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SILENCE, ON TOURNE !
De nombreux sujets alimentent les débats ces temps-ci : la main tricheuse – main de Dieu ou main du Diable – qui a fait accéder une grande nation à la Coupe du Monde, l’avion mystérieux drogué découvert en fin de vie dans le Nord Mali, la médiation suspicieuse du bourreau de Sankara dans la crise guinéenne, le Français pris en otage à Ménaka au Mali… Et puis, plus prosaïque, plus terre à terre, plus vulgaire peut-être, l’affaire caméra(s) cachée(s) dans des maisons de passe chinoises à Bamako.
Ce dernier sujet retient mon attention tout simplement parce qu’il met en évidence le versant pourri, pervers, bassement mercantiliste et honteusement déshumanisant de certains de nos partenaires censés être chez nous pour nous aider à nous développer. Parce que, en réalité, derrière les façades lumineuses, luminescentes et oniriques des projets d’envergure pour « réduire la pauvreté » dans nos pays, les champions du développement qui nous viennent du pays de Mao ont bien d’autres projets secrets, dont les innombrables petites industries du sexe qui se cachent derrière ces fameux « espaces culturels » qui en réalité, sont des bordels déguisés, des lieux d’exploitation de la misère d’enfants, de fillettes et de femmes (même mariées) qui troquent le sexe contre l’argent, le sexe contre la nourriture. Et la mayonnaise chinoise semble avoir bien pris à cause du caractère presque anonyme et hyper discret de ces espaces où l’on peut entrer librement sous des prétextes divers (petite soif, grosse faim) pour donner libre cours à toutes ses pulsions cachées, à toutes les couleurs de ses vices et en sortir tout aussi librement. Mais si la mayonnaise a bien pris, c’est aussi et surtout parce que les Chinois ont étudié le terrain et ont compris que le terrain était favorable au commerce sexuel. Terrain favorable mais très périlleux. Dans un milieu où, à cause des normes de la morale religieuse, le sexe est un sujet sinon tabou, du moins très sensible, a fortiori le commerce du sexe ! Voilà pourquoi, ces bordels arborent des noms qui vont du purement symbolique (« Beijing ») au drôlement poétique (« Le Lotus bleu »), juste pour distraire l’attention des moralistes.
Avec la complicité de jeunes désoeuvrés qui cherchent par tous les moyens leur prix de thé, les Chinois abordent des jeunes filles dont certaines ont à peine dix ans. Ils finissent par les convaincre de la rentabilité de l’affaire. Après, le bouche-à-oreille fait le reste, les jeunes filles elles-mêmes invitant d’autres amies du quartier à se joindre à elles.
Jusque-là, rien d’anormal. Enfin, si les maisons closes pompeusement appelées « espaces culturels » dont les activités sournoises connues de tous sont acceptées par les autorités, cela signifie que la floraison des bordels chinois à Bamako, c’est normal. Tout comme semble normal le maquereautage et son pendant qu’est le proxénétisme. Tout comme semble normal la prostitution d’enfants de dix, douze, quinze ans, parce qu’abandonnés à eux-mêmes et sans autre moyen de survie que l’échange humiliant déjà évoqué plus haut : sexe contre argent ou sexe contre nourriture. Peut-être parce que, dans notre société étourdie gouvernée par des colonies d’autruches, il y a des travers normaux, des vices normaux, des dangers normaux. Quand on peut fermer les yeux sur un mal, c’est que, soit ce mal ne fait pas mal, soit on est soi-même un mal. Mais ça, c’est un autre sujet !
Revenant aux petites et moyennes entreprises chinoises du sexe au Mali, ce qui semble choquer vraiment et qui alimente bien des conversations bamakoises depuis quelque temps, c’est le fait que, dans certaines de ces maisons mal famées de nos frères chinois, il y aurait des caméras cachées qui filmeraient allègrement les ébats des clients dans tous leurs états ! Des supports vidéos seraient ensuite fabriqués avec des images intelligemment montées et vendues dans leurs pays et tous les autres pays qui amassent des pornodollars – de l’argent qui sent la sueur, la sève et la sang du sexe – qu’on nous renvoie comme aide au développement. Ça, c’est le comble de la perversion, de l’impudeur, du voyeurisme, de la voyoucratie… Et c’est bien cela qui est révoltant ! Les Chinois nous aident avec leurs produits chinois, leurs milliards qu’ils investissent dans tous les secteurs d’activités, mais cela devrait donc suffire pour se moquer de nous en exploitant nos faiblesses ? Bien évidemment, tout ce qui touche à la Chine est inflammable et ce n’est pas moi qui parlerais d’atteinte aux droits de l’homme, s’agissant des Chinois et vu ce qu’ils en pensent. N’empêche, j’estime que la chinoiserie peut et doit avoir des limites. Et les dirigeants de nos États qui aiment clamer à tue-tête leur « souveraineté » devrait pouvoir rappeler à l’ordre tous ceux qui s’amusent à bafouer la dignité de leurs concitoyens, fussent-ils Chinois.
Vouloir contenter le ventre d’un affamé en exploitant son bas-ventre, c’est, plus que du sadisme, un cynisme déroutant !
Alors, amateurs des espaces culturels chinois, attention aux caméras cachées. Silence, on tourne !

Bien à vous.

MINGA