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Après des semaines d’effervescence politique, d’agitations, de turbulence, de cacophonie, d’exercices de « technologie électorale » pour trouver le tuyau juste de la fraude presque parfaite, les tam-tams politiques se sont tus, les clameurs des foules se sont estompées. Les communales 2009, c’est déjà dans le grenier malien de l’histoire des élections. Des maires sont élus. Des partis sont sortis vainqueurs. Peu importe la manière. Maintenant, il faut compter avec le nouveau maire ou le maire renouvelé. Mais je ne peux pas m’empêcher de partager ma réflexion sur ces élections.
Le déroulement des campagnes, les propos des différents candidats, le comportement des électeurs potentiels, l’ambiance du jour d’élection dans les lieux de vote et les résultats proclamés, c’est toujours le même train-train africain. Un train-train qui montre à suffisance que nous avons encore du chemin à faire pour considérer une élection de maire comme une affaire de la communauté dont l’importance transcende de loin les affinités sociales, les intérêts partisans ou ethniques, la satisfaction immédiate de besoins alimentaires ou pécuniaires ponctuels. En effet, le schéma des campagnes électorales est toujours le même : on récupère les jeunes déjà atteints du virus TST (Thé/Sucre/T-shirt), on les formate dans la dépendance et dans la démagogie, on les utilise le temps de l’élection en leur faisant entendre ce qu’ils ont vraiment envie d’entendre. On vend des rêves à bon marché, en faisant croire qu’on peut, une fois élu, résoudre tous les grands problèmes des populations : santé, hygiène, éducation, logement… On utilise aussi la pauvreté des populations pour les obliger à donner leurs voix le jour de l’élection. Comme ces enfants qui bénéficient de la générosité de circonstance du candidat de leur commune pour le grand bonheur des parents qui ne jurent plus que par son nom. Comme ces personnes à qui un parti propose deux mille francs CFA pour prendre un bulletin où une empreinte existe déjà dans la case de son candidat et qui devront retourner avec le bulletin officiel fourni dans le bureau de vote. Comme ces « mercenaires » qui ont des centaines de cartes frauduleuses à placer pour faire voter d’autres affamés moyennant des espèces sonnantes et trébuchantes. Comme ces délégués achetés ou vendus à la dernière minute dans le bureau de vote, par un parti prétendu puissant, pour faire compter le maximum de voix à son candidat.
Et dire que chaque cinq ans, le même scénario se répète ! Avec, presque toujours, le même résultat : le maire naguère bonhomme affable, généreux et sympathique devient désagréable, grincheux et antipathique. Sans jeu de mot, le maire devient amer. Pour quatre ans et demi au moins ! Hibernation.
Le maire, une fois élu, s’occupe d’abord à récupérer tout ce qu’il a dépensé pour acheter les consciences, pour jouer les jolis-cœurs de la saison des élections. Qui est fou ? Il faut vite se servir, on ne sait jamais. Les populations, on les largue aux oubliettes et désormais, on peut entendre les phrases stéréotypées du genre : « Ce n’est pas la mairie qui doit s’occuper de votre propre hygiène ! » Tant pis pour ceux qui se souviennent avoir entendu autre chose lors des campagnes. Les élections, c’est fini. On peut briser la calebasse après avoir bu, jeter l’échelle après avoir grimpé. Parce qu’on sait que le peuple ici a la mémoire courte. Le peuple ici, en grande partie, ne réfléchit pas à long terme. Parce qu’on sait que la jeunesse ici est indolente, laxiste, adepte de la facilité et de l’immédiateté. La jeunesse ici ne raisonne pas, mais résonne. Comme une cloche. Alors, le maire, ici, une fois élu, peut voler tranquille, manger tranquille, dormir tranquille.
J’en suis à me demander si les grandes campagnes de sensibilisation sur la jeunesse et la citoyenneté atteignent leur objectif principal qui est, à mon avis, la prise de conscience par les jeunes de leur rôle de force vive capables, à travers des actes citoyens responsables c’est-à-dire dénués d’égoïsme, de sectarisme et de mercantilisme, d’influencer positivement le développement du pays à tous les niveaux. Les jeunes auraient-ils démissionné de leur rôle de veilleurs et d’éveilleurs des consciences ? Si tel était le cas, sur qui pourrait compter le pays pour la naissance d’une nouvelle génération d’hommes politiques moins malhonnêtes, moins corrompus, moins insouciants, moins démagogues, moins pervers, moins arrivistes, moins roublards ?
Va-t-on laisser encore longtemps des partis politiques nous imposer leurs hommes sans exiger d’eux une feuille de route à respecter rigoureusement pour justifier ou valoriser notre acte civique et citoyen ? En tout cas, pour 2009, les carottes sont cuites. Rendez-vous est pris pour 2014, pour le bilan. En espérant qu’il y aura moins de « Si je savais… ».
Cela dit, bonjour monsieur le Maire, bonne arrivée et bonne chance ! Je prierai assidûment pour vous, afin qu’aucun de vos administrés frustrés ne vienne un jour frapper à la porte de votre conscience avec un douloureux Ave Magister du genre : « Je vous salue mon maire, plein de rage ! Le Seigneur est avec nous, sinon, voyez-vous, la Commune, fruit de vos entailles, est pourrie… »

Bien à vous.

MINGA Siddick