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Les lignes qui suivent, cela fait déjà plusieurs mois que je les ai publiées sur le site du magazine Internet http://www.bamako-culture.org, ce portail que j’ai animé avec foi et conviction des années durant. Aujourd’hui encore, mon appréciation sur le lien mondialisation-culture n’a pas changé. Voilà pourquoi je reprends ces mêmes mots ici…


J’ai toujours pensé que notre culture est la coque de notre identité. Voilà pourquoi pour moi, vivre sa culture, c’est révéler son identité et offrir à l’Autre des repères quant à ses racines.

J’ai toujours pensé aussi que la culture est à une civilisation ce qu’est l’esprit au corps, et que, si l’esprit est incorruptible et inaliénable, la culture l’est encore davantage. Voilà pourquoi, personnellement, la mondialisation ne m’a jamais fait peur, comme elle fait peur à bien d’acteurs culturels du Tiers-Monde qui craignent de voir des valeurs « phagocytées » par des puissances « envahissantes ».

Je pense, moi, que c’est en économie que la mondialisation peut favoriser ou renforcer la domination des pays riches sur les pays pauvres. Parce qu’il s’agit d’échanges de valeurs quantifiables, mesurables, cumulables et périssables dans le temps. Ici, c’est le pouvoir d’achat qui fait la loi, tandis qu’en culture, on est loin des spéculations conduites par la volonté d’engranger le maximum de bénéfice possible.

Parce que la culture repose non pas sur des calculs d’intérêts, mais sur la réflexion et la création à partir soit d’acquis dont les origines remontent à la nuit des temps, soit d’un imaginaire portant nécessairement la marque d’un temps et d’un espace.

Comment donc les échanges culturels dans le cadre de la mondialisation peuvent-ils asservir une partie au détriment de l’autre ? A-t-on peur que les autres ne nous exploitent et ne volent tout notre patrimoine culturel ? Peut-on, en vérité, voler ou tricher en matière de culture ? Une copie peut-elle valoir l’original ? Que représente une œuvre d’art volée ou copiée, devant la source qui l’a inspirée et qui, elle, reste inviolable ?

Celui qui vole un objet nous appartenant ne saura jamais ni l’estimer à sa juste valeur, ni en profiter ouvertement, et nous aurons toujours sur notre voleur, l’avantage de la vérité historique qui est et demeurera infalsifiable.

En Afrique, on semble limiter les effets de la mondialisation au snobisme révoltant de quelques « petits artistes » qui se laissent transporter par les tourbillons fous de la « fantasia europea » ou du « american way of life ». C’est bien dommage !

La culture, source d’enrichissement intellectuel, peut être un puissant instrument de pacification dans un monde qui se déchire chaque jour davantage parce que, sans doute, nous n’avons pas encore compris que, si des intérêts matériels nous opposent, le fond de nos réalités culturelles traduisant l’amitié et l’unité, doit nous rapprocher.

Je ne crois pas que la mondialisation puisse aboutir à « une radicalisation à l’échelle planétaire qui conduirait à une culture internationale et homogénéisée », comme le souligne Gerardo Mosquera, un homme de culture argentin, dans son texte « Notes sur la mondialisation, l’art et la différence culturelle » publié dans Zones de silence, avant de proposer une « mondialisation-différence ».

Il n’y aura jamais de « culture internationale qui finirait par éliminer les traditions locales comme réservoirs d’identités », et l’argument de l’anglais qui est en passe de devenir la langue auxiliaire universelle n’a rien de convaincant !

Je conçois plutôt la mondialisation au niveau culturel comme un forum où chaque peuple doit, par l’intermédiaire de ses porte-voix que sont les hommes de culture, donner aux autres ce qu’il a de meilleur et de différent.

Je vois un enchevêtrement d’éléments culturels complémentaires aussi variés que possible, aboutissant, non pas à une unicité de vision du culturel, mais à l’unité du culturel à travers la diversité sauvegardée des modèles de traditions proposés.

J’estime que chaque homme de culture doit œuvrer en faveur d’un échange plus vaste et pluridirectionnel, au lieu de rester coincé dans son cocon, au nom de ce qui apparaît à mes yeux comme de la pure « mondialophobie ».