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Des anguilles sous une roche mystérieuse


Dans neuf mois environ, Bamako, la capitale africaine de la photographie, accueillira la 8ème édition de la biennale photographique qui ne s’appellera plus « Rencontres africaines de la photographie » mais plutôt « Rencontres de Bamako, Biennale africaine de la photographie ». Peu importe le nom ! Cette grand-messe des chasseurs d’images du continent est une des rares occasions pour le continent de rassembler des professionnels de la photographie d’art de tous les continents pour célébrer, aux côtés des heureux bénéficiaires de l’exposition internationale, la beauté de l’image qui parle à tous les coeurs et à tous les âges.

C’est pour impulser une grande dynamique à cette prestigieuse rencontre en terre africaine que l’association suisse de coopération internationale Helvetas Mali a créé en 1998, le Centre de formation en photographie (CFP) de Bamako. L’objectif premier de ce centre étant de former de plus en plus de photographes professionnels capables d’enrichir la biennale par des œuvres de qualité.
En 2004, la France, le principal partenaire financier des Rencontres à travers Culturesfrance (anciennement Association française d’action artistique/AFAA) va créer une Maison Africaine de la Photographie à Bamako. Comme il existe à Paris la Maison Européenne de la Photographie.
Établissement public à caractère scientifique, technologique et culturel, ayant pour mission la collecte, la conservation, la promotion et la diffusion du patrimoine photographique africain, cette institution continentale va, par sa création, renforcer la conviction que la capitale malienne est vraiment en passe de devenir la plaque tournante de la photographie en Afrique.
Mais il y a problème ! On ne sait pas toujours avec précision qui gère la photographie au Mali. Le Directeur de la Maison africaine de la photographie, M. Moussa KONATÉ (nommé en Conseil de Ministres depuis plus de cinq ans) ou M. Samuel SIDIBÉ, directeur (depuis plus de vingt ans) du Musée national du Mali ?
On savait déjà que toutes les réunions liées à la photographie avaient lieu au Musée national. On savait aussi que M. Samuel SIDIBÉ était une personnalité incontournable dans les organisations antérieures des Rencontres de Bamako. On n’ignorait pas non plus qu’il y avait à la tête de la Maison africaine une sorte de triumvirat composé de MM. Samuel SIDIBÉ (archéologue), Abdoulaye KONATÉ (plasticien, directeur du Conservatoire des Arts et Métiers Multimédia) et Moussa KONATÉ (anthropologue) .
On savait enfin que la principale revendication de M. Moussa KONATÉ était l’obtention d’un siège propre à son institution, ne supportant plus de squatter les locaux des Archives nationales à l’ACI 2000…
Alors, si M. Moussa KONATÉ est indéniablement celui qui est, officiellement, le patron de la Maison africaine de la photographie, peut-on dire avec certitude qu’il est aussi celui qui gère la vie de la photographie au Mali et en Afrique ? Assurément, non.
Il y a donc problème ! Une preuve ? M. Samuel SIDIBÉ vient d’être nommé comme Délégué Général des Rencontres de Bamako, version 2009. Par Culturesfrance et le Ministère de la Culture du Mali. Et, selon le formulaire de l’appel à candidatures qui vient d’être publié, c’est à lui que doivent être adressés tous les dossiers de photographes africains désireux d’exposer en international. À lui ou à Culturesfrance. Le nom de la Maison africaine est à peine lisible. Invisible est le nom du Directeur de la Maison africaine de la photographie. Pourquoi ?
Pourquoi une Maison africaine si elle est incapable de prendre la relève de l’organisation d’une biennale qui existe depuis 1994 ?
Pourquoi nommer un Délégué Général des Rencontres africaines de la photographie autre que le Directeur de la Maison africaine ? Le Directeur du Musée national serait-il plus disponible ou est-il plus compétent que le Directeur de la Maison africaine de la photographie ? Que reproche-t-on en réalité à M. Moussa KONATÉ au point de confier à quelqu’un d’autre une tâche qui devait lui revenir de droit ? Le monde de la photographie au Mali serait-il miné par un jeu d’influences et d’intérêts cautionné par le Ministère de la Culture, au détriment de l’épanouissement des professionnels de l’image ? Le flou est trop dense et l’illogisme et l’arbitraire trop voyants pour qu’on n’en parle pas ! Peut-être percera-t-on un jour le mystère qui règne autour de la gestion de la photographie au Mali. On découvrira alors les grosses anguilles cachées sous la roche photo.
En attendant, on peut faire avec. Il paraît qu’au pays des paradoxes, qui s’émeut, se noie. Alors, clic, clac, qui veut ma photo ? Tant pis pour les grognons !

MINGA Siddick