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Il semble que la beauté joue un rôle de plus en plus déterminant dans la vie sentimentale. Plus on est beau, plus on a de la chance (?) quant à faire chavirer une multitude de cœurs. Car elles les adorent les jeunes filles, les « jolis-garçons-sans-produits-ghanéens » ! Elles aiment raconter à leurs copines comment ils sont beaux, comment ils sont mignons, comment ils brillent… Comme si la beauté, en plus d’être le premier critère de l’amour (il paraît que c’est bien comme ça de nos jours), était son principal justificatif. Comme si la beauté était une source de bonheur en amour. Comme si la beauté à elle seule suffisait pour transformer un gros chagrin en extase infinie, un vice en vertu, un défaut en qualité…
Moi, la beauté, je la considère comme un accident ou plutôt comme une grâce accidentelle de la nature, un masque fragile et fugitif qu’un rien peut suffire à faire tomber n’importe où et à tout moment. D’autre part, j’estime que la beauté subit toujours la transfiguration du temps, la corrosion des années qui passent. C’est en cela que je lui préfère la laideur qui est un état physique figé à travers l’espace et le temps, immuable malgré tout…
D’ailleurs, existe-t-il vraiment une beauté qui ne porte en elle une part de laideur ? Y a-t-il vraiment une laideur sans beauté ? Je ne crois pas. En toute beauté il y a à découvrir une laideur et en toute laideur, il y a une beauté à voir. Voilà pourquoi il ne peut exister de beauté absolue, encore moins de laideur absolue.
Se prenant au piège de leur propre intelligence, les hommes aiment déclarer que « la beauté, comme le goût et la couleur, ne se discute pas ». Eux qui veulent imposer aux autres ce qu’ils considèrent comme l’ultime degré de la beauté. Comme si la beauté ne pouvait se discuter que quand ce ne sont pas eux qui nous la font découvrir…
J’admets que ma fibre poétique me fait tomber de charme devant l’harmonie lumineuse d’un corps de femme ou de plante, devant la symétrie envoûtante d’une paire de seins, d’yeux ou de fesses, devant la forme charnue des pétales d’une rose qui me fait penser à des lèvres qui s’entrouvrent pour me laisser passer au moment critique d’un tendre baiser long, langoureux et amoureux…
J’adore la lumière du teint d’ébène de la reine de mes rêves, l’éclat des yeux d’amande de ma fiancée perdue, la brillance de la longue chevelure d’ambre de la dulcinée inaccessible… La finesse du nez de mon âme sœur invisible saisit mon regard et les rondeurs voyantes de la passante inconnue font frémir mon cœur… Mais de toutes ces sensations physiques, naît un seul sentiment et un seul : le désir ! Pas de l’amour, mais du désir…
Juste pour dire que je ne suis pas insensible à l’harmonie dans un corps de plante ou de femme. Je sais la voir, je sais la regarder, je sais l’apprécier… Mais je sais aussi aller au-delà de cette harmonie pour apercevoir la note cachée de disharmonie, la cerise sur le gâteau sans laquelle la friandise n’a pas de goût ! Un grain de beauté est la cerise de la laideur comme un brin de laideur est la cerise de la beauté.
Alors, extasiez-vous devant n’importe quelle beauté mais sachez qu’elle contient sa dose de laideur…