaves se libèrent et enchaînent leurs maîtres, faut-il avoir peur ? Non, la peur n’a plus de sens pour ceux qui ont le pouvoir de réveiller les peuples qui dorment. Car, aujourd’hui, il est important que tous les peuples opprimés du monde se réveillent pour apprendre à disposer d’eux-mêmes, pour entendre le sifflement du train du développement à bord duquel ils doivent embarquer, pour comprendre qu’ils ont la capacité d’être eux aussi des êtres qui comptent. « Le plus beau sommeil ne vaut pas le moment où l’on se réveille » a dit André Gide.

Pour terminer, chers lecteurs, je vous invite à méditer cette pensée de Naham de Brazlw, un rabbin ukrainien : « Sachez que dans la vie l’homme doit traverser un pont très, très étroit, mais ce qui est essentiel, le plus essentiel, c’est qu’il n’ait pas peur. Pas peur du tout. »

Bien à vous.

MINGA