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« Monsieur je veut savoir a quel leur vous serré à la maison je souhait vous voire pour parlé un peut de ma mémoire je soutien dans deux moi… »

Le soir où, rentrant à la maison, j’ai vu et lu ce petit message asphyxiant laissé par un jeune étudiant que je connaissais bien, j’ai eu un profond déchirement au cœur. Et, depuis, je me pose des questions. Comment un étudiant en Maîtrise de Droit (FSJP de Bamako), peut-il être si tristement pauvre en orthographe ?! Comment a-t-il bien pu arriver là où il est aujourd’hui avec une carence aussi monstrueuse !? Ce jeune, j’avais déjà échangé avec lui à plusieurs reprises. Il m’avait souvent parlé de l’enseignement dans les écoles publiques, de ses maîtres qui ne parlaient que le bambara en classe, de ses professeurs qui ne mettaient aucune rigueur dans le travail, des passages en classes supérieures qui étaient parfois négociés par les parents auprès des directeurs, et tutti quanti.
C’est vrai, l’école publique paie chèrement aujourd’hui les dérives du déclenchement chaotique du processus démocratique des années 90. Dérives mal assumées par les gouvernants et leurs opposants. Des opposants qui cherchent le pouvoir en se comportant comme s’ils n’y accéderaient jamais et qui, une fois au pouvoir, se rendent compte que le serpent qu’ils charmaient est retourné contre eux. Dérives qui ont contribué à largement politiser l’école, à gravement fragiliser le système éducatif, à pitoyablement affaiblir les enseignants et à dangereusement… abrutir les élèves.
Les enseignants, plus préoccupées par des revendications politico-syndicales ont entraîné les apprenants, désormais plus marcheurs que bosseurs. La rue ou les effets de la rue ont fini par trop rapprocher maîtres et élèves devenus tous militants et camarades. Des voiles se sont déchirées et tout ce qu’il y a de sacro-saint dans l’âme du Maître s’est trouvé piétiné et renié. Le laxisme et la complaisance se sont alors installés dans les salles de classes, donnant naissance à l’inconscience, à l’incompétence et à l’obscurantisme. Ce phénomène de dégradation progressive du niveau scolaire n’est allé à l’insu de personne. Les élèves interrogés accusent les enseignants qui seraient absentéistes et incompétents . Les enseignants, eux, trouvent les élèves irrévérencieux et insouciants.
Les organisations de parents d’élèves suivent avec une attention presque lointaine l’agonie de l’école. Plus fortes quand elles sont du côté du pouvoir, elles ne réagissent jamais à temps, ni pour interpeller les autorités, ni pour ramener les élèves, leurs enfants, à la raison. De temps en temps, des déclarations de saupoudrage de la réalité en faveur des camps qu’ils défendent, en prenant soin de ne pas mouiller leur pain.
Et nos gouvernants dans tout ça ? Spécialistes de la pêche en eau trouble, les gouvernements des pays africains dont l’école souffrent du marasme intellectuel semblent se réjouir de la situation. Toujours prêts à brandir le budget alloué à l’éducation pour insinuer les efforts qu’ils font pour la jeunesse, ils restent incapables d’opérer des réformes profondes et courageuses qui puissent redorer le blason de l’école et redonner à l’intelligentsia nationale, l’éclat qu’elle mérite. Pour jeter la poudre aux yeux des partenaires qui défendent la qualité de l’enseignement, on organise ici et là des assises nationales, des forums, des journées de réflexion, des tables-rondes, des séminaires… On en sort avec des kyrielles de recommandations merveilleuses, poétiquement correctes, mais juste destinées à remplir les tiroirs.
L’école ? Elle peut continuer à s’agiter. Les élèves peuvent continuer à faire la loi en remettant en cause le rôle des départements chargés de l’éducation. Les enseignants peuvent continuer à menacer de faire la grève « à chaque arrêt » comme dirait l’autre.
Entre-temps, le niveau des élèves baisse, baisse et baisse. On ne lit plus, on parle mal, on écrit mal, Il n’est plus rare de trouver des élèves de Terminale qui ne peuvent pas écrire leur propre nom sans rature ! Mais à la fin de l’année, ils sont nombreux à avoir leur Bac. Ils rentrent à l’Université bourrés de tares et foisonnant de lacunes, pour la plupart.
La solution ? Les riches, s’ils n’envoient pas leurs enfants faire leurs études dans des écoles renommées de pays riches qui forment les élites destinées à diriger un jour, ils les inscrivent dans le privé, là où les enseignants sont payés au rendement et où la recherche de l’excellence n’est pas un vain mot.
Et les pauvres ? Ils n’ont pas le choix, les pauvres ! Leurs enfants sont condamnés à faire leur parcours dans le système pourri qui fabriquent des ignares. Ainsi, la logique de « la raison du plus fort » restera saine et sauve. Comme si les riches étaient nés pour gouverner et les pauvres pour encaisser. On a beau dire que la pauvreté est un état d’esprit, ce qui se passe chaque jour sous nos yeux porte à croire que la pauvreté est une malédiction divine.
Ça changera peut-être un jour, notre école. Mais pour le moment, c’est comme ça. L’école publique reste pour le peuple. Les enfants se débrouillent. Tant mieux si les plus doués peuvent se tirer d’affaire. Tant pis pour les autres. Ils vont grossir le nombre déjà important des générations de crétins malfaisants.
Entre-temps, l’école privée, elle se charge de garantir la transmission du savoir aux enfants des tenants du pouvoir.
Un jour, ça changera, notre école, Inch’Allah !.
Avant de nous séparer, laissez-moi vous donner la fin de la note de mon ami qui prépare son mémoire :
« … je pacérais pétête démain bonne soiré ».
Bien à vous.

MINGA