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Le 9 mai 2004, après deux ans, jour pour jour, dans un organe de presse malien, je suis allé voir le directeur de publication pour lui dire merci de m’avoir fait confiance, merci de m’avoir ouvert sa porte, son journal et son cœur, moi l’inconnu atterrissant de l’inconnu. Cet homme humble et riche de cœur, je l’avais toujours considéré comme un grand-frère, mais je ne pouvais plus continuer avec lui de relever un défi qui, avec le temps, était devenu commun à nous deux.
Alors, ce 9 mai là, j’étais convaincu qu’il fallait savoir s’arrêter. Je me suis toujours dit que ceux qui s’accrochent à des postes, à des titres, à des privilèges, même quand ça ne va plus, même quand ils n’ont plus la paix du cœur, je me suis toujours dit que ceux-là étaient des misérables qui ne savent pas inventer la vie, qui ne peuvent pas donner du souffle au destin, qui ne veulent pas se battre contre eux-mêmes pour vaincre leurs adversaires. Moi, je suis un « challenger » dans mon âme et dans mon cœur. Les défis, c’est ma vie. Sans être un cascadeur ou un kamikaze. Et même là encore ! Ma foi en mes capacités, en mes potentialités, en mes dons divers, ne m’autorise pas à douter de moi et à refuser d’affronter les épreuves du temps.
Pour moi, aucune fonction, aucun titre, aucun privilège ne valent l’honneur et la dignité. Je crois que, comme la foi, l’honneur et la dignité sont des dons de Dieu. Ils ne se discutent pas, ne se marchandent pas, ne se négocient pas. Pour moi, l’honneur et la dignité sont les deux ailes de notre vie qui peuvent nous aider à nous envoler loin de la puanteur et de la pourriture, quand on nous a dépouillés de tout. Ces ailes-là, nous ne devons laisser personne nous les briser. PERSONNE !

Le lendemain de ce 9 mai, j’ai écrit les mots qui suivent dans mon journal « L’Exutoire II » :

« 9 mai 2002-9 mai 2004. La boucle est bouclée. Signe de Dieu ? Loi des nombres ? Inébranlable destin qui châtie, qui nargue, qui rappelle à l’ordre sacro-saint des choses du monde ! Les gentils ont raison du misérable. Les plus forts ont gagné. Comme toujours. Mais le misérable a du cran, il a du cœur, une impitoyable dignité, un honneur sans borne qui le protègent contre les souillures des gentils grossiers qui vivent au dépens de leurs langues acérées et criminelles.
Gentils hypocrites allergiques aux talents des autres, ceux qu’ils applaudissent quand ils les ont face à face et qu’ils maudissent quand ils les ont dans le dos, loin des yeux.
Gentils hypocrites malades du bonheur des autres, jaloux de la joie des autres, méprisant le bonheur quand il n’est pas de leur côté.
Gentils hypocrites grognons, ruminant, rugissant contre tous ceux qui leur portent ombrage…
Mais vivre c’est voir, comprendre et accepter. C’est savoir. Savoir dépasser, savoir pardonner, savoir oublier les charges inhibantes du passé qui font reculer. Vivre, c’est espérer, c’est projeter sa force de vaincre au-delà du présent, dans le vaste champ commun de demain, dans le train sans frein de l’éternel avenir… Nous devons pouvoir faire de chaque frustration, la nouvelle source d’une plus grande rage de prendre le dessus sur l’adversité… »

En relisant aujourd’hui ces lignes qui constituent les premières traces de mon exil, je suis fier d’une chose au moins : je tiens toujours à mon honneur et à ma dignité !