>Avant d’aborder la dernière partie de ma réflexion sur la situation en Côte d’Ivoire, il me plaît de saluer l’acte courageux et patriotique des militaires nigériens qui ont osé montrer à Mamadou Tandja qu’il y a coup d’État et coup d’État. A un coup d’État constitutionnel qui a fermé toutes les portes aux négociations et à l’épanouissement de la démocratie, au nez et à la barbe de grands « censeurs » de l’Union africaine, les militaires ont préféré un coup d’État, que dis-je, un coup d’éclat qui libère le peuple nigérien. N’en déplaise aux esprits chagrins, aux raisonneurs obscurs et aux moralisateurs obtus qui se perdent dans les labyrinthes de leur syllogisme handicapé sur la démocratie. N’en déplaise aux super « démocrates africains » ( ?) atteints d’anachronisme intellectuel.
Tous ceux qui aujourd’hui, condamnent le putsch de Niamey devraient avoir honte de n’avoir rien fait quand Tandja a dissout l’Assemblée nationale et la Cour constitutionnelle, quand il a organisé un simulacre de referendum pour légaliser son illégitimité, quand il a organisé une caricature d’élection législative pour se créer une cour de suiveurs. Avec une certaine pudeur de mauvais aloi, ceux-là défendaient un certain principe de « non-ingérence » dans les affaires intérieures d’un État souverain. Maintenant que d’autres Nigériens se lèvent pour mettre fin à la perfidie, aux vilenies et à la chienlit, on sort des principes de la « démocratie » en vigueur à l’Union africaine. Comble d’hypocrisie ou de mauvaise foi ! J’ai bien aimé le trait d’esprit d’un opposant nigérien qui, aux premières heures de ce « Ouf d’État », a déclaré sur RFI que coup d’État pour coup d’État, il préférait « l’original à la copie », faisant allusion aux tripatouillages de Tandja pour s’offrir un bonus de trois ans à la tête du pays. Comme si gouverner était un jeu d’enfant.
Je me sens foncièrement démocrate, voilà pourquoi je soutiendrai toujours tous ceux qui viendront rappeler à l’ordre des chefs d’État têtus et indécents qui se moquent de leurs populations et les étouffent dans l’expression de leurs droits les plus élémentaires. On me dira qu’on ne peut pas être démocrate et soutenir un coup d’État. C’est peut-être vrai. Mais ne dit-on pas que « quand vous dansez avec un aveugle, il faut souvent lui marcher sur les pieds pour lui faire comprendre qu’il n’est pas seul » ? Peut-on parler de bon sens à quelqu’un qui n’a pas le sens du bon ? Pour le reste, on prend le temps à témoin.

Revenons donc à la Côte d’Ivoire. Débarrassé en 2002 de Guéï Robert, le balayeur gênant, Gbagbo Laurent, le boulanger, hors de danger, gère la crise à sa guise. Les dates des élections se suivent depuis 2005 et ne se respectent pas. Personne ne veut réagir pour mettre les pendules à l’heure dans une Côte d’Ivoire prise en otage par des soi-disant « patriotes ».

Aujourd’hui, avec les manifestations sanglantes qui ont lieu dans plusieurs villes du pays, peut-on encore parler d’élections paisibles, justes et transparentes en 2010 ? Ne sommes-nous pas à la case départ avec la résurgence de la crise identitaire qui a conduit à l’attaque rebelle de septembre 2002 ?

La Commission électorale indépendante (CEI) qui a été dissoute vient d’être reconstituée. Avec un président clairement identifié comme membre du PDCI de Bédié. Dans le nouveau gouvernement censé ne comporter que des technocrates mais pas de ministres partisans, on reconnaît avec netteté des ministres FPI qui font la campagne pour Gbagbo. Quid des ministres de l’opposition qui entreront dans ce gouvernement ?
En attendant de connaître les noms de ces ministres, Blé Goudé et ses amis « patriotes » menacent de descendre bientôt dans les rues de la Côte d’Ivoire pour une démonstration de force. Parce qu’ils ne sont pas d’accord avec la composition de la nouvelle CEI. En finira-t-on un jour, en Côte d’Ivoire ?

Depuis 2006, je fais partie de ceux qui pensent que les Nations Unies devraient trouver un moyen exceptionnel (différent de la tutelle) pour gérer la Côte d’Ivoire. Le temps de résoudre tous les problèmes liés à l’identité, sous une autorité neutre. Le temps de panser les plaies, les meurtrissures de l’ivoirité. Le temps de faire réfléchir les politiciens à ce qu’ils veulent vraiment faire de ce pays. Mais, au nom d’une quelconque souveraineté dont personnellement je ne perçois pas la consistance en ces temps de déchaînements incontrôlables de passions identitaires vengeresses, des voix condamnent l’implication des nations Unies dans la gestion du pays. N’est-ce pas une fierté mal orientée quand, face à un chaos contre lequel nous ne pouvons rien, nous refusons la couverture d’une institution capable de nous aider ? Faut-il laisser chavirer le navire ivoire au nom d’un certain nationalisme à la Mugabé, en reniant l’histoire de la construction de la Côte d’Ivoire ? Faut-il toujours qu’on attende l’irréversible pour intervenir ? Peut-on parler d’ingérence dans les affaires intérieures d’un État s’il s’agit de protéger la majorité de la population de cet État contre la rage meurtrière d’une minorité enivrée par le pouvoir ? Doit-on désespérer de la Côte d’Ivoire ? Doit-on ne rien attendre des Nations Unies ? Tant de questions !

Je reste cependant convaincu que ceux qui ont semé les grains de cette ivraie appelée ivoirité payeront pour tous les crimes qu’elle provoque. Alors, on reconnaîtra une Éburnie plus humaine, pleine de la crainte de Dieu, ouverte sur le monde, dépouillée de toutes les formes d’iniquité et de méchanceté gratuites et de tous les conflits identitaires anachroniques, absurdes, inutiles. Cette Côte d’Ivoire-là, je l’espère vivement.

Bien à vous.

MINGA