>

Pourquoi avoir attendu les JO de Pékin pour réveiller la crise au Tibet ? Pourquoi ne parler que du Tibet alors qu’un drame est en train de se produire au Darfour ?
Je pense que la crise au Tibet n’a jamais été oubliée par tous ceux qui luttent pour les droits de l’homme dans le monde. Si aujourd’hui on en parle plus qu’hier, c’est parce que la Chine qui est à l’origine des souffrances du peuple tibétain a demandé et obtenu l’organisation des JO. Pour de nombreuses personnalités des mondes politique et sportif et des organisations civiles – quelle sordide hypocrisie que de soutenir que les JO ne sont pas politiques ! – la Chine pourrait tenir sa promesse de respecter les droits de l’homme au Tibet. Ces personnalités ont-elles été dupes, naïves ou complaisantes ? La réalité est là : la Chine n’a pas amélioré son regard sur le Tibet. Pourtant, si elle le veut, elle le pourra. Voilà pourquoi des personnes, conscientes de l’enjeu des JO – l’humanité a les yeux rivés sur la Chine – et se disant que c’est une occasion rare offerte au monde pour faire changer à la Chine son fusil d’épaule, s’activent, se mobilisent, se battent, pour que la paix revienne au Tibet. Passés les JO, les projecteurs braqués sur la Chine éteints, les attentions tournées ailleurs, quel autre grand moyen de pression peut-être utilisé contre la Chine pour rétablir le droit des Tibétains à la justice et à la liberté ? Aucun. Les JO avaient donc été considérés comme une aubaine pour les Tibétains et tous ceux qui compatissent à leur douleur. On peut appeler ça de l’opportunisme, mais ce serait alors un opportunisme de bon aloi, un opportunisme à caractère humanitaire.
Quant à ceux qui, comme Marie-Roger Biloa que j’admire beaucoup du reste, ne comprennent pas qu’on ne parle que du Tibet et pas du Darfour, je crois qu’ils mélangent tout. Je l’ai dit plus haut, si l’on parle du Tibet c’est parce que la Chine, instigatrice des violences au Tibet est sous le feu des rampes.
Si un jour le Soudan demande et obtient l’organisation d’un grand événement international, il va sans dire que tous les mouvements qui luttent aujourd’hui en silence pour la paix au Darfour se feront entendre pour que Khartoum respecte d’abord les droits des populations du Darfour. Ce sera alors une bonne occasion de pression dont on devra profiter pleinement ! Mais rien ne lie directement la Chine au Darfour. Même si elle soutient le gouvernement soudanais qui a une grande responsabilité dans le massacre en cours au Darfour. Chaque chose en son temps et à chaque tête sa casquette.
Peu importe si tous les mouvements actuels en faveur du Tibet ne donnent rien. Ce ne sera pas faute d’avoir essayé. La lucha siempre continuarà.