>J’ai faim
J’ai besoin de pain
Juste le pain, sans le vin !

La tête pleine de pensées parasites,
Les oreilles bouchées par le bruit des bombes,
Ces bombes lacrymogènes,
Qui ont terni l’éclat de mes yeux,
Phares allumés sans lumière,
Sous un soleil sombre,
Mais qui brûle comme un feu de désert,
Bouche béante, langue pendante,
La gorge gourde et sèche,
Le cou tendu vers l’infini que je cherche
Pour m’agripper à la vie,
Le ventre creux,
Où s’entremêlent mes viscères vides,
Où miaulent mes tripes en détresse,
Le bas-ventre mort d’inanition,
Mort d’un sevrage forcé,
Mort faute d’attention complice,
Les jambes frêles et légères,
Supportant mal mon corps maigre et vacillant,
Je vais vers l’inconnu pour chercher la vie.

J’ai faim
J’ai besoin de pain
Juste le pain, sans le vin !

Mais sur mon dos fragile s’abat la matraque,
Sur l’asphalte surchauffée gît mon corps,
Coule mon sang,
Le sang de la faim,
La faim qui m’étreint, qui m’étrangle !
La faim qui bloque mes reins !

Hier rampant sous la table du voisin cossu,
A la recherche de miettes parfumées,
Tombées de sa table de déjeuner garnie,
M’ont écrasé les doigts les sabots de son fils !

« Pour la poubelle, gros chien ! » m’a lancé l’enfant
« Chien je suis parce que je n’ai rien
Chien, tu l’es aussi parce que tu n’es rien
Rien d’autre qu’un monticule de poussière »
Ai-je répondu à l’enfant du voisin bourru.

Aujourd’hui c’est la police
Qui me traite comme un vaurien,
Reniant mon droit au pain quotidien,
Mon droit aux délices de la vie !

J’ai faim !
Je pleure !!
Je souffre !!!
Je crève !!!!
Elle engloutit chacun de mes rêves,
Cette mondialisation qui ressemble à un gouffre,
Et elle m’éloigne toujours du moindre bonheur,
Et pour moi la queue du diable est comme sans fin.

J’ai faim
J’ai peur
J’ai peur
De demain.

Moi qui dors
Sur un tapis d’or
Comment la faim aux couleurs de la mort
Arrive-t-elle ainsi à menacer mon sort ?

A qui poser cette question
Sans encourir une arrestion
De la police-pantin
Aux ordres des vampires bon teint
Qui dirigent mon pays
Mon pays dont la devise est trahie !

J’ai faim
J’ai peur
J’ai peur
De demain
Si demain
Pour moi
Il y aura.