>Le jeudi 25 juin, j’avais l’œil rivé sur TV5, troublé par un élément de reportage de Thalassa sur « Le mystère de la baleine » quand, vers 22 heures 45, le téléscripteur de la chaîne francophone s’est mis à faire défiler en boucle l’information. Le Los Angeles Times venait d’annoncer le décès de Michael Jackson ! Michael Jackson !!! L’artiste, le grand artiste ! Celui à qui un certain album intitulé « Thriller » a frayé le chemin qui mène au firmament de la consécration, de la gloire… Moi qui atteignais l’âge de la raison au moment où l’étoile de la Pop entamait son ascension dans le ciel de la musique, et qui, sans rien comprendre à cette langue qu’il utilisait, m’amusais à fredonner certains de ses airs aux rythmes endiablés, je crois avoir quelque part au fond de moi, une marque Michael. Et je sais qu’ils sont nombreux de par le monde, ces hommes et ces femmes de ma génération qui se sont, à un moment ou à un autre, identifiés à ce génie, ce géant, ce cyclope du chant et de la danse. En grandissant, j’ai appris à le connaître davantage à travers la presse. Tout ce qui concernait ce beau monstre m’intéressait et m’intriguait, dans les journaux, à la télévision, à la radio. A défaut de pouvoir chanter clair comme lui, me déhancher, gesticuler, tournoyer dans l’air comme lui, j’avais une profonde admiration pour ceux de mes camarades d’école qui, après les cours, rivalisaient d’adresse en imitant l’ange déroutant à la voix cristalline, presque divine.
Les murs de ma chambre, comme ceux des chambres de bien d’autres jeunes dans le monde, étaient couverts de posters ou de portraits de la vedette sans frontières, ou de chansons et d’articles le concernant. Michael, pour moi, était une fierté dans la mesure où il donnait au monde la preuve qu’on peut être Noir et être bon chanteur et bon danseur. Icône, Michael Jackson l’a été !
Puis vint le moment où l’on se mit à trop parler de l’artiste en mal. Il s’était mis à se refaire le physique pour ressembler à un Blanc. Comme si on ne pouvait pas rester Noir et être un ange à influence planétaire. Et pourtant… Tout Noir qu’il était, personne ou presque, n’était insensible à ses idées, à sa musique, à ses clips… Et pourtant… Sans tenir compte du choc qu’il pouvait provoquer chez nombre de ses fans, il a persévéré dans sa mutation physique. On a jasé, glosé, accusé, condamné… Mais l’homme savait ce qu’il pensait, ce qu’il voulait, ce qu’il faisait, et personne ne pouvait lui faire changer de pied de danse. Et pourtant… Sa célébrité est restée toujours intacte, sa musique toujours électrique, ses clips toujours oniriques, sa voix toujours pure et sure, son message toujours profond et lyrique, ses pas de danse toujours étrangement ensorceleurs et troublants.
Michael Jackson n’a donc pas changé. Il n’a même jamais reconnu avoir utilisé la chirurgie plastique. Toujours est-il que le beau Noir est devenu un faux Blanc. Peut-être pour échapper à la malédiction du « gros nez » comme l’appelait son père. Mais au-delà de la mutation de race, on a aussi beaucoup parlé de la mutation de genre de l’étrange Jackson. Il avait adopté une féminité physique et vocale non consensuelle mais très sensuelle, comme pour accompagner le charme excentrique de sa nouvelle apparence. Mutant, Michael Jackson l’a donc été aussi !
Mais peu importe. C’était un artiste, un grand artiste. N’en déplaise à ceux qui rêvaient de le voir dévaler en trombe la pente de la décadence, en inventant autour de lui des histoires abracadabrantes, pour l’accabler et pouvoir parler trop tôt de son déclin, de sa chute, de la mort de son génie. Comme ces histoires scabreuses de pédophilie qui l’ont ruiné financièrement mais n’ont jamais entamé son talent !
Maintenant, quand je pense à la vie très mouvementée de l’homme, et que j’imagine le succès jamais égalé de « Thriller », je me dis : plus que le titre d’un album, ce mot avait quelque chose de prémonitoire. C’est la meilleure description de la vie de l’artiste : mieux qu’un roman, cette vie était un vrai film… policier ! Déjà tant d’énigmes autour de « l’arrêt cardiaque » qui l’a emporté !
Aujourd’hui, Michael, tu as quitté ce monde où tu as jeté les semences de la perfectibilité dans l’art, où tu as illuminé le XXème siècle et inspiré des porte-flambeaux du XXIème. Tu as quitté ce monde après avoir apporté leur part de lumière, de gaîté et de bonheur à ceux qui seraient morts tristes s’ils n’avaient eu, pour leur époque, leur version d’Elvis Presley ou de Claude François.
Tu vas désormais faire partie du registre sacré des Immortels de la Musique, mais aussi de celui des êtres humains les plus complexes, les plus incompréhensibles, les plus inattendus. Tu demeureras un des plus beaux spécimens de « L’homme, cet inconnu » qui exercé sur le physiologiste français Alexis Carrel beaucoup de fascination.
Puisse Dieu, dans son infinie mansuétude, faire progresser ton âme en paix dans tous Ses mondes !
Puisse les beaux souvenirs de ton parcours consoler tes fans du chagrin de ta disparition si brutale !
Puisse enfin la lumière inextinguible de ta gloire immuable apaiser les coeurs amers de tes détracteurs !
Michael, « Black or White », tu fus un sommet ! Dors en paix.

Bien à vous.

MINGA Siddick