>Si l’on peut dire que toutes les élections sur le continent – ou presque toutes – se ressemblent, par leurs empreintes de « technologie » antidémocratique, fines ou grossières, il est des élections qui surclassent d’autres, à cause de contextes particuliers qui donnent à toute la période préélectorale, une ferveur d’attente messianique. C’est le cas des élections en Guinée et en Côte d’Ivoire. Parlons d’abord du pays du Silly.
La Guinée est un pays qui amorce une nouvelle ère dans sa vie de nation à consolider, après plus d’un demi-siècle de tâtonnement sur le chemin du développement à tous les niveaux possibles et de la maturité politique. On ne peut pas nier les efforts qui ont été faits au plan culturel par Sékou Touré qui, quoi qu’on puisse dire aujourd’hui, fut un grand ouvrier de l’identité culturelle. N’a-t-il pas favorisé l’éclosion de groupes musicaux et de troupes théâtrales, entre autres ? Après lui, il aurait peut-être fallu à la Guinée un homme encore plus charismatique, de plus grande stature, ayant de plus grandes qualités intellectuelles, morales et humaines et une meilleure formation politique. Au lieu de cela, c’est un militaire simple, trop simple, qui a pris le pouvoir et s’y est agrippé. Un militaire tellement simple et tellement égoïste qu’il a préféré rendre la Guinée malade de sa propre maladie, plutôt que de céder son fauteuil à un autre fils du pays, à travers une élection digne de ce nom, quand il a compris que son mal le rendait incapable de gouverner avec sérénité. Alors, pendant vingt-quatre ans, la Guinée a subi Conté et ses acolytes. La mort du militaire va libérer le pays de son œdème. Mais c’est un autre militaire, qu’on croyait un peu plus éclairé, qui va lui succéder. On a vite compris que Camara n’est pas Sankara et que, en dehors de leur grade de Capitaine, le premier ne méritait même pas d’être appelé copie, si pâle soit-elle, du second. Voilà pourquoi ce qui devait arriver arriva, sans trop surprendre.
Sékouba Konaté, l’intérimaire, est un autre militaire. Mais lui a une autre conception du rôle de l’armée et il a voulu donner au monde la preuve qu’on peut être militaire et sage, honnête et ouvert aux exigences de la démocratie.
En réussissant l’organisation du premier tour des élections, il a convaincu de sa bonne foi. Pour la première fois vraiment, les Guinéens ont goûté au plaisir de la liberté de l’accomplissement d’un devoir dit citoyen. Après une période d’incertitude et d’angoisse, on vient enfin de connaître la date du second tour : le 19 septembre 2010.
Mais à peine a-t-on fini de pousser notre « ouf » de soulagement que le bruit d’un pavé dans la mare politique guinéenne nous ramène à nos angoisses ! Le premier ministre ira-t-il jusqu’au bout de son intention de « modifier » des dispositions de la Constitution pour « diluer » le pouvoir de la Commission nationale électorale indépendante (CENI) ? Cette intention est-elle sincère ou dérive-t-elle d’une autre intention qui serait obscure ? Les rumeurs du parti pris du premier ministre en faveur du candidat Alpha Condé seraient-elles fondées ? En tout cas, on peut bien se poser la question de savoir à quel jeu veut jouer Jean-Marie Doré en ce moment très sensible de l’histoire de la Guinée qui a plus besoin d’assurance et de sérénité que de doute et de suspicion. Le premier ministre roulerait-il vraiment pour un candidat ?
J’ai presque la certitude que Jean-Marie Doré ne sera pas suivi dans ses turpitudes qui risquent de faire chavirer un navire qui n’est plus loin du port. Et c’est en cela que la décision du Général Sékouba sera salutaire, si elle s’oppose à la volonté de son premier ministre. Et même si tout rentrait dans l’ordre, cette sortie inattendue de l’ex-leader de la société civile nous oblige à nous poser cette question : qui veut verser de l’eau dans le lait de Diallo ? Car les partisans du patron de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), donné favori, pensent que c’est contre eux que joue le chef du gouvernement transitoire.
Jean-Marie Doré a donc intérêt à redorer son blason, s’il veut laisser son nom parmi les héros de la construction de la démocratie guinéenne. S’il veut faire taire ceux qui exigent sa démission. En attendant le 19 septembre. Une date qui rappelle la descente aux enfers d’un pays voisin, il y a huit ans. Mais une date que la Guinée devrait pouvoir célébrer comme celle de sa sortie du tunnel.
Bien à vous.

MINGA