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Le spectacle que nous offrent certains dirigeants actuels des pays africains est détestable, lamentable, triste et désolant. Un parcours rapide des actualités du continent nous donne la dimension du ridicule qui règne dans la gouvernance. Heureusement que sous les Tropiques, le ridicule ne tue pas, n’humilie pas, mais il ennoblit.
En Guinée, le Premier ministre sorti des côtes de l’opposition a du mal à former son gouvernement sur lequel reposent déjà tous les espoirs d’un nouveau départ pour le pays. Comme quoi, c’est plus facile de s’opposer que de proposer. Le vrai maçon, c’est vraiment au pied du mur qu’il se connaît. Alors on attend Doré qui prend son temps avec tant de regards tournés vers lui. Évidemment, cela n’augure rien de rassurant, mais que faire ? Avec le verdict de la Commission nationale d’enquête sur les sauvageries du 28 septembre 2009, on a compris à quel point certains citoyens, fiers de se faire appeler « intellectuels », peuvent pousser la malhonnêteté au-delà de l’inhumanité, au nom de desseins obscurs. Toumba Diakité, grand « coupable », est introuvable (même si on connaît des gens qui savent où le trouver) ; les leaders de l’opposition,  »principaux responsables », bénéficient d’une amnistie au nom de la « réconciliation nationale ». Avec un tel résultat, qui a vraiment intérêt à se fâcher ? Personne. Sinon, ceux qui ont perdu leurs parents, amis et connaissances. Mais ceux-là, ils font partie du peuple. C’est-à-dire de la masse anonyme sans voix qui ne cherche qu’à survivre et qu’on utilise comme bétail électoral au moment des batailles pour le pouvoir. Quand le pouvoir a décidé, qui peut dire quoi ?
Au Niger, le président, toujours droit dans ses bottes, persiste et signe : pas question de dialoguer avec l’opposition si elle continue de refuser de reconnaître la légitimité de son coup de force constitutionnel qui lui donne pour le moment un bonus de trois ans au pouvoir. D’ici la fin des trois années, on aura fini de créer toutes les conditions légales de sa mort au pouvoir. Cette chose qu’on appelle « Communauté internationale » peut crier, gesticuler, menacer, elle finira par se taire. De toutes les façons, la grande France est là pour protéger le pays contre une quelconque volonté de le marginaliser. Après tout, qui a le monopole de la démocratie sur qui ? Les marcheurs peuvent user les semelles de leurs chaussures. Ça ne peut qu’aider les cordonniers à s’en sortir. Qui dira après que l’État n’a aucune politique de soutien aux secteurs informels ? Tandja ne dort pas. Mais il rêve, rêve, rêve. Comme ses autres compères du syndicat des chefs d’État. Normal.  
En Côte d’Ivoire, l’heure est à la palabre. Entre ceux qui veulent que les élections se tiennent et ceux qui n’ont pas intérêt à ce que le pays sorte de l’illégalité et de l’illégitimité chroniques dans lesquelles il s’enfonce depuis déjà cinq ans, la durée de tout un mandat ! En suivant de près cette affaire scabreuse de liste frauduleuse au sein d’une CENI ténébreuse, on se dit que l’élection présidentielle de 2010 reste une vraie nébuleuse. On se dit aussi qu’un malin est tombé sur plus malin que lui. Le Président avait donné sa confiance à Beugré en le nommant à la tête de la CENI et pour lui, le nombre important des représentants de l’opposition ne pouvait aucunement entacher le travail de ce dernier. Mais on dit au pays : « Qui est- fou ? Quand y a occasion-là, faut profiter dê ! Sinon, pour toi est mort… » Voilà qu’on parle de plus de quatre cent mille « électeurs clandestins potentiels » qui pourraient « voler » la victoire au Christ de Mama. Maintenant que ce danger est perçu, on veut changer de président de la CENI et on demande à Beugré de démissionner. Pour  le moment, le patron de la CENI fait de la résistance. Mais s’il partait, qui mettrait-on à sa place ? Peut-être un mouton à la solde du pouvoir. Une autre aventure pour d’autres incertitudes ! Dur, dur, d’être démocrate en Afrique. Mais on y arrive toujours avec de très bons présidents-boulangers.
Au Sénégal, le super Gaïndé de la Téranga attend certainement avec beaucoup d’impatience une réaction positive massive des Haïtiens, à son appel pour leur retour sur le continent africain, quelque part au Sénégal, peut-être. Au moment où les débats sur une autre candidature de Wade à la présidence de la République ou de sa succession par son fils Karim faisaient rage dans la presse privée sénégalaise, le tonitruant Abdoulaye a profité du drame haïtien pour jeter un pavé dans la mare très trouble du continent. En parlant comme au nom de ses pairs africains, le plus beau président de l’Afrique de l’Ouest n’a certainement pas réalisé à quoi il engageait le continent, là où ses mots de compassion et l’aide financière du Sénégal auraient suffi. Mais quand on veut mourir au pouvoir, on a les meilleures idées pour créer des électorats comme on peut. A moins que papy Wade-la-gaffe ne montre, par ses déclarations décalées, ses premiers symptômes de gâtisme.
Au Mali, le PDES a mal au foie. En plus du fil que l’antenne AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique) du Mali donne à retordre au Président malien, jusqu’à mettre en péril ses relations historiques avec la grande France, Bamako vit sous une terreur inouïe à cause d’un banditisme qui semble être à son pic ces jours-ci. Pire, on entend dire que tel fou aurait été arrêté parce qu’il ne serait pas un vrai fou, mais un « dealer » déguisé ! Que tel lieu, apparemment simple abri de  fous ou de délinquants, déboucherait sur une grande cache d’engins volés. Mais comment expliquer cette brusque montée du banditisme dont les grands moyens utilisés par les forces de défense et de sécurité ne brisent ni l’ardeur, ni la violence ? Les propriétaires de « Air cocaïne » seraient-ils en train d’écouler leur marchandise en ce moment ? L’oisiveté des jeunes aurait-elle atteint le seuil de l’insupportable au point où ils manifestent par les actes criminels qui ont cours, leur hargne contre la société ? Toutes les mesures dissuasives et répressives appliquées aujourd’hui et demain suffiront-elles à résorber le taux de banditisme si des mesures courageuses d’insertion socioprofessionnelle profitables aux enfants de toutes les couches sociales, sans favoritisme, sans népotisme, ni autres trafics d’influence, ne sont pas prises et appliquées ? Ne passe-t-on pas trop de temps à faire des discours laudatifs, encenseurs, cultuels autour de la personnalité du président et de son PDES, au lieu de chercher les solutions idoines urgentes aux graves crises qui menacent l’équilibre social et qui s’expriment à travers le commerce de la drogue, la prostitution, la délinquance à large échelle ? On peut cependant oser croire que bientôt sera la fin de la terreur à Bamako. N’oublions pas qu’ATT est avant tout un militaire et qui plus est, un commando parachutiste. A tout moment, il peut entrer en action. Sauf si les préoccupations liées à l’organisation du cinquantenaire occultent les réalités désespérantes du moment.
Ailleurs, des présidents s’amusent. Comme Jacob Zuma qui a célébré récemment son cinquième mariage après avoir reconnu en octobre dernier un enfant « né dehors ». Le vingtième rejeton du président de l’Afrique du Sud. Comme DJ Rajoel, qui se moque de tous les accords pour restaurer la quiétude au Madagascar. Et vous savez qui est son conseiller ? Un certain Khaddafi. Celui-là même qui voulait s’éterniser à la tête de l’Union africaine et qui, diplomatiquement forcé au départ, pour céder le fauteuil à Bingu wa Mutharika du Malawi, a fini par déclarer : ’’Si j’avais su l’année dernière que c’était comme ça, cette fonction de président de l’Union africaine, j’aurais refusé’’. Le comble, n’est-ce pas ? Nous vivons vraiment l’ère de la démocratie ridicule !
Bien à vous.
MINGA