>Les événements se précipitent en Côte d’Ivoire où la crise s’installe de plus en plus profondément dans le tissu social. Comme promis, nous allons revisiter ensemble la période allant du coup d’État de Guéï Robert à la rébellion de 2002 (et non 2009 comme cela avait été mentionné par une erreur dans la chronique précédente).
Le coup d’état du 24 décembre 1999 qui voit le général Guéï Robert prendre le pouvoir, est l’expression du ras-le-bol des militaires qui ont fini par comprendre les souffrances des populations et se sont dits qu’il fallait agir vite pour éviter une guerre civile à la Côte d’Ivoire. Il n’y a qu’à voir la liesse populaire dans les rues de la plupart des grandes villes du pays pour se rendre compte du sentiment de soulagement général des Ivoiriens qui apprécient à sa juste valeur la beauté du cadeau que le Père Noël vient de leur offrir.

Guéï Robert jouissait déjà d’une aura de héros, lui qui avait, à la veille de l’élection présidentielle de 1995, perdu son poste de Chef d’État-Major de l’armée ivoirienne, pour avoir refusé de faire sortir l’armée pour mater les populations qui suivraient le mot d’ordre de « boycott actif » lancé par Laurent Gbagbo et son ami intime de circonstance d’alors, Alassane Dramane Ouattara. Et quand, quelque temps après le coup d’État du 24 décembre 1999, Alassane rentre de son exil forcé en France, le Général sera considéré comme un vrai redresseur des torts.
Entre-temps, Bédié avait modifié l’article 35 de la Constitution de sorte que, sans ambiguïté, il élimine de la course au pouvoir son ennemi intime ADO. Un extrait de cet article :
« … Il (le candidat à l’élection présidentielle) doit être ivoirien d’origine, né de père et de mère eux-mêmes ivoiriens d’origine. Il doit n’avoir jamais renoncé à la nationalité ivoirienne. Il ne doit jamais s’être prévalu d’une autre nationalité. Il doit avoir résidé en Côte d’Ivoire de façon continue pendant cinq années précédant la date des élections et avoir totalisé 10 ans de présence effective… »

Guéï Robert voulait montrer sa bravoure en modifiant à son tour ce qui, dans cet article, sentait trop l’ivoirité : «… né de père ET de mère… ». Il mettra ’’OU’’ à la place du ’’ET’’ mais le lavage de cerveau de Bédié avait bien réussi : Le ’’ET’’ va être maintenu in fine.
Puis, on sentira le changement dans les propos du Général. L’ivresse du pouvoir a fini par faire perdre la raison à celui qui avait dit qu’il était venu juste pour balayer la maison et repartir. Il voulait désormais habiter la maison. Ses parents de l’Ouest lui ayant dit qu’ « un garçon ne balaie pas et ne pêche pas du poisson pour son ami garçon ». Puisque Bédié avait laissé entendre que seuls les baoulés étaient nés pour gouverner, il fallait lui prouver que les dan aussi pouvaient diriger ce pays.
Mais c’était sans compter avec Laurent Gbagbo. Ce dernier portait l’espoir des bétés qui voulaient absolument se venger du massacre, en 1970, de 4 000 paysans guébiés (tribu de la région de Gagnoa, au Centre-ouest) par l’armée de feu Félix Houphouët-Boigny, suivi de l’enlèvement et de la disparition du plus célèbre fils de la région, Jean-Christophe Kragbé Gnagbé. Le bélier de Yamoussoukro n’avait pas supporté que ce dernier lui exigeât le multipartisme à cette époque-là.
Et comme Gbagbo considère la politique comme un jeu de ruse où il faut jouer avec les cartes de l’opportunisme et des opportunités, il se lie d’amitié avec le Général. Les deux concluent un pacte dont le contenu exact reste obscur. Toujours est-il qu’Allassane Ouattara sera exclu, contre toute attente, de la présidentielle de 2000. Le balayeur, qui n’avait pas encore découvert les talents de boulanger de son nouvel ami, va dormir sur ses lauriers pendant la période des campagnes électorales, pour se réveiller en sursaut un jour, au moment où les résultats sont en train d’être proclamés au compte-gouttes, qu’il est le vainqueur du scrutin et que l’autre est en train de lui voler sa victoire.
Gbagbo jette ses militants dans la rue. ADO, à son tour, dit à ses militants que le pouvoir est dans la rue et qu’il faut aller le chercher pour lui. On connaît la suite. Carnage. Massacre. Assassinat organisé des « envahisseurs », comme on appelait aussi les originaires du Nord. Charniers. L’enfant prodige de Gagnoa s’installe au pouvoir et certains de ses partisans incontrôlés commencent à poser des actes de vengeance contre des baoulés et des nordistes appelés communément dioulas…
On organise des journées de réconciliation nationale qui, en réalité, ne contribuent qu’à ouvrir des plaies cicatrisées ou en voie de l’être. Mais on conclut que tout s’est bien déroulé. Malheureusement, l’ivoirité va revenir à la surface.

Le 19 septembre 2002, des déserteurs de l’armée nationale, en majorité originaires du Nord et de l’Ouest, aidés par des groupes de politiciens aigris ou mécontents, vont décider de descendre sur le Sud. Ils veulent prendre par la force le pouvoir, pour réparer l’injustice en cours contre ADO et les populations frustrées dans l’expression de leur identité. Le balayeur est assassiné avec des membres de sa famille. La rébellion est étouffée dans l’œuf, mais elle tient bon en maintenant le pays coupé en deux…
La semaine prochaine, je partagerai avec vous mon opinion sur la gestion de cette crise ivoirienne.

Bien à vous.

MINGA